Shikoku – le lieu que nous allons visiter aujourd’hui et demain – est la plus petite des quatre îles principales du Japon, après Honshu, Hokkaido et Kyushu. Son nom veut dire “quatre royaumes”; il fut une époque, en effet, où quatre provinces – aujourd’hui devenues préfectures – se partageaient le territoire.
Bien que reliée à l’île principale, Honshu, par un certain nombre de ponts et du tunnels, Shikoku est tout sauf proche de Tokyo. En Shinkansen et en trains express, il faut compter plus de 4 heures et demie (et 16’000 yen!) pour l’aller; étant donné que nous (pour Shikoku, “nous” n’incluait que Guillaume et moi) n’avions qu’un week-end pour l’excursion, perdre autant de temps était hors de question. La solution? Le bus de nuit, comme pour Nagoya. Certes, le voyage dure plus longtemps (8 heures) mais on peut utiliser ce temps pour dormir (enfin… essayer) et surtout, le prix de l’aller-retour est plus bas que le prix d’un aller simple en train.
Sachant d’expérience que le bus de nuit constitue l’une des techniques approuvées de torture par privation de sommeil par l’armée américaine à Guantanamo, nous avons choisi un bus un peu plus confortable que le précédent pour tenter de rendre le voyage moins pénible. Deux étages, toilettes, trois sièges par rangée seulement et pantoufles offertes: le grand luxe, quoi.
Est-ce que cela a aidé? Non. Nous avons tout de même passé ce qui était essentiellement une nuit blanche, balançant parfois à la frontière du sommeil mais toujours ramenés à la réalité par un arrêt soudain du bus à une aire d’autoroute ou par un tressaillement dû au revêtement de route inégal. Ce sont donc deux loques en décomposition qui ont débarqué près de la gare de Takamatsu – une ville au nord de Shikoku – avec une longue journée devant eux. Peu importe, toutefois: quelques beignets et une injection de caféine dans la moelle épinière au Mister Donut du coin, et nous étions bons pour repartir, en train local cette fois, pour notre visite de la journée. Etre jeune a du bon.
Ci-dessus, une petite gare perdue dans la campagne de Shikoku. Après la mégalomanie de Shinjuku ou de Shinagawa, elle ferait presque sourire. Pourtant, malgré l’absence de panneaux lumineux, de typographie moderne et de combinis, les trains roulent à la minute près ici également.
La ville dans laquelle nous avons passé la journée du dimanche (comme je l’ai déjà dit, j’ai des cours le samedi mais pas le lundi; c’est pareil pour Guillaume) se situe à l’extrémité Nord-Est de Shikoku et s’appelle Naruto. En dépit d’un nom qui ferait trépigner le coeur de n’importe quel fan de manga shonen de base, la ville en elle-même est strictement inintéressante.
C’est une petite bourgade ensommeillée comme on en trouve dans tous les pays du monde. C’est précisément dans ce genre d’endroit que Stephen King adore situer ses nouvelles.
Il y a le supermarché, le bar, la pharmacie et ainsi de suite.
Il y a bien un poster qui exploite l’homonymie entre la ville et le manga, mais même cela ne réussit pas à briser l’ennui général.
Alors, pourquoi venir à Naruto? Pour le comprendre, il faut s’éloigner quelque peu du centre-ville. Allons tout d’abord voir du côté du bord de l’eau, où un grand pont relie Shikoku à l’île principale:
(Notons au passage que dans le parc qui entoure le pont côté Shikoku, il y a aussi l’éclairage alimenté à l’énergie solaire, comme dans le parc Showa.)
A l’endroit où le pont a été construit, le relief subaquatique est tel que les marées provoquent un phénomène naturel très intéressant: les tourbillons de Naruto. Ils se forment juste sous le pont et peuvent atteindre plus d’une dizaine de mètres de diamètre (même si ceux que nous avons vu étaient bien plus petits). En fonction des jours et des heures, leur intensité varie: consultez donc une table disponible sur Internet si vous avez l’intention d’aller les voir. On peut admirer les tourbillons depuis le pont (une galerie spéciale est aménagée en dessous) ou depuis un bateau – les tourbillons sont inoffensifs pour les embarcations. Paraît-il.
L’autre raison de venir dans ce coin-là de l’île est que c’est depuis le nord-est de Shikoku que débute le célèbre pèlerinage des 88 temples qui constitue la principale attraction touristique de l’île. Qu’est-ce que ce pèlerinage? Comme son nom l’indique, il y a un certain nombre de88 temples bouddhistes qui sont dispersés un peu partout sur l’île. En faire le tour est l’une des principales raisons pour lesquels les Japonais des quatre coins du pays viennent à Shikoku. Visiter les temples est toujours un plaisir, à la fois spirituel et visuel. Voici, par exemple, le temple numéro 1:
Si on veut faire le pèlerinage “honnêtement”, à pied, il faut bien prévoir 2 mois pour faire le tour de l’île et des temples; beaucoup d’agences de voyage organisent toutefois des pèlerinages express en bus d’une durée de moins de deux semaines. Les pèlerins sont reconnaissables à leur vêtement blanc, au chapeau de paille et au bâton en bois.
Évidemment, on peut tout acheter directement à la boutique du premier temple. Les Japonais ne perdent jamais l’occasion de rendre tout le monde heureux avec une bonne affaire. Il faut dire que sans taxe ecclésiastique, les lieux de cultes ne peuvent compter que sur eux-mêmes (et sur leur organisation faîtière) pour survivre.
On dirait un sapin de Noël, non?
Un Bouddha près d’une cascade, ou quand le cliché absolu devient réalité palpable.
Sur la route du deuxième temple (le plan est d’en faire trois), nous faisons un détour par un sanctuaire shinto.
Le kami qui est vénéré dans le sanctuaire est cet arbre, immense et imposant.
Doitsukan, ou Das Deutsche Haus, est un bâtiment construit pour promouvoir l’amitié entre le Japon et l’Allemagne (oui, je sais que ça fait un peu peur mais bon). Les racines de ce lien dans ce lieu précis remontent en fait non pas à la Deuxième mais à la Première Guerre Mondiale: un camp de prisonniers allemands (le Japon a rejoint le conflit en août 1914 du côté de la Triple-Entente) s’y trouvait. Toutefois, ils étaient plutôt bien traités, certains d’entre eux finissant même par s’intégrer à la communauté de la ville de Bando.
Deuxième temple: un dragon de plus pour rejoindre la collection.
Le sens de la décoration.
Marcher devient difficile; il fait 25 degrés et nous n’avons pas dormi depuis plus de 30 heures. Qu’importe: prenant Jack Bauer pour exemple, nous continuons d’avancer, traversant des ponts et montant des escaliers.
Sur le ponton menant au troisième temple, une surprise longue d’un mètre nous attend. Eh oui, on est à la campagne. Il faut dire que la pierre, chauffée au soleil toute la journée, est parfaite pour s’y prélasser. Le serpent a plus peur de nous que vice-versa; il détale dès que nous faisons un pas vers lui.
On entend les grenouilles mais on ne les voit pas.
Le soleil se couche déjà lorsque nous reprenons le train pour Takamatsu où nous allons passer la nuit.
En dépit de mon expression, nous sommes bien dans état que l’on peut appeler “épuisés mais contents”.
Allez, quelque chose à manger et au lit. Enfin, avant on fait juste un petit karaoke, pas plus de deux heures. Exténué ou pas, certaines choses sont sacrées.
























21/07/2010 à 17:29 |
[...] été iconiques, comme Kyoto, Nara ou Himeji; d’autres un peu moins connus, comme Takamatsu, Naruto, Mito, Kawasaki, Shimoda ou Oh-Oka. Et parfois il n’y a même pas besoin de sortir de Tokyo; [...]
28/07/2010 à 10:45 |
[...] – Mito – Miyajima – Nagano – Nagoya – Naha – Nara – Naruto – Nikko – Osaka – Sapporo – Shimoda – Shirakawa – Shizuoka [...]
28/07/2010 à 14:43 |
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