Une semaine après être rentré des plaines enneigées de Hokkaido, c’est une ambiance toute différente que je découvre à mon premier réveil sur l’île d’Okinawa.
Okinawa, c’est la préfecture la plus méridionale du Japon, un archipel d’îles tropicales éparpillées au sud du pays. Depuis Tokyo, on arrive plus rapidement à Séoul qu’à Naha, la capitale de la préfecture. Mais le voyage de 2h30 en avion vaut largement la peine.
Une fois encore, je suis allé explorer un coin reculé du Japon au sein d’un voyage organisé, et une fois encore, j’ai passé une partie de ce voyage dans une famille d’accueil. Les familles ne vivaient pas sur l’île principale de l’archipel, mais sur une petite île appelée Iejima pour accéder à laquelle il fallut prendre un ferry.
Depuis le ponton, la vue est à des années-lumière de Tokyo.
Ciel bleu, métal blanc et vent qui ébouriffe les cheveux; tout d’un coup, on se sent en vacances, celles des brochures des agences de voyage et des films hollywoodiens.
L’un des passagers du ferry se distingue quelque peu des autres et ne manque pas de susciter la curiosité de notre groupe, en particulier de la gent féminine. La présence américaine est omniprésente à Okinawa, comme nous le verrons bien assez vite (et ça finit d’ailleurs par énerver pas mal de locaux). Le Marine est souriant, bavard, et pose volontiers pour les photos (or, comme notre groupe d’environ 40 personnes était composé de filles à 4/5, qu’il n’y avait que cinq Occidentales et que toutes les filles asiatiques ont voulu une photo, à raison de deux ou trois par shooting, je vous laisse imaginer le nombre de clichés que cela a fait).
Après 30 minutes de voyage, on voit déjà bien l’île d’Iejima sans se douter à quel point cette vision est tautologique, “jima” voulant justement dire “île”. Pourtant, cette façon de dire semble abonder sur les affiches et panneaux bilingues, qui mentionnent souvent des lieux comme “Meiji-dori Ave.” (alors que “dori” veut déjà dire “avenue”) ou “Hase-dera temple” (vous aurez compris que “dera”, c’est déjà “temple”). Je suspecte fortement que cela est fait pour faciliter la vie aux touristes. En effet, si vous avez besoin de trouver la rue que vous connaissez sous le nom de “Meiji Ave.” mais que vous ne savez pas comment dire “avenue”, vous allez probablement vous adresser à un local en demandant “Meiji?” et en pointant impuissamment du doigt autour de vous. Le problème, c’est que “Meiji”, c’est aussi le nom d’une dynastie impériale, d’une marque de chocolat et d’un certain nombre de restaurants. Par contre, si vous avez retenu “Meiji-dori Ave.”, même si vous laissez tomber le “Ave.”, vous allez quand même vous faire comprendre – et si vous connaissez comment dire “avenue” en japonais, vous ne ferez pas d’erreur de toute façon. Bref, ces tautologies ne sont pas si anodines mais, en tant que puristes, nous parlerons dorénavant soit de l’île d’Ie, soit d’Iejima.
Regardez-la, elle n’est pas jolie?
Les familles d’accueil nous attendent déjà sur le quai, tout sourires. Comme à Hokkaido, on n’échappe pas à une cérémonie officielle, heureusement plutôt courte. Puis, on peut enfin parler avec nos hôtes de façon plus informelle. Cette fois, nous ne sommes pas moins de quatre étrangers dans la famille d’accueil.
Wang, moi, Jonatan, otousan (=le père), okaasan (=la mère), Happy (en fait il s’appelle Kai Kai mais ici on use volontiers de surnoms)
Au cas où vous vous le demandez, nous ne mimons pas un concert de rock, mais des shisa. Les lecteurs attentifs se souviennent peut-être que les sanctuaires shinto sont souvent gardés par un couple de créatures fantastiques (mélange entre chien, lion et dragon – la forme exacte varie), l’une avec la bouche fermée et l’autre avec la bouche ouverte. A Okinawa, on les appelle shisa et ils sont en quelque sorte les mascottes de l’île puisqu’on les trouve partout, des T-Shirts aux statuettes en passant par les logos des compagnies de bus. Là, nous faisons justement les shisa avec nos mains (à Okinawa, on dit d’ailleurs shiiiiisa, et non pas cheeeeese, en posant pour la photo…). Et je pousse le perfectionnisme jusqu’à entrouvrir légèrement une main, même si ce n’est pas la façon canonique de le faire.
Comme à Hokkaido, la famille d’accueil est géniale et ils nous submergent d’activités. Première chose à faire, escalader le mont Gusuku, le point culminant de l’île (ceux d’entre vous versés en hiragana noteront que c’est aussi le nom du ferry qui nous a amenés ici).
Au pied de la montagne, la forêt est dense – on est dans les tropiques – mais entretenue à la japonaise.
Et on grimpe. Poser pour une photo est aussi un prétexte pour se reposer…
…mais la vue d’en haut est encore plus belle.
Peu à peu d’autres membres du groupe arrivent – en effet, même si nous nous sommes tous séparés pour partir avec nos familles d’accueil, le mont Gusuku est un endroit logique d’où commencer la visite. Nous nous recroiserons ensuite sur la plage, au magasin… Iejima est petite – on peut en faire le tour en quelques heures à pied seulement – et c’est aussi cette taille humaine qui la rend si agréable après l’immensité bétonnée de Tokyo.
Un coup d’oeil suffit pour faire le tour de l’île. Au loin, nous voyons l’île principale d’Okinawa.
Disons-le clairement: avec ses fermes, ses plages et sa population de 5’000 habitants, Iejima est l’un des endroits qui se rapprochent le plus du paradis parmi ceux qu’il m’ait été donné de voir.
Enfin, à cela près qu’un cinquième du paradis est occupé par une base militaire américaine.
Sur les cartes, on remarque immédiatement le grand espace qui contraste avec la profusion des routes et des attractions sur le reste de l’île. Pourtant, les locaux n’en parlent pas, en tout cas pas à nous. Civils japonais et militaires américains coexistent en s’efforçant de s’ignorer, avec un succès il faut le dire variable.
Après le mon Gusuku, la deuxième fierté des habitants d’Iejima est son célèbre hibiscus – une fleur qui est non seulement belle, mais aussi délicieuse sous forme de glace.
L’hibiscus est cultivé dans des serres.
Chaque variété est marquée par une pancarte soigneusement posée par terre, à droite et à gauche des travées.
Sur Iejima, tout est proche, mais parfois il ne faut même pas sortir de la maison de notre famille d’accueil pour voir des choses intéressantes. Un chien est assez commun, admettons…
…mais un porcinet en laisse, déjà moins, en tout cas pour les citadins que nous sommes.
Toutefois, le plus étonnant sur Iejima, ce sont bien sûr ses ours polaires.
Bon, je plaisante, ils sont empaillés. Vous vous êtes crus dans Lost ou quoi?
Cette bête-là est bien réelle, par contre.
Et gentille… tant qu’on la nourrit.
Et puis bien sûr, il y a des vaches. Celles-ci doivent se contenter d’un menu standardisé de cantine…
…mais celle-là, par contre, a droit à un menu à la carte, en toute liberté ou presque. Au fait, la retrouverez-vous sur l’image?
Je regarde la photo en ce moment et me dis que parfois, même être une vache peut avoir du bon – surtout si on est une vache sur une telle île. Allez, on fait une pause et je vous retrouve demain pour la suite de nos aventures à Iejima.



























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