A 90 minutes de Tokyo, Mitake-san est, un peu comme Takao-san, une petite montagne que les Tokyoïtes peuvent explorer le temps d’un week-end. Au fait, vous aurez compris que “-san” n’est pas ici le suffixe de politesse qui veut dire “monsieur”, mais simplement le mot “montagne”. Et c’est là que vous me dites: “Oh, mais ce n’est pas “yama”, montagne, comme dans “Fujiyama”"? Comment dire… oui et non. Tout d’abord, le suffixe de politesse s’écrit さん en hiragana; le mot “montagne”, lui, s’écrit avec le kanji pictographique 山; nous avons donc affaire à un simple homophone. Par contre, il est vrai que 山 peut aussi se pronocer comme “yama”. Comme je l’ai expliqué l’autre fois, les kanji ont été empruntés aux Chinois par les Japonais. Du coup, chaque kanji a plusieurs lectures – des chinoises et des japonaises. “Kun-yomi”, ou “lecture du sens”, est la lecture du kanji dérivée du mot que les Japonais utilisaient pour désigner un certain concept avant d’utiliser les kanji et s’emploie donc lorsque le kanji représente tout seul un concept; “on-yomi”, ou “lecture du son”, est la lecture chinoise du kanji, dérivée du mot chinois pour ce même concept; elle est utilsée principalement dans les mots composés de plusieurs kanji.
Ainsi, le mot original japonais pour “montagne” en japonais est “yama”; si le kanji 山 est utilisé seul (“je suis allé à la montagne”), on le lira “yama”. En chinois, montagne se dit “shan” que les Japonais ont adapté en “san”; lorsque 山 s’utilise dans un mot composé, pour former le nom d’une montagne précise par exemple, il doit donc se lire “san”, comme 高尾山 (Takao-san), 御岳山 (Mitake-san) ou 富士山 (Fuji-san). “Fujiyama” n’existe donc tout simplement pas; c’est une erreur de transcription faite par des gens qui n’avaient pas compris cette subtilité de la langue japonaise. Un même kanji, ici 山, peut (et va) se prononcer différement en fonction de sa place dans la phrase.
Le mont Mitake est un peu plus physiquement exigeant que le mont Takao (qui se veut accessible à un public aussi large qu’ils vont probablement bientôt installer des escalators pour accéder au sommet). Même s’il y a un funiculaire, les vrais aventuriers que nous sommes ne l’avons évidemment pas emprunté et nous avons entamé notre ascension à pied depuis la station de base de celui-ci (comptez 1h-1h30 pour arriver à la station du sommet, puis entre 2 et 5 heures en haut pour explorer les différents trajets qui s’offriront alors à vous dans la montagne, en fonction de vos envies).
La route est raide, mais goudronnée (nous sommes au Japon). Des arbres très fins, très droits et très longs poussent sur une pente très escarpée des deux côtés du chemin.
Un sanctuaire shintoïste se trouve près du sommet. Peu avant l’arrivée, les nombreuses toro (lanternes en pierre) annoncent déjà la couleur.
Le sanctuaire n’est pas énorme, mais il est bien entretenu et domine la vallée en dessous.
Derrière le bâtiment, un peu en retrait, se trouve un petit sanctuaire gardé par deux statues de renards. Lorsqu’on traverse le petit torii en bois qui y mène, on ressent une impression étrange, qui ne m’a encore jamais frappée durant mes visites précédentes dans de tels sanctuaires – celle de traverser une véritable porte des esprits. Soudain, les voix des personnes dans la cour principale semblent s’effacer; et le bruit du vent dans les arbres et dans les lamelles de papier accrochées au tori devient, lui, beaucoup plus présent. Les deux gardiens de pierre semblent fixer le visiteur d’un regard qui n’est pas malveillant, mais lourd et chargé de sens. Et on sent davantage l’odeur de la forêt, qui pourtant était inexistante un pas en arrière. Peut-être l’endroit pour construire ce sanctuaire a été particulièrement bien choisi pour ses propriétés acoustiques, ou peut-être que les deux renards de pierre cachent plus que ce qu’ils ne laissent transparaître; je ne saurais vous le dire.
On continue la visite en admirant le doigt particulièrement allongé de ce cavalier…
…le bas-relief finement exécuté…
…et cet arbre probablement bicentenaire qui doit être maintenu par une ossature en acier pour ne pas tomber.
Puis on commence un tour d’environ deux heures dans le “jardin de pierres” du mont Mitake. Parfois, ça grimpe, mais ça reste beau même en cette inhospitalière fin de décembre.
Et la vue au sommet vaut clairement le coup.
C’est déjà l’heure de redescendre, encore pour un peu plus d’une heure de marche. On se fait dépasser, sur le chemin, par le funiculaire qui redescend. Bande de touristes!
Arrivé à la station de train, il est déjà 5 heures passés – et comme, toujours au Japon, il fait déjà nuit noire. Plus que 10 minutes à attendre et on pourra rentrer.













11/01/2010 à 06:34 |
Photos splendides!!!
25/04/2010 à 16:40 |
[...] s’en doutent déjà – a été prise en décembre déjà, lors de l’ascension du mont Mitake; les préparatifs concrets, eux, ont été bien évidemment faits à l’arrache et c’est [...]
27/04/2010 à 18:16 |
[...] et son bâtiment Nissan; Nagoya et ses usines Toyota; Hakone et son musée en plein air; le mont Mitake et ses temples; Kurashiki et son festival du Nouvel-An; Matsushima et ses îles; Kawagoe et sa [...]
27/06/2010 à 18:01 |
[...] faire des auto-tamponneuses). La première se nomme Fujiyama (ce qui est un jeu de mots – cf. cet article pour plus d’explications) et commence par une longue, très longue [...]
28/07/2010 à 10:45 |
[...] – Kurashiki – Kyoto – Matsumoto – Matsushima – Minka-en – Mitake-san – Mito – Miyajima – Nagano – Nagoya – Naha – Nara – [...]
28/07/2010 à 14:42 |
[...] 8. Une carte de la région du mont Mitake. [...]