Hakodate est une ville située au sud de l’île d’Hokkaido, juste en face de Honshu (l’île principale du Japon où se trouvent Tokyo, Kyoto et ainsi de suite).
C’est une ville portuaire, avec son lot de bateaux de toutes les formes et couleurs.
C’est une ville ancienne, comme en témoigne cet sanctuaire – l’un des plus vieux du pays, et épargné par la guerre.
C’est une ville qui peut être très froide, surtout lorsque, en hiver, le vent marin souffle dans les rues.
Mais c’est avant tout une ville très accueillante, et les trois nuits que nous avons passées ici ne l’ont pas été dans un hôtel mais dans une famille d’accueil. Les quelques 40 participants ont été mis dans des familles par groupes de deux ou de trois. Voici le charmant couple qui nous a accueillis, moi et un étudiant en ingénierie chinois appelé Yu Heng (tout à gauche sur la photo).
Deux mots sur les séjours en famille d’accueil. Il y a deux types de familles d’accueil; celles que l’on paie et celles qui sont volontaires et, pour avoir essayé les deux à plusieurs reprises, autant au Japon qu’en Europe, je peux vous assurer que la deuxième option est préférable. Ceci peut paraître contre-intuitif – après tout, le fait d’être payé n’incite-t-il pas les gens à faire de leur mieux? – mais en réalité le raisonnement est le même que celui qui pousse de nombreux pays à sciemment éviter de rémunérer les donneurs de sang: en effet, en offrant un paiement, on prend le risque d’inciter les gens pas forcément intéressés ni même aptes à s’y essayer. La même chose vaut pour les familles d’accueil: avec le volontariat, on est assuré d’avoir des gens sincèrement intéressés d’accueillir des étudiants de l’étranger (souvent, des couples de retraités dont les enfants vivent séparément et pour qui c’est un bon moyen de briser la routine du quotidien et de “voyager” un peu) et pas simplement des familles avec une chambre libre et des problèmes d’argent. Ainsi, à Hokkaido, tout le monde n’a dit que du bien de leur famille d’accueil (dont certaines était vraiment intéressantes – ainsi, l’une d’entre elles vivait au dernier étage d’un grand magasin de meubles du genre Ikea situé dans la banlieue).
Les Japonais aiment les cérémonies – d’accueil, d’adieu, de départ, et ainsi de suite – et par conséquent à notre arrivée à Hakodate nous avons été accueillis par toutes les familles au complet, avec un tonnerre d’applaudissements plutôt intimidant. Après un rapide cocktail, nous nous sommes séparés pour repartir avec la famille qui nous a été attribuée.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Yu Heng et moi avons été gâtés par notre famille, dans tous les sens du terme. Tout d’abord, il y a eu les visites. Pour une petite ville, Hakodate recèle pourtant pas mal d’attractions notables, comme par exemple ce château et le parc qui l’entoure:
A priori, rien de frappant, me dites-vous?
Et si on le regarde en prenant un peu de hauteur?
En fait, ce château a été construit en s’inspirant de l’architecture des forts européens. Et si ce mélange entre cultures occidentale et orientale se trouve à Hakodate, ce n’est pas un hasard; cette ville fut en effet le premier port japonais ouvert aux navires occidentaux, et nous en verrons d’autres conséquences plus tard. Une exposition dans la tour érigée près du château retrace d’ailleurs cette période de l’histoire de la ville avec des tableaux de figurines.
Ensuite, il y a le port de la ville, très pittoresque et dont les anciens entrepôts ont été convertis en magasins chic.
Il y a aussi le mont Hakodate qui se trouve sur une presqu’île qui jouxte la ville. Depuis ce point d’observation, on voit bien qu’elle a été construite sur un “goulot” formé par la terre entre deux baies.
On devine aussi l’île de Honshu au loin.
La vue depuis le mont devient plus belle encore lorsque le soleil se couche et les lumières de la ville s’allument peu à peu, comme ici sur le port.
Au fait, la vue nocturne de Hakodate est réputée, au Japon, d’être l’une des trois belles du monde (avec Naples et Hong Kong). Par conséquent – comme toujours dans le pays – l’endroit stratégique depuis lequel cette fameuse vue peut être le mieux appréciée est littéralement saturé de touristes dès le crépuscule.
Enfin, faire la queue vaut la peine. Notre famille d’accueil y va avec chaque étudiant qu’ils accueillent (et ils font ça depuis 30 ans, ce qui fait que nous avons été les 62èmes). Je pense qu’au bout de la 47ème fois on doit se lasser, mais avant, ce n’est que du bonheur:
La nuit, Hakodate révèle également d’autres trésors cachés. Ainsi, le fait que cette ville ait été la première à commercer avec l’extérieur se répercute dans le nombre d’églises que compte la ville. Au pays des pagodes, en voir une est déjà assez rare, mais qu’une catholique…
…une orthodoxe…
…et une protestante…
…se côtoient?
Le “quartier des étrangers” abrite de nombreuses autres bâtisses occidentales…
…ainsi qu’une belle illumination nocturne.
Les rues de la ville sont belles et un peu mystérieuses, parfaites pour un film. D’ailleurs, Hakodate accueille régulièrement des équipes de tournage.
Mais otousan et okaasan (“père” et “mère” littéralement – c’est ainsi que les couples japonais s’appellent après la naissance du premier enfant) ne se sont pas contentés de nous montrer des lieux; ils nous ont aussi fait découvrir de nombreuses activités typiques du Japon. J’en avais déjà fait certaines par moi-même avant, mais pour quelqu’un qui découvrirait le pays pour la première fois, ce serait un excellent aperçu. Ainsi, nous sommes allés dans un izakaya, un bar-restauant typique, petit et miteux à l’extérieur mais avec un service chaleureux et une nourriture délicieuse au point de surprendre; nous sommes baignés dans un bain public, appelé ofuro; et chanté dans un karaoké non pas une, mais deux fois. Bien sûr, je suis déjà allé au karaoké bien des fois; mais le faire avec des Japonais, surtout d’un certain âge, est une expérience qui n’a rien à voir avec ce qu’une bande de jeunes gaijin peut vivre au même endroit. Voir otousan mettre toutes ses tripes et tout son coeur dans “Un million de roses” (au demeurant, une chanson russe du début des années 80 devenue populaire au Japon) est à la fois drôle, forçant le respect, et fascinant.
Et bien sûr, il y a eu des repas en famille, autant succulents que monumentaux, avec une surenchère de plats et d’alcools à laquelle il était aussi impossible de dire non qu’à une avalanche (le record était d’une dizaine de plats et de six alcools différents, je crois). Le dernier soir, chacun a préparé de la cuisine de son pays: otousan et okaasan ont fait un oden, Yu Heng des jiaozi et moi une fondue.
En plein travail
Enfin, quand je dis fondue, on n’en était pas exactement à la fondue fribourgeoise, même si j’ai fait ce que j’ai pu. Il faut dire que les Japonais connaissent ce plat, mais il y a quelques petites différences avec ce à quoi nous sommes habitués: le pain est toasté, il y a du brocoli et des carottes à tremper dans le fromage, un mélange roquefort-gouda est tout-à-fait acceptable et parfois on y rajoute un peu de purée de tomates pour le goût. Ainsi, l’explication que la fondue peut se manger avec du pain uniquement a provoqué des regards effrayés. Finalement, un compromis a été trouvé: je fais quand même bouillir des carottes et des brocolis, mais on suit rigoureusement la recette pour le reste, kirsch y compris. Au fait, vous avez déjà essayé de trouver du kirsch dans un supermarché japonais?
Pendant ce temps, Yu Heng façonnait ses jiaozi – ou plutôt gyoza comme on les appelle au Japon – avec l’assurance de quelqu’un dont les deux parents sont cuisiniers. Je l’aidais du mieux que je pouvais, mais il y avait autant de ressemblance entre mes raviolis et les siens qu’entre Danny DeVito et Brad Pitt.
Et après deux heures de travail, voici le résultat dans la cuisine…
…et sur la table.
Que dire? Un voyage dans un endroit aussi beau qu’Hokkaido, c’est déjà superbe. Mais si on plus on y rencontre des gens qui nous accueillent à coeur ouvert et qui nous traitent comme des membres de la famille, cela devient une expérience de celles que l’on n’oublie pas.



























22/06/2010 à 18:48 |
[...] un air particulièrement niais joué toutes les 5 minutes environ. Ce n’est pas le pire: à Hakodate, j’avais visité un supermarché dont la musique durait 25 secondes seulement avant de [...]
28/07/2010 à 10:44 |
[...] – Cinq Lacs – Fuji-san – Fuji Q – Fushimi Inari – Hakodate – Hakone – Himeji – Hiroshima – Iejima – Kamakura – Kawagoe [...]
28/07/2010 à 14:42 |
[...] La brochure d’un temple (en béton!) à Hakodate que j’ai visité avec ma géniale famille d’accueil et mon compagnon de chambre [...]