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Se souvenir… des instants

01/08/2010

Parfois, j’imagine la vie comme un énorme sablier dans lequel chacun d’entre nous se tient dans un nuage de grains de sable qui filent à toute vitesse entre nos doigts – autant de secondes qui ne nous effleurent que l’espace d’un instant presque imperceptible avant de disparaître à jamais. Ainsi nous restons, tendant la main vers le mince filet de sable, se demandant si la coupe au-dessus de nos têtes est encore bien remplie ou presque vide et espérant… quoi? Je ne le sais.

Chaque grain de sable a une texture différente lorsqu’il nous touche la main. Parfois, il est aussi tranchant qu’un couteau et parfois aussi doux qu’une pétale de rose. Certains instants nous donneraient presque l’envie de mourir, et il y en a d’autres que l’on ne souhaiterait jamais voir s’arrêter. Mais voila: que leur passage nous soit douloureux ou apaisant, agréable ou insupportable, ils ne cessent jamais leur course vers le sol. Pour le meilleur ou pour le pire, le temps s’écoule inexorablement, et il n’est pas en notre pouvoir de capturer le sable entre nos doigts.

Pourtant, parfois, au milieu de ce sable qui tombe sans fin, on rencontre de petits cristaux multicolores. Ceux-là, on peut essayer de s’en saisir, de les accumuler, de les emporter avec soi et de les chérir. Ces cristaux, ce sont nos souvenirs, nos émotions, nos découvertes; à la fois les bijoux que nous porterons pour témoigner du passé et les graines que nous planterons pour préparer l’avenir. C’est ces cristaux qui nous rappellent pourquoi nous faisons ce que nous faisons; ce sont eux qui nos réconfortent lors des moments difficiles et nos encouragent lors de nos jours de triomphe; ce sont eux qui expliquent pourquoi nous continuons à regarder le sable s’écouler.

Je suis assis devant mon ordinateur, mais je ne le vois pas vraiment. Mon regard est plongé dans les tréfonds de ma mémoire, où ces quelques cristaux sauvés de la chute perpétuelle brillent de mille feux et éclairent ma route.

Nous sommes le 16 septembre 2008 – un mardi – et c’est le deuxième jour de cours de ma deuxième année à HEC Lausanne. Je suis assis dans l’InterCity qui m’y emmène depuis Genève et je réfléchis déjà à ma troisième année d’études. Je sais que je ne la passerai pas en Suisse; mais je ne suis pas encore exactement fixé quand à ma destination. Je pensais toujours partir aux Etats-Unis, mais il n’y a aucune université là-bas, parmi celles qui ont conclu des accords d’échange avec l’Université de Lausanne, qui me fasse particulièrement envie. En plus, cela ne fait que deux jours que je suis rentré d’un voyage de deux semaines en Californie; l’année d’avant, j’étais déjà parti à la découverte de New York. Aller trois fois en trois ans aux USA, n’est-ce pas un peu trop pour quelqu’un comme moi qui a encore vu si peu du monde dans lequel je vis? Je m’interroge.

Je m’appuie contre la vitre du train et je regarde au-dehors. Le ciel et les arbres se fondent en une bande bicolore bleue et verte.

Venu de nulle part, le mot « Japon » surgit alors dans ma tête et tout devient soudainement limpide.

Des fourmillements remontent depuis mon ventre. Je me lève presque du siège, puis je me rassieds. Il me faudra passer au bureau des échanges cet après-midi pour me renseigner.

Nous sommes en novembre 2008 et je suis dans le bureau d’un professeur d’HEC à qui je demande une recommandation pour mon dossier de candidature à l’échange.

« Vous êtes d’origine russe, c’est ça? » ,me demande-t-il.

« Oui », réponds-je.

« Vous n’allez pas vous suicider si vous partez, dites? »

« Pardon? »

« J’ai connu un étudiant d’origine russe parti au Japon en échange. Il a essayé de se suicider. Vous, vous ne ferez pas ça? »

« J’essaierai d’éviter » dis-je en regardant droit dans ses yeux riants et en comprenant que j’aurai ma recommandation.

Nous sommes en décembre 2008 et mon dossier de candidature est complet. J’ai tout imprimé en sept exemplaires – une par faculté, car c’est l’Université entière et non pas simplement HEC qui va m’envoyer au Japon.

Je regarde un instant les huit piles de papier proprement alignées sur la table – il y en a une en plus, que je garderai pour moi. Il doit être neuf heures du soir car la pièce est sombre, et seule la lampe de table dessine un cercle blanc autour de ces piles de papier qui contiennent la prochaine année de ma vie. Pendant quelques instants, je regarde cette mosaïque d’ombre et de lumière en essayant d’y déchiffrer un présage. Puis je soupire et commence ranger les piles, une par une, dans les enveloppes prévues à cet effet.

…Nous sommes le 22 janvier 2009 et je viens de raccrocher le téléphone. C’était le bureau des échanges. Je m’assieds devant mon ordinateur allumé et vais sur Facebook. J’efface mon ancien statut et en mets un nouveau, composé d’un seul mot: やった!

« やった! », en français, veut dire « J’ai réussi! »

Nous sommes le 16 juin 2009 et je viens de finir mon septième et dernier examen de la session de printemps – et par conséquent, ma deuxième année à HEC Lausanne.

Je sors dehors et plisse les yeux à cause du soleil. Une brise vient m’ébouriffer les cheveux.

Derrière moi, les portes automatiques du bâtiment Internef se referment. Je ne me retourne pas.

Nous sommes en septembre 2009 et je pars dans moins d’une semaine. Je sors de chez Javier – nous venons de voir notre dernier film de l’année – et je rentre chez moi comme je l’ai fait tant de fois déjà. En remontant le chemin des Crêts-de-Champel, je me rends soudain compte à quel point j’aime marcher dans cette rue la nuit.

Nous sommes le 12 septembre 2009 et je viens de publier mon premier billet sur ce blog. Idéalement, je voudrais en publier un par jour, mais je ne sais pas si j’aurai le temps ni l’inspiration.

Nous sommes le 13 septembre 2009 et je viens de dire au revoir à mon père et à ma mère. Je me sens horriblement mal de les laisser seuls ainsi, mais je sens aussi que, si je ne fais pas ce voyage, je le regretterai toute ma vie. La file vers les portiques de sécurité avance lentement. J’essuie discrètement une larme, me retourne et fais un signe à mes parents en souriant.

Nous sommes toujours le 13 septembre 2009 et je suis à 10’000 mètres d’altitude, propulsé à une vitesse de 1000 kilomètres par heure dans les profondeurs d’une nuit aveugle et infinie. Je me demande si ce que je suis en train de faire est le fruit de la meilleure ou de la pire décision de ma vie.

Nous sommes le 14 septembre 2009 et je suis à l’aéroport de Narita, complètement sonné. Heureusement que des volontaires de l’université viennent me chercher, mais je suis quand même très inquiet – dans quoi me suis-je mis? Apparemment, trois autres étudiants en échange sont aussi arrivés il y a peu de temps et nous irons à Tokyo en groupe. Cela me rassure un peu. J’essaie de retenir leurs noms tout de suite – je sais que je suis assez mauvais pour ça. Michael, Guillaume, Luisa: il se peut que je les recroise dans les jours qui viennent.

Nous sommes dans le Narita Express depuis 20 minutes, à faire connaissance entre nous, mais aussi avec le pays qui s’étend derrière les vitres. Sur notre gauche, je vois une pagode se dresser sur une colline boisée. Et soudain – comme un interrupteur que l’on tourne – mes inquiétudes disparaissent.

Tout ira bien.

Nous sommes le soir du 14 septembre 2009, notre premier jour au Japon. Nous sommes jetlaggés, mais devons tenir au moins quelques heures avant de s’autoriser à dormir. Nous déambulons dans le quartier de l’université, en essayant de se repérer un peu. La faim nous tenaille; j’achète ma première bouteille de thé au distributeur (il est non sucré, tiens). Puis nous entrons dans un combini. Michael achète un daifuku, Guillaume un melon pan.

Nous nous asseyons sur des marches faisant face à l’auditorium Okuma, buvons et mangeons. Je regarde le bâtiment éclairé et me dis qu’il est magnifique.

Nous sommes le 21 septembre 2009 et nous marchons près des quais déserts de la gare de Shiodome. Un sentiment étrange – de sérénité et d’émotion, de bonheur et de tristesse à la fois – m’envahit. Je suis au Japon depuis une semaine, et je me rends compte à quel point ce que je vis est unique et précieux – mais aussi fragile et temporaire. Pourtant, il reste encore tant de temps, alors pourquoi ce pressentiment, pourquoi maintenant?

En rentrant chez moi, j’essaie de décrire ce que j’ai ressenti dans un article de blog, mais je n’y arrive pas vraiment de façon satisfaisante.

Nous sommes le 22 septembre 2009 et c’est la première fois que je monte sur la tour de Tokyo. C’est aussi la première fois que je vois la ville de haut, la nuit.

Elle est plus belle que tout ce que j’aurais pu imaginer. Un océan d’étoiles. Une caverne enchantée remplie de gemmes. Une broderie d’argent sur la soie noire.

Je regarde Tokyo, endormie, ses routes scintillant – pulsant – comme des artères, et je crois pouvoir l’entendre respirer.

Nous sommes le 26 septembre 2009 et je me tiens devant le Grand Bouddha de Kamakura. Bien que je le fixe assez intensément, il ne semble pas me prêter une attention particulière – après tout, je ne suis qu’un seul des milliers de touristes qu’il voit défiler chaque jour.

Je regarde son visage paisible et détaché et pense à tout ce qu’il a pu voir en un millénaire d’existence. La cérémonie de mariage d’un shogun? La dernière prière d’un ronin? La parade d’une escadrille aérienne, un jour avant Pearl Harbor?

Cela me donne presque le vertige.

Nous sommes le 28 septembre 2009. La première journée de cours vient de se terminer. Guillaume, Luisa,  Michael et moi décidons de bavarder un peu dans le parc qui bordait le campus.

La nuit tombe très tôt au Japon – il faut croire qu’accueillir le soleil avant tout le monde veut aussi dire que l’on doive s’en séparer avant les autres – et à sept heures passés, le ciel ést complètement noir. Pourtant, l’activité dans le parc ne cesse pas: des groupes d’étudiants se rencontrent non pas pour boire, comme ça se serait fait chez nous, mais pour répéter une pièce de spectacle ou jouer de la musique.

C’est donc acconpagnés par les échos des chants et des sons de flute que nous nous installons dans un coin du parc.

« Pourquoi tu n’as pas apporté ta basse, Guillaume? », demande Luisa. « Tu pourrais nous en jouer. »

« Sans prise de courant et sans ampli, ce sera difficile », répond l’intéressé.

Je regarde les étudiants jouer et regrette – pour la combientième fois de ma vie? – de ne maîtriser aucun instrument musical.

« Si seulement je savais jouer… » pense-je à voix haute.

« T’as jamais pris de cours? » me demande Luisa.

« Non. Et c’est pas ici que je vais commencer, d’abord parce que c’est cher et ensuite parce que je vois mal comment caser un piano dans ma chambre de 6 mètres carrés. »

« Bon, ça, c’est pas vraiment un problème », intervient Guillaume. « Achète-toi un synthé, ils prennent moins de place. »

« Et je le mets où, sur mon lit? »

« Non, il y a des supports dépliables pour les faire tenir. »

« Je pourrais faire ça… Reste le problème des cours. Je ne vais pas prendre des cours de piano ici quand même… »

« Pas besoin. J’ai appris à jouer de la basse sans cours. »

« Quoi? »

« Oui. J’ai commencé à le faire à l’oreille, j’ai appris à lire une tablature… »

La conversation dévie sur un autre sujet, mais je ne la suis plus qu’à moitié. J’ai toujours pensé que faire de la musique était réservé à deux sortes de personnes: les génies et ceux que les parents ont mis dans une école musicale plus ou moins dès leur naissance. Qu’un simple mortel puisse prendre un instrument et en jouer, sans cours, sans dépenser des milliers de francs, me semble inconcevable. Et puis, il y a le problème du prix de l’instrument, de la place, du temps disponible, de la complexité d’une partition, de…

Pourtant, la recette est là. Achète un instrument. Commence à en jouer. On verra pour le reste.

Nous nous séparons une heure plus tard, chacun allant vers son dortoir. J’ai, pour ma part, quelques classeurs à acheter; je dis donc au revoir à mes compagnons et je me dirige vers le « 100 yen shop » le plus proche.

Je passe devant sans m’arrêter.

A cet instant, je ne sais pas encore exactement ce que je fais; c’est comme si mes pieds m’entrainent tout seuls. Au moment de passer devant le deuxième magasin qui contient les classeurs dont j’ai besoin, je comprends presque ce que je suis en train de faire, mais pas entièrement. Ce n’est que lorsque je m’engouffre, d’un pas dorénavant ferme, dans la bouche de la station de métro, que je prends pleinement conscience de ma destination.

Je suis en train d’aller à Akihabara, la « ville électrique » de Tokyo, pour m’acheter un synthétiseur.

Nous sommes le 6 octobre 2009, jour du Swiss+ Symposium. Simon et moi – les deux Suisses de Waseda Hoshien – nous retrouvons à six heures du matin devant les ascenseurs, encostumés et encravattés comme il se doit. Evidemment, il pleut. Pas de problème, nous avons tous les deux des parapluies qui nous attendent bien sagement juste devant l’entrée.

Je pousse la porte qui mène du hall des ascenseurs au hall d’entrée. Elle ne bronche pas.

Je pousse à nouveau, sans plus de succès.

C’est à tour de Simon de s’y mettre, avec le même (non-)résultat.

« Non mais c’est quoi ce truc? » dis-je d’un air vaguement inquiet en jetant un coup d’oeil à ma montre – arriver en retard au Symposium serait vraiment un bien mauvaise démonstration de ponctualité suisse faite aux partenaires japonais. « On fait comment pour sortir d’ici? »

« Attends, j’ai compris », dit Simon. « Ca, c’est l’entrée principale mais elle est fermée pour la nuit. Nous devons sortir par cette porte-ci, c’est l’entrée de nuit. »

« D’accord », réponds-je. « Juste une question: et nos parapluies qui sont à l’entrée principale? »

Durant quelques instants, nous contemplons les parapluies – visibles à travers la porte de verre mais inaccessibles. Puis nos costumes choisis avec soin. Puis la pluie battante à l’extérieur.

Finalement, nous hochons des épaules puis sortons.

Nous sommes en novembre 2009 et Guillaume vient de nous amener, après moult palabres, dans un petit bar – juste à l’intersection de Meiji-dori et de Waseda-dori – où l’on sert, paraît-il, une célèbre bière belge, la Duchesse de Bourgogne. Après près d’une semaine de requêtes polies se transformant peu à peu en menaces de mort, nous acceptons.

L’endroit est assez petit – quatre ou cinq places au comptoir, trois tables, peut-être quatre, et une scène. Justement, il y a un groupe live ce soir. Trois Japonais: guitare, basse et percussions. Nous commandons au son de leur premier morceau. Le barman, qui est une barwoman, est clairement occidentale, mais ce n’est de toute évidence pas une raison suffisante pour nous faire un prix. Bien que l’addition est salée – importation depuis la Beligique oblige – la bière est douce.

Le guitariste se lance dans un solo. Nous l’écoutons en sirotant la bière, et il me semble l’espace d’un instant que je suis en train de me dissoudre dans l’ambiance du bar. Je le vois dans ses moindres détails: la courbure du néon de l’enseigne accrochée au-dessus de la sortie, le reflet d’une lampe sur une clef de la guitare, la texture rugueuse du cuir de mon tabouret.

Le mur du fond du bar est fait en fausses briques, avec une fenêtre. Je sais que cette fenêtre ne donne sur rien car nous sommes au sous-sol, mais je ne m’offusque pas de cette tromperie. Au contraire, j’y vois une possibilité, celle que la fenêtre donne en fait sur n’importe quel endroit que je puisse imaginer. La petitesse et la chaleur du bar me deviennent de plus en plus agréables; au milieu de Tokyo, je me sens comme dans un cocon protecteur, privé, discret et rassurant.

Le guitariste continue son solo.

Nous sommes le 5 décembre 2009, vers sept-huit heures du matin, et nous venons de passer une nuit aussi blanche que mouvementée, qui s’est commencée par un karaoke à Ginza et s’est finie pour certains d’entre nous à Tsukiji (le marché aux possions de Tokyo) et pour d’autres à regretter d’avoir jamais eu l’idée de mélanger alcools forts et jus de raisin.

Nous traversons un pont alors que le soleil se lève, peignant en rose les hauts immeubles bordant la rivière Sumida, et je me dis que dormir, au Japon, est peut-être une nécessité mais surtout un beau gâchis.

Nous sommes à la mi-décembre 2009 et il est si tard que l’on pourrait presque dire qu’on est tôt le matin. Je suis dans ma chambre et j’écris.

Je ne saurais vous dire quoi au juste: un devoir, peut-être; ce blog, à ne pas exclure; voire l’esquisse d’une future bande dessinée. Je ne me souviens plus de ce que j’écrivais alors, mais je me souviens très bien de l’ambiance de ce moment-là.

Sortie des hauts-parleurs de mon ordinateur, une note stridente de Sigur Ros semble envelopper la chambre – et avec elle, le reste de l’univers – autour de moi en un seul point. Comme un instantané à la fois fugace et éternel.

Je suis dans ma chambre et j’écris.

Nous sommes le 31 décembre 2009. C’est le début d’après-midi et nous nous trouvons dans le sanctuaire d’Itsukushima, mieux connu sous le nom de Miyajima. Le temps – incertain en matinée – est dorénavant splendide. Je mitraille à tout va. L’enceinte du sanctuaire est magnifique; la neige accumulée sur le toit durant la nuit fond peu à peu sous le soleil, emplissant l’air de centaines de petites étincelles d’eau.

Nous nous avançons sur le ponton central. Devant nous, le célèbre portique flottant de Miyajima; tout autour, les toits d’une ancienne ville couverts de chapes de neige et entourés d’arbres; au-dessus, un immense ciel bleu.

J’attrape un passant japonais et lui demande de prendre une photo de nous cinq: Guillaume, Michael, Audrey, Achinthi et moi.

Parmi les milliers de photos que j’ai prises au Japon, ceci est ma préférée. Nous sommes jeunes, enthousiastes, et émerveillés; nous passons une journée magnifique sans se douter que de plus belles encore viendront; et surtout, il nous reste encore sept mois – une éternité! – à passer au Japon. Cinq personnes; cinq destins qui se sont croisés de la façon la plus improbable que l’on puisse imaginer, à l’autre bout du monde. Nous sommes voués à grandir et à évoluer; à voyager et à explorer; à changer nous-mêmes et à changer le monde autour de nous. Mais – quoi qu’il puisse arriver – sur cette photo-ci, nous serons toujours ensemble à Miyajima pour y passer le réveillon du jour de l’an et il nous restera toujours bien assez de temps à passer au Japon. Je trouve cette pensée réconfortante.

Nous sommes toujours le 31 décembre 2009. Il est 23 heures, 59 minutes et 30 secondes. Nous avançons à grandes foulées le long d’une route qui s’étale à n’en plus finir sous nos pieds, en espérant d’arriver à temps à un temple pour y voir la cérémonie des cloches du Nouvel-An.

Lorsque nous les entendons au loin, nous comprenons qu’il est trop tard.

« Oh non », fait Audrey, visiblement déçue. « J’espérais tellement passer ce moment-ci au temple. »

« Moi aussi, » souffle-je en faisant bien attention de ne pas ralentir la cadence de mes pas. « Mais tu sais, là d’où je viens on dit que l’on passe l’année qui vient de la façon dont on l’accueille. Et en ce moment, nous sommes en train d’avancer vers un but – pas vraiment la pire façon de passer la nouvelle année, non? »

Audrey me regarde et sourit. Nous accélérons le pas.

Nous sommes le 11 janvier 2010, à réviser pour un examen sur les entreprises multinationales. Les élèves à peu près studieux que nous sommes sont au nombre de trois: moi, Mathieu et Queenie, à se pencher sur nos livres et nos classeurs dans la salle commune au rez-de-chaussée du bâtiment trois de mon dortoir. Après environ une heure de révisions, nous décidons de faire une pause. Je fais quelques pas le long de la pièce pour me dégourdir les jambes et m’arrête soudain devant la télévision, stoppé net.

Sans vraiment oser y croire, je me baisse lentement et ouvre les portes en verre de la petite armoire sur laquelle est posée la télévision pour en sortir un carton qui contient un trésor inoui.

Une Super Nintendo. Et des cartouches de jeux.

Je montre ma trouvaille à Mathieu, qui me rejoint immédiatement avec une exclamation enthousiaste. Il ne nous faut que quelques minutes pour relier la console à la télévision, choisir une cartouche – Street Fighter II, rien que ça – et l’allumer.

L’écran reste noir.

« Tu connais la vieille technique? » me demande Mathieu. « Lorsque un jeu ne marche pas, il suffit parfois… »

« De le sortir et de souffler sur les contacts », finis-je en souriant.

Ca marche. Et, pendant les prochaines vingt minutes, Mathieu et moi redevenons des enfants.

Nous sommes le 1er février 2010 et je viens de voir Avatar pour la deuxième fois, cette fois en compagnie de Michiko – une assistante volontaire du cours de japonais du semestre d’automne qui est devenue une amie pour beaucoup d’entre nous.

Nous nous tenons au dernier étage d’un grand centre commercial à Kawasaki dans lequel le cinéma se trouve. Le mall à nos pieds, les silhouettes des immeubles de la ville tout autour; le paysage est beau.

Et il le devient encore plus lorsqu’il se met à neiger.

Michiko sursaute de joie et de surpirse – la neige ne s’invite qu’assez peu fréquemment à Tokyo – et s’avance vers le bord de la plate-forme sur laquelle nous nous trouvons pour mieux l’observer. Je la suis en levant la tête. Les flocons surgissent de la nuit, traversent la zone de lumière créée par les fenêtres et les lampes du centre commercial dans lequel nous trouvons puis disparaissent à nouveau dans l’obscurité. Le spectacle est presque hypnotisant.

Après quelques minutes passées à regarder en silence cette danse muette, je commence à faire un pas vers l’escalator, mais Michiko, qui n’a visiblement pas eu assez du spectacle, n’accompagne pas mon mouvement, comme pour m’inviter à rester encore un peu.

Alors, nous restons encore un peu.

Nous sommes le 3 février 2010 et mes pieds commencent à s’ankyloser dans le bus de nuit si inconfortable qui nous emmène à Nagoya. Il est deux heures du matin, mais aucun de nous n’arrive à trouver le sommeil. Michael est plongé dans les profondeurs musicales de son iPod; Guillaume et moi nous partageons, grâce à un split qu’il a apporté, la même musique – en laternant 30 minutes de mon lecteur et 30 minutes du sien.

Mon tour arrive et je choisis Cemeteries Of London alors que le bus démarre après une nouvelle pause-pipi sur une station d’autoroute.

Dans l’obscurité du bus parfois ébranlée de quelques tressaillements, la musique semble résonner d’une façon particulièrement claire. Je pense à nous – trois petits points sur une route sinueuse, perdus au milieu de l’obscurité, avec la musique pour seul guide – et, je ne sais pas pourquoi, je trouve cette sensation étrangement réconfortante.

Nous sommes le 10 février 2010 et je viens de me prendre une boule de neige en pliene figure. Je chancèle et mouline des bras autour de moi en essayant de regagner à la fois mon équilibre et de me défendre contre une éventuelle seconde attaque.

J’entends Nene rire quelque part à côté de moi. Toujours à moiité aveuglé, je m’oriente à sa voix pour lancer ma contre-attaque. Au petit cri surpris qu’elle émet, je comprends que j’ai touché ma cible.

Durant environ 45 minutes, le chemin devant le centre Neïparu Mori, dans le sud de Sapporo, devient un véritable champ de bataille. Nous courons et tombons; lançons des boules de neige et s’en prenons; formons et déformons des alliances; et surtout, nous rions comme les gamins en train de faire une bataille de boule de neiges – des gamins que nous sommes à ce moment-là, précisément.

Après ceci, frigorifiés et plus vraiment très secs, nous nous dirigeons vers les bains chauds du centre, qui semblent encore plus divins que d’habitude.

Nous sommes le 12 février 2010 et mon ventre est sur le point d’exploser. La famille d’accueil qui nous a pris – moi et un étudiant chinois nommé Yu Heng – pour trois jours à Hakodate semble vraiment déterminée à montrer ce que l’hospitalité japonaise veut vraiment dire. Devant moi, une dizaine de plats différents, préparés par la grand-mère, et quatre verres avec quatre alcools différents (ça, c’est le grand-père qui régale) dans lesquels je mange et je bois à tour de rôle, comme dans un carrousel d’autant plus sans fin que de nouveaux plats sont constamment apportés de la cuisine et que de nouvelles bouteilles se débouchent comme par magie.

Nous communiquons – en anglais, en japonais, et à l’aide de petits dessins et de schémas griffonnés sur un calepin – avec ce couple si accueillant, et je me rends compte à quel point absolument tout dans leur mode de vie m’est sympathique. J’aime leur maison, à moitié emprisonnée dans la neige et dans laquelle on ne chauffe pas les couloirs, ce qui rend chaque passage de pièce en pièce semblable à une petite aventure; leur chambre d’invités, avec un tapis si épais que les pieds y disparaissent et de vieux livres en anglais (dont une édition des années 50 d’un manuel sur l’art de bien écrire); leur voiture dans laquelle le lecteur CD ne joue que de la musique classique; leur ville, petite et éloignée dans un pays qui l’est déjà; et leur mode de vie, avec des bains publics quotidiens et l’accueil régulier d’étudiants étrangers chez eux. Si ça, ce n’est pas une belle façon de vieillir, je ne sais pas ce qui en est une.

Le repas arrive à sa fin. Nous aidons à ranger et à faire la vaisselle, et j’aime même ce simple acte de communion. Vient l’heure du café. Il est tard, mais personne ne veut se coucher.

« On va au karaoke? » demande soudain le grand-père. « Il y en a un tout près de la maison ».

Comment refuser?

Nous sommes le 4 mars 2010 et nous avons réussi enfin à trouver le karaoke le plus proche de la gare de Sendai.

Lorsque je parle à quelqu’un de karaoke, j’ai deux phrases toutes faites que je ressors à chaque nouvelle personne avec laquelle j’aborde le sujet. La première est en japonais, formulée lors de l’un des premiers cours, lorsque l’on a appris simultanément à exprimer notre degré de préférence pour une chose et notre degré de compétence dans cette chose: « 歌うのが好きですが、上手じゃありません », autrement dit « j’adore chanter, mais je suis mauvais ». La deuxième est en anglais, et elle est un peu plus fleurie: « When I sing, children cry, flowers wither and birds fall dead from the sky » (celle-ci récolte habituellement quelques rires – je m’en sens un peu coupable car cette séquence ne vient pas vraiment de moi mais d’un caricaturiste nommé Scott Adams). Le sens des deux est toutefois plus ou moins le même: je chante horriblement faux mais c’est pas une raison pour m’en priver.

Quand on chante aussi mal que moi, il n’y a que deux possibilités pour survivre à un karaoke: ne pas ouvrir sa bouche de la soirée ou, au contraire, se lancer complètement dedans sans aucun complexe. Ceux qui me connaissent un peu savent déjà quelle option j’ai choisi; pour les autres, disons simplement que vous êtes bien chanceux de ne pas avoir été là avec moi.

J’ai écorché un nombre incalculable de tubes au Japon; si on attachait des petits générateurs à tous les cercueils des artistes que j’ai fait tourner comme des toupies dans leur tombes, on pourrait alimenter en électricité une ville de taille moyenne pendant quelques mois. Mais aucune chanson n’a subi, je crois, outrage pire que Breaking The Habit de Linkin Park ce soir-là à Sendai (ceux qui connaissent la chanson voient parfaitement à quel point celle-ci est écorchable). Un festival de fausses notes, un feu d’artifice tiré par des casseroles (enfin, surtout par une casserole, moi), une performance aussi horrible, que, lorsque j’achève (c’est le cas de le dire) la dernière note, en m’allongeant presque sur le canapé lors d’un dernier effort surhumain, il nous faut bien une minute pour arrêter de rire et de passer à la chanson suivante.

Bref, que du bonheur.

Nous sommes le 5 mars 2010 et une mouette me frôle presque la main. Je me tiens sur la passerelle arrière d’une petite embarcation en train de zigzaguer entre les innombrables îles recouvertes de pins qui composent Matsushima, l’une des trois plus belles vues du Japon. Le capitaine, un Japonais jovial d’une quarantaine d’années, dirige son bateau d’une main sûre. Au moment du démarrage, notre vaisseau attire immédiatement l’attention d’une douzaine de mouettes qui se mettent à nous faire la course, passant à quelques centimètres à peine des fenêtres et de nos têtes – elles doivent être habituées à ce que les touristes leur jettent quelque chose à manger.

Le capitaine nous parle – en japonais, évidemment – et, tant bien que mal, nous répondons (souvent, en devinant, plus que comprenant, son propos, il est vrai – une fois, il s’est retourné vers nous et a dit quelque chose en faisant un geste de la main au niveau de la poitrine et en rigolant d’un air complice. Nous avons évidemment acquiescé et rigolé aussi. Pourtant, même une fois descendus, nous ne savions toujours pas ce qu’il a essayé de nous dire – les deux explications les plus vraisemblables étant soit « les filles ont souvent le mal de mer lors de cette excursion » soit « les filles occidentales ont de gros seins »). Son jeu favori, toutefois, est de nous montrer une excroissance rocheuse informe surgissant au milieu des vagues et nous demander « c’est quoi comme animal, ça? » Apparemment, à Matsushima, une bonne partie des îles est censée rappeler une bête – du lion à l’orque en passant par le cochon – et c’est à nous de trouver de quel sobriquet la sagesse des foules a affublé tel ou tel rocher. La ressemblance totémique étant parfois flagrante et parfois quasi inexistante, nous n’y arrivons qu’avec un succès mitigé.

Mais qu’importe? Les vacances battent leur plein et l’air marin nous fouette le visage; nous explorons le Japon et nous réalisons soudainement que nous venons de faire des progrès en japonais; le temps est radieux, mais pas autant que nous.

Les mouettes volent autour de nous et nous volons au milieu d’elles.

Nous sommes le 9 mars 2010 et ça fait cinq heures que j’essaie de dormir, en vain. A coté de moi, Juha grogne dans son siège d’avion tout aussi inconfortable que le mien en essayant de trouver une position qui lui permettrait de trouver le sommeil, sans succès apparent. Décidément, aller en Australie, c’est cool, mais il y a un prix à payer.

Les lumières de la cabine de l’avion sont éteintes. La plupart des passagers dorment. Comment font-ils? Les veinards. Je transfère, pour la centième fois, mon poids de l’autre côté du corps sans que cela n’aide de quelque manière que ce soit.

Las, je ne sais plus comment m’occuper; alors, j’ouvre le volet de mon hublot et jette un coup d’œil à l’extérieur.

Et me perds.

Mon hublot se trouve juste à côté de l’aile de l’avion au bout de laquelle se trouve une lumière de signalisation rouge qui s’allume toutes les deux secondes environ. Toutes les deux secondes, donc, lorsque la lumière surgit, je peux voir un bout d’aile teinté d’une couleur vermillon.

Mais lorsque la lumière s’éteint…

Nous survolons actuellement l’océan Pacifique; il n’y a aucune source de lumière au niveau de la mer à des centaines de kilomètres à la ronde et, avec, le salon tamisé, l’avion n’en émet pas non plus. Lorsque le signal sur l’aile n’est pas allumé, donc, l’univers tel qu’il est vu par le hublot serait réduit au noir absolu…

…s’il n’y avait les étoiles.

Des centaines, des milliers d’étoiles. Sans nuages pour les cacher ni lumière artificielle pour les masquer, je peux voir le ciel nocturne dans toute sa splendeur, tel qu’on peut l’admirer depuis le sommet d’une montagne isolée, tel qu’il était vu par nos ancêtres. A Tokyo, ça faisait longtemps que je n’avais pas vu une seule étoile. Je regarde par le hublot de l’avion et – toutes les deux secondes – il me semble que c’est dans un vaisseau spatial que je me trouve.

Je ne dors toujours pas, mais il me semble que je suis en train de rêver.

Nous sommes le 23 mars 2010 et le soleil se couche lentement sur le lac de l’ancienne résidence d’été de l’empereur de Chine. Loin du tumulte poussièreux de Pékin moderne, le palais devenu parc est un véritable havre de paix. Après avoir traversé un long pont étroit pour rejoindre une île située à l’opposé du palais, Guillaume, Michael et moi nous installons près du bord de l’eau et admirons le spectacle.

L’endroit est si paisible, l’instant si calme que personne d’entre nous ne se décide à prononcer une parole; nous nous en rendons d’ailleurs rapidement compte et le silence jusqu’alors spontané devient intentionnel; tels trois moines, nous prenons sur nous, d’un commun accord tacite, la tâche de conserver la magie du moment en gardant le silence. Mais les pensées, bien sûr, vaquent.

Nous restons ainsi à écouter le bruit de l’eau jusqu’à ce que la fine lame lumineuse ne disparaisse complètement à l’horizon et que deux canards ne passent au-dessus de nos têtes en poussant des cris stridents.

Nous sommes le 24 mars 2010 et nous venons de quitter le site du stade olympique de Pékin. Le pont que nous en train de traverser, au-dessus d’une autoroute, a initialement été conçu pour accueillir des milliers de personnes simultanément – les Chinois ont commencé a voir les choses en grand depuis l’époque de la Grande Muraille, et n’ont jamais cessé depuis – mais nous ne sommes que trois à l’emprunter à cette heure-ci. Il faut dire que le vent froid et la neige qui tombe n’incitent pas vraiment à la promenade.

Je marche pénible en luttant contre le vent, tête baissée, les pieds transis de froid (pourquoi ai-je pris des chaussures d’été en allant dans une ville dont le nom veut dire « capitale du nord »?), essayant tant bien que mal de protéger mon appareil photo des flocons en l’enveloppant dans mon bonnet. Entre le vent et la neige, je ne vois ni entends mes compagnons d’infortune, mais je peux les sentir peiner quelque part derrière moi.

Puis, je ne sais pas pourquoi – un coup de vent particulièrement fort, peut-être – je lève la tête.

A cet endroit-ci, il n’y a pas de gratte-ciel ni même de grands immeubles; par conséquent, le ciel que je vois est vide de toute construction humaine. Vide de toute étoile, aussi – comme toute mégapole, Pékin génère beaucoup trop de lumière artificielle pour tuer dans l’œuf tout espoir d’en voir une. Je ne vois donc qu’une toile noire qui recouvre entièrement mon champ de vision – une toile sur laquelle se déroule un fascinant et majestueux spectacle.

Des milliers de flocons tombent silencieusement en rangs serrés, soldats inconnus formant des bataillons sans fin. Le mur de neige est parfois troublé par des bourrasques de vent, mais même dans ce cas tous les flocons se déplacent de concert. Le spectacle est envoûtant d’uniformité, d’autant plus que la neige, en plus de simplifier au maximum symbolique ce que je vois, absorbe également les sons, si bien que j’en oublie presque les voitures qui défilent en-dessous de moi et de mes deux amis qui marchent derrière: il n’y a plus que moi, sur une plaine enneigée infinie, en train de regarder un ciel sans limite où prend naissance un blizzard sans fin.

Quelqu’un a dit un jour que l’homme pouvait regarder éternellement deux choses: une flamme qui brûle et de l’eau qui s’écoule. De toute évidence, il avait omis de mentionner la neige.

J’oublie complètement que j’ai froid aux pieds.

Nous sommes à une époque si ancienne que même les manuscrits les plus vétustes n’en gardent plus aucune trace. Je m’avance prudemment sur les dalles mouillées du donjon, une main sur ma dague, l’autre formant un signe arcane.

Une ombre traverse soudain le couloir en un éclair de griffes et de dents. Minsc le rôdeur – un compagnon fidèle mais pas exactement malin – rugit et se lance sur l’apparition en brandissant sa hache. Mauvais calcul: ce monstre-ci n’était qu’un éclaireur et trois de ses confrères apparus de nulle part réduisent instantanément le guerrier en charpie. L’assassin du groupe, lui, est plus malin; il se retire immédiatement dans la pièce précédente en attirant l’attention des bêtes qui ne manquent pas de le suivre… et de déclencher les pièges soigneusement posés dans l’embrasure de la porte. Hélas, il n’y en a pas assez; les pièges n’ont suffi qu’à tuer un seul démon. La situation est critique, je décide d’agir: d’un geste maintes fois répété, je tends la main vers mes adversaires en criant l’incantation de la conjuration de la boule de feu…

…lorsqu’une vache surgie de nulle part tombe sur moi et me tue sur le coup.

« Ah ben bravo. » La voix de Guillaume dans l’écouteur est légèrement ironique.

« C’est les aléas de la magie entropique » réplique-je en rajustant mon microphone. « Je n’avais plus de sorts offensifs en mémoire, il ne me restait plus que la rupture hasardeuse. »

« C’est ce qu’ils disent tous. Je connaissais un mec qui se trouvait tout le temps des excuses. Tu sais ce que lui est arrivé? »

« Non. »

« Il est mort. »

« Ah, quand même. »

« Bon, je recharge? »

« Je suppose, oui » dis-je en regardant les démombres achever de dévorer nos personnages à l’écran.

Et nous repartons à l’aventure.

Nous sommes en avril 2010 et je cours à travers les rues de mon quartier en complétant mon parcours habituel. Je sais exactement comment se déroulera la soirée. D’abord, je rentrerai chez moi et prendrai une douche. Puis, on ira à l’Hidakaya manger une soupe épicée, après quoi on prendra peut-être un film à louer ou alors on rentrera chez nous – un épisode de Lost m’attend dans ce cas de figure-ci.

Une soirée tranquille, ordinaire et parfaite, en somme.

Nous sommes le 3 mai 2010 et le vent qui balaie la Victoria Bay de Hong Kong vient ébouriffer les cheveux de Laura alors qu’elle prend une photo de la skyline de la ville, sublime en soirée.

« C’est génial, non? » lui demande-je.

« Oui. Alors maintenant, on va au bar situé au sommet du gratte-ciel puis au marché de nuit, c’est ça? »

« Franchement, je pense que l’on devrait pouvoir y arriver. C’est quand même dingue; on a vu tellement de choses en une seule journée alors que nous ne nous pressions absolument pas! »

« C’est parce qu’on est bons » sourit-elle.

Effectivement, je ne vois aucune autre hypothèse.

Nous sommes le 28 mai 2010 et, devant nous, une dizaine d’enfants sont en train de jouer du taiko.

Les vibrations émises par les instruments résonnent dans nos muscles, dans nos cages thoraciques et dans nos esprits. Tout l’espace autour de nous n’est que musique pure.

Après tout, le corps du spectateur n’est-il pas aussi un instrument sur lequel le musicien agit?

Nous sommes le 29 juin 2010 et je viens de recevoir un email de SILS m’informant que j’ai été choisi pour prononcer un discours au nom des étudiants en échange lors de la cérémonie de clôture des cours, le 24 juillet.

Je suis, bien sûr, très content. Mais aussi un peu inquiet – après tout, ce discours ne sera, pour moi, ni plus ni moins que l’occasion d’exprimer tout ce que j’essaie de vous transmettre par le biais de ce blog depuis le début de l’année… sauf que cette fois-ci, je parlerai directement aux personnes concernées, et de vive voix. De plus, je devrai tenter de transmettre non seulement mon propre point de vue, mais aussi celui de tous ceux que j’ai l’honneur de compter parmi mes compagnons.

La tâche n’est pas banale. J’ai intérêt à commencer à m’y préparer à l’avance.

Nous sommes le 3 juillet 2010 et je viens de me laisser happer par une vague. Je me laisse porter par le courant quelques instants puis me redresse et regarde autour de moi. Mes compagnons de voyage à Shimoda, sur la péninsule d’Izu, sont eux aussi presque tous dans l’eau en dépit d’un ciel couvert. Qu’importe: nous sommes venus pour nous amuser et nous sommes bien déterminés à le faire.

Le vent se lève et les vagues deviennent de plus en plus fortes. Nous repartons à leur assaut, les esquivant souvent et s’y abandonnant parfois. C’est incroyable comme un évènement en essence aussi répétitif que le déferlement d’une vague peut donner naissance à autant de situations différentes et à autant de défis.

Je sors ma tête de l’eau pour je ne sais plus combientième fois lorsque je sens que quelque chose à changé. Alors que la vague vient tout juste de passer, une goutte frappe ma tête, puis une autre. L’instant d’après, la surface de l’eau autour de moi se transforme, striée par des milliers de petites toiles d’araignée entrecroisées que la pluie dessine sur les voûtes de l’océan. Se baigner sous la pluie: un plaisir rare mais toujours agréable, d’autant plus que cette pluie-ci est chaude. Nous restons dans l’eau encore un quart d’heure environ puis sortons et regagnons lentement notre maison sous des trombes d’eau qui, pour une fois, ne nous gênent pas le moins du monde. Habituellement, lorsque la pluie commence, l’on pense davantage à son costume ou à son portable qu’au simple plaisir de sentir des filets d’eau nous masser lentement les épaules alors que nous marchons à notre guise à travers les rues désertées; mais quelqu’un qui vient de sortir de l’eau et qui n’a pour seul costume qu’un maillot de bain est libéré de ce genre d’arrière-pensées et peut se concentrer sur l’essentiel.

« Tu sais », dis-je à Antoine en ralentissant le pas – pour faire durer le chemin du retour un peu plus lontemps – « je n’avais jamais pensé à la définition du bonheur comme au fait de marcher sur une plage sous la pluie. »

A son regard amusé, je comprends que lui non plus.

Nous sommes le 13 juillet 2010 à quelque 3’000 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer. Il est cinq heures du matin et les pentes du mont Fuji sont froides, pluvieuses et inhospitalières. Obstinément, nous continuons à grimper, arrachant mètre après mètre à la montagne.

La pluie se calme quelque peu et nous nous arrêtons un instant pour reprendre notre souffle. Je me retourne, espérant vainement être récompensé de mes efforts par une belle vue sur l’étendue en contrebas, mais l’espoir est vain; je ne vois que des nuages battus par le vent.

Je m’apprête à me retourner avec un soupir résigné lorsque quelque chose se produit. Un souffle particulièrement puissant enroule soudain un nuage situé à peu près à notre hauteur sur lui-même pour former, l’espace d’un instant, un gigantesque tourbillon vertical, immense et majestueux.

Je touche l’épaule de Michael et lui indique la formation nuageuse.

« C’est beau, non? »

« Oui » répond-il.

« On dirait presque… une porte » remarque-je pensivement.

Je n’ai pas le temps d’achever ma phrase; une nouvelle bourrasque de vent dissipe le nuage dont il ne reste plus rien l’instant d’après.

Je souris, me retourne et essaie de trouver des yeux le sommet du mont Fuji. Le chemin est encore long.

Nous sommes le 20 juillet 2010, et je suis assis dans une rame bondée de la ligne Yamanote. Un salaryman typique – la trentaine, costard-cravate-chaussures de cuir –  entre a Shinjuku, se met juste devant moi, pose son sac sur une étagère au-dessus de ma tête et ouvre un livre.

Son marque-pages assez particulier: une ancre argentee ornée d’une pierre bleue en forme de tête de Mickey.

Nous sommes le 24 juillet 2010 et le bruit d’explosions à répétition submerge les ruelles de Chofu en faisant trembler les fenêtres et sursauter les passants. Amaury, Guillaume et moi marchons rapidement à travers une foule compacte en gardant les yeux rivés vers le ciel, où est en train de se dérouler un grandiose spectacle pyrotechnique.

Notre but est de trouver la meilleure place possible pour apprécier le show; malheureusement, ce n’est pas facile lorsque des dizaines de milliers d’autres personnes sont occupés à faire exactement la même chose et que la police cantonne les visiteurs aux ruelles où la vue est toujours partiellement bloquée par un arbre ou un poteau. Heureusement, la féérie pyrotechnique est prévue pour durer plus d’une heure; nous pouvons donc nous permettre de perdre un peu de temps pour bien nous positionner, sillonnant les chemins de traverse et changeant constamment d’angle de vue dans l’espoir de saisir une image parfaite des feux d’artifice.

Lorsque nous traversons une ruelle particulièrement exiguë – de laquelle on ne voit qu’un petit bout du ciel – une explosion très puissante, suivie d’une salve de « Eeeeh! » et de « Suuugoï! », retentit – signe certain que nous venons de rater un bouquet intermédiaire dans notre chasse à la perfection.

Je siffle quelque chose qui ressemble à « Saperlipopette! » entre les dents.

« Ne t’inquiète pas » dit Guillaume. « Cette ruelle est bien plus belle que le ciel. »

Je crois d’abord qu’il plaisante.

Puis, je regarde autour de moi. Je regarde les maisonnettes et les poteaux électriques alambiqués devenus si familiers; les fenêtres dans lesquelles mille couleurs se reflètent; les centaines de Japonais et de Japonaises – beaucoup habillés en costumes traditionnels – fixant le ciel, les yeux remplis d’émerveillement; et mes deux compagnons avec qui je partage l’un de ces derniers instants passés au Japon. Je regarde autour de moi – et pense que Guillaume ne plaisante peut-être pas.

Nous sommes le 27 juilllet 2010 et demain, je dois libérer mon dortoir. Je sors de chez Guillaume – nous venons de voir notre dernier film de l’année – et je rentre chez moi comme je l’ai fait tant de fois déjà. En remontant Waseda-dori, je me rends soudain compte à quel point j’aime marcher dans cette rue la nuit.

Nous sommes le 28 juillet 2010 et c’est mon dernier jour au Japon. La plupart des gens que je connaissais sont déjà partis ou font un dernier voyage dans la région, souvent avec leurs familles. J’ai dit au revoir à Michael il y a trois jours déjà, et à Guillaume ce matin; il me reste une dernière soirée et une dernière nuit à passer à Tokyo, seul, avant de m’envoler à mon tour.

Le soir tombe et je sais exactement où me diriger. Je prends le métro pour aller à Shiodome une dernière fois. C’est là que j’ai réalisé pour la première fois, une semaine après mon arrivée, à quel point ce que j’ai eu la chance de vivre ici était fragile et précieux; c’est donc là que je vais faire mes adieux à cette ville et à ce pays qui m’ont tant enchanté.

Je parcours la même plate-forme qu’il y a 10 mois. Tout est identique; la mer, les gratte-ciel, les dalles sous mes pieds, les cigales et leur litanie annonciatrice de la fin de l’été – de mon été.

Je me tiens au milieu de mastodontes endormis

Je regarde la mer. Vue d’ici, elle semble lointaine

Mais alors, pourquoi ce goût salé?

寝る鯨

遠い海見る

塩の味

La seule différence avec la balade d’il y a 10 mois est qu’aujourd’hui, je suis seul: et il n’y a plus que Burn It Down de Alter Bridge pour me tenir compagnie.

Alors que je parcours lentement la plate-forme, la musique fait écho dans mes oreilles – et dans mes souvenirs.

Drank so much last night
I think that I drowned
But now my cup is empty…

C’était, en effet, une année faste, une belle année, une glorieuse année. Mais voilà – aucune fête ne peut durer éternellement. Il vient toujours un moment où l’on doit empiler, à contrecœur, les assiettes vides et songer au rangement.

No one has seen my will around
Now my heart is aching…

Heureusement que ça, ce n’est pas tout à fait vrai. Certes, j’ai mal au cœur de quitter le Japon, mais au moins ai-je bien fait attention de garder une trace de ce que j’ai vécu durant cette année, simplement parce que certaines choses ne doivent pas être oubliées.

Sometimes I fall asleep for days
But my bed is empty…

Le mien l’est clairement, à présent: mon dortoir m’a déjà prié de rendre les clés et de libérer les locaux. Ma chambre est à présent vide, prête à accueillir, dans quelques semaines, un nouvel étudiant en échange – et devenir ainsi le point de départ d’une nouvelle aventure extraordinaire.

I know I am too set in my ways
Tell all I am ok

Paradoxalement, j’ai toujours aimé la découverte, mais j’ai aussi toujours eu du mal avec les adieux. Le changement a deux facettes: l’une destructrice, l’autre créatrice. On ne peut avoir l’une sans l’autre. Pour cette année, j’ai choisi le changement, ou en tout cas c’est ce que j’ai cru.

Alors que je marche toujours, les images de mon année au Japon commencent à défiler autour de moi – comme des centaines de photos suspendues en plein air.

So burn it down
Discover the dusk of your day
Has reached its dawn
So burn it down
Remember to find a new way to carry on

D’un coup, toutes les photos s’embrasent et je me retrouve dans un maelström de flammes qui réduit ces images en poussière. Le feu s’approche dangereusement de moi pendant quelques instants – le propre d’une séparation est d’être douloureuse, après tout. Pourtant, je sais aussi que ces flammes-ci sont purificatrices, et que cette cendre servira d’engrais grâce auquel je continuerai, en accord avec les préceptes de Voltaire, de cultiver mon jardin. De toute façon, les vrais souvenirs, brillants et précieux comme des diamants, ne craignent pas les flammes.

Flew so high last night
I think that I fell to the ground so heavy
Woke up to find this living hell
It used to be so easy

Après tout – tant que ce n’est pas fini pour de bon – la fin d’un chemin n’est jamais que le début d’un nouveau.

And whatever takes us away
Will be the same to drive us on

Même si je suis triste de quitter le Japon, je reconnais que c’est la seule chose à faire. La même chose qui m’a poussé à venir ici – le désir d’apprendre et de grandir – m’ordonne maintenant de continuer plus loin encore, ce « plus loin » fut-il le point de départ.

Remember to find a new way
A way to see it all
You’ll find us living away
And soon it will be gone
Remember to find a new day
Remember to carry… on!

Je reviens de ce voyage plus fort que je n’en suis parti – fort de connaissances, fort d’amitiés, fort de souvenirs. Ce que j’ai vécu ici ne pourra plus jamais m’être enlevé; quelles que soient les circonstances de la vie qui m’attend, je pourrai toujours invoquer, dans ma mémoire, la caresse des sables d’Okinawa, la douce berceuse des flocons de neige d’Hakodate ou le tintement de verres à Takadanobaba pour me redonner des forces. Je ne sais pas si ce qui m’attend sera pour le meilleur ou pour le pire – j’aurais bien une préférence pour le premier, bien sûr, vous vous en doutez – mais quoi qu’il en soit, je pourrai toujours me dire que, cette année-là, je l’ai vécue – et que je n’ai pas à en rougir.

So burn it down!
Discover the dusk of your day
Has reached its dawn…
So burn it down!
Remember to find a new way to carry… on!

Et voilà, c’est la fin de ce blog. Il y aura encore un article – une sorte de table des matières qui chapeautera l’ensemble, pour les nouveaux venus qui y tomberaient par hasard à l’avenir – mais en ce qui concerne l’histoire de mon aventure au Japon, elle s’achève maintenant. Merci de m’avoir suivi jusque-là. Et, une dernière chose: si vous êtes étudiant et que vous réfléchissez à un échange à l’étranger (au Japon ou ailleurs) mais que vous doutez encore… j’espère que ces quelques billets vous aideront à prendre la bonne décision.

Partir, c’est mourir un peu; mais c’est aussi naître.

20 juillet: yamanote bondee. salaryman en costard entre a shinjuku, pose sac et ouvre un livre. je leve les yeux et en baissant je remarque qu'il a un marque pages en forme d'une ancre argentee avec une pierre bleue en forme de tete de mickey.

Se souvenir… des visages

29/07/2010

Un voyage, c’est bien sûr des lieux et des bâtiments; des peintures et des sculptures; des routes et des voies ferrées. Tout cela est excellent, mais insuffisant. Un voyage, c’est aussi – ou plutôt avant tout – des visages: ceux d’amis présents et passés, ceux des rencontres fulgurantes ou des amitiés durables. C’est à eux que je voudrais consacrer cet article.

Guillaume a été l’une des trois premières personnes que j’ai rencontrées à ma descente d’avion en septembre 2009 – et le dernier à qui j’ai dit au revoir, dix mois et demi plus tard. Il fait partie de ces gens discrets (en conversation, en tout cas; pour la taille, c’est une autre paire de manches) que l’on pourrait presque ne pas remarquer lors de la première rencontre – mais dont passer à côté serait une énorme perte. Extrêmement intelligent et presque insupportablement érudit, fan de comics et ceinture noire de judo, autant à l’aise avec une tablature de basse qu’avec une table XML, amateur de bière et de contrepèteries, mélographomane invétéré, prévisiblement paradoxal mais continuellement surprenant, énervant parfois et fascinant toujours, il vaudrait le déplacement au Japon à lui tout seul. Bien sûr, on ne sait jamais sur qui ont peut tomber lors d’un tel voyage – mais c’est la possibilité de rencontrer des gens comme lui qui fait que voyager en vaille la peine.

Je ne compte plus le nombre de voyages que j’ai faits en compagnie de Michael; la seule chose que je sais est qu’il n’y en a pas eu assez. Difficile, en effet, d’imaginer meilleur compagnon de route, toujours positif et jamais fatigué, parfois sérieux et parfois joueur, s’aimant suffisamment soi-même pour aimer ceux autour de lui. Le fait que nous ayons pu tant partager ensemble est d’autant plus incroyable que, à première vue, tout nous oppose; et c’est plus d’une fois que mon cynisme et son idéalisme ont fait surgir des étincelles lors de joutes verbales mémorables. La réponse est peut-être – et c’est d’ailleurs lui qui l’a dit – que nos différences portent davantage sur la forme que sur le fond, et que mes répliques acides tout comme ses élans affichés comportent une part de jeu en elles. Dans tous les cas, c’était toujours un plaisir de l’avoir à ses côtés, que ce soit au comptoir d’un bar, dans une salle de karaoke, ou au sommet du mont Fuji.

J’ai rencontré Laura pour la première fois en allant manger un okonomiyaki près de Takadanobaba en tout début d’année. Nous avons échangé quelques mots près de l’armoire à chaussures, mais je n’ai pas retenu grand-chose en plus de son nom et du fait qu’elle soit autrichienne. Nous nous sommes rencontrés quelques jours plus tard en cours de japonais, ne se parlant que peu au début, puis de plus en plus à fur et à mesure que les semaines défilaient et qu’une ambiance de plus en plus géniale (au point de me faire vouloir se réveiller tôt le matin pour y assister) s’installait en cours – une ambiance à laquelle elle contribuait grandement. Un jour, elle m’a montré un café dans lequel elle mangeait souvent à midi et c’est ainsi qu’une amitié en dehors des murs de l’université se noua et poursuivit tranquillement son bout de chemin, de verres de lait chaud en fondue party, et de Séoul à Hong Kong. J’ai énormément apprécié les moments passés avec elle, non seulement parce que c’est quelqu’un de vraiment impressionnant (on ne sait pas vraiment donner de la tête entre la ribambelles de langues parlées, le nombre de centres d’intérêt, et ce petit quelque chose que l’on appelle d’habitude la classe), mais surtout parce que je retrouvais avec elle une harmonie d’opinions, de sentiments, et de regard porté sur le monde que je n’éprouve que très rarement. Je suis vraiment très heureux que l’ordinateur qui répartit les élèves dans les classes de japonais ait effectué cette distribution précise ce jour-là.

Je ne connaissais pas Simon avant de venir au Japon – et ce malgré le fait qu’il ait étudié dans la même fac que moi à HEC Lausanne (merci les auditoires de 300 personnes). Enfin, mieux vaut loin que jamais. Se donnant à fond lors des présentations en cours comme lors de soirées en boîte de nuit, faisant impression autant au GB’s que lors d’entretiens d’embauche, Simon est quelqu’un qui incarne parfaitement l’attitude « work hard, party harder ».

Luisa a, tout comme Guillaume et Michael, aussi fait partie de mes premières rencontres sur le sol japonais. Nous avons partagé avec elle de nombreux voyages de début d’année, ceux dont les souvenirs sont parmi les plus forts – Tour de Tokyo, Kamakura, Nikko – mais s’il ne fallait garder qu’un seul moment passé en sa compagnie, se serait sans doute la soirée d’Halloween a Roppongi – celle à laquelle j’étais allé affublé de lunettes de soleil flashy et d’une perruque à faire palir d’envie Sangoku, et où nous avons tant ri des réactions des Japonais(es) à mon apparence.

Aymeric a formé – avec moi et Laura – la « French Connection » de mon cours de japonais du semestre d’automne. Même si cette classe fut dissoute à la fin du semestre, nous nous sommes à nouveau retrouvés ensemble en cours de stratégie et d’organisation d’entreprises – ce qui nous a permis d’avoir quelques repas de midi supplémentaires ensemble, chose fort bienvenue. J’ai beaucoup apprécié sa franchise, son ouverture d’esprit, son regard positif sur la vie et le fait qu’il ait une vision – chose pas si fréquente que ça quand on y pense. Qu’il soit en plusun bon photographe ne gâche vraiment rien.

Comme je vous l’ai dit dans mon article, je ne savais pas trop si j’avais pris une bonne décision ou pas en m’inscrivant à un voyage organisé à Shirakawa. L’expérience a montré que ce fut une très bonne idée; lors de ce voyage, j’ai non seulement dormi dans un ryokan perdu dans les montagnes et vu le plus beau parc de ma vie, mais surtout rencontré une fille absolument extraordinaire, Jitka. Elle est clairement ce que l’on appelle un « leader-née », courageuse, ambitieuse, et déterminée, avec une personnalité si forte que l’on ne peut qu’en être contaminé. C’est après l’avoir rencontrée que j’ai clairement compris que la plupart des barrières qui nous semblent infranchissables ne sont que celles que l’on dresse devant soi-même. Il se peut très bien qu’un jour je pourrai me targuer d’avoir rencontré, au Japon, la future présidente de la République Tchèque.

Pour partir étudier un an au Japon, il faut être un peu fou; pour glisser, dans ce périple déjà bien chargé en aventures et en découvertes, deux semaines en Australie et en Nouvelle-Zélande – autrement dit, explorer le bout du monde à partir du bout du monde – il faut l’être beaucoup. J’avais peur de ne pas pouvoir trouver un autre fou pour m’accompagner dans ce projet; heureusement qu’à Shirakawa, j’ai également rencontré Juha. Compagnon de voyage parfait, fiable et endurant, sérieux mais non dénué d’humour, il est littéralement allé avec moi plus loin qu’aucun autre, et pour cela je lui en suis reconnaissant.

Mathieu et moi avions pas mal de points en commun – même langue, même dortoir, même appartenance au « Poka-chan fan-club » – mais ce n’est pas pour autant que nous étions prédestinés à bien nous entendre. Plus que les circonstances, ce sont les choses que nous avons faites ensemble qui ont façonné notre relation – d’un café pris ensemble au Cat’s Cradle aux sushi de Takadanobaba, de soirées passés ensemble à réviser dans le hall du batiment 3 à Hoshien au mémorable week-end à Shimoda. Personnalité forte, leader naturel, à la fois workaholic et fêtard – et également bon photographe – Mathieu est quelqu’un que je suis très content d’avoir pu rencontrer ici.

Durant le voyage à Hokkaido, la grande majorité des élèves participants venaient de Waseda – et donc se connaissaient déjà plus ou moins. Calvin, lui, étudiait à Yokohama et se sentait donc initialement en position d’outsider. Il ne lui fallut pourtant pas plus d’une heure pour s’intégrer parfaitement au groupe – chose pourrait-on dire normale quand on a une personnalité aussi ouverte et engageante que lui. Bon chanteur (ce qui lui a permis d’emporter le prix des sympathies du public aux élection de Mr. Kokugakuin), sportif passionné et amateur de jeux vidéo, il a grandement participé à l’ambiance du voyage à Hokkaido (ah, la bataille de boules de neige devant Neïparu Mori ou la partie de cartes mémorable que nous avons faite avec lui, Alex et Kim…) mais aussi à celles de l’Octoberfest au Parc Hibiya ou à la sortie à Fuji Q.

Je ne connaissais pas très bien Achinthi et Audrey avant de faire le voyage du Nouvel-An à Hiroshima et Osaka, mais ce périple – probablement l’un de ceux dont je me souviendrai avec le plus d’émotion dans les années à venir – nous a rapprochés. J’ai beaucoup apprécié le positivisme sans chichis de l’une comme le rationalisme minutieux de l’autre – et n’ai cessé de m’étonner à quel point le Japon – ou un voyage en général, en fait – peut faire fonctionner ensemble harmonieusement des gens pourtant si différents.

Amaury est passé presque inaperçu pour moi au premier semestre avant d’apparaître soudainement dans deux de mes cours au second. Se tenir aux côtés de quelqu’un d’aussi intelligent et articulé était appréciable autant en cours de Media Studies que lors des feux d’artifice de juillet. En plus, c’est grâce à lui que Guillaume a pu survivre en cours de Computerized Society, et ce n’est tout de même pas rien.

Comme Simon, j’ai croisé Antoine de nombreuses fois dans les couloirs de mon université lausannoise sans jamais le connaître, chose d’autant plus déplaisante que l’inverse n’était pas tout à fait vrai. Enfin, cette erreur est maintenant corrigée: durant cette année, j’ai découvert quelqu’un de franc et d’honnête, d’ambitieux mais en même temps extrêmement réaliste. Je suis d’autant plus content de m’être lié d’amitié avec lui qu’il fait partie de ces rares personnes que je pourrai physiquement continuer à fréquenter (enfin, si les aléas des divers déplacements professionnels et universitaires ne s’en mêlent pas) une fois rentré chez moi – et une relation, découverte ou renforcée, avec quelqu’un que l’on apprécie est plus belle que n’importe quel autre souvenir que l’on puisse rapporter d’un voyage.

Alex a été sans aucun doute la personnalité la plus solaire que m’ait été donné de rencontrer durant le séjour. Simplement le voir mettait déjà de bonne humeur; quand il parlait, il réussissait à contaminer, avec son sourire et son attitude positive, même les plus récalcitrants des grincheux. Équivalent simultané d’une grosse plaque de chocolat, d’une cure aux UV et d’une bonne comédie, il faisait partie de ces personnes dont on recherche instinctivement la compagnie comme les tournesols se dirigent toujours vers le soleil – et le jour où il a dû repartir chez lui, deux semaines avant la fin des cours, les murs de Hoshien sont devenus un petit peu plus gris.

J’ai rencontré Sonja pour la première fois lors d’une soirée à Shibuya en tout début d’année; nous n’avons pas cessé de nous recroiser ça et là depuis, que ce soit sur des skis à Hokkaido ou autour d’une bière à l’Octoberfest du parc Hibiya. Elève brillante mais jamais ennuyeuse, mélange à la fois familial et culturel des cultures occidentale et orientale, elle a toujours été au coeur de tout groupe dont elle faisait partie – et cela faisait plaisir à voir.

Moro-san est tout simplement incomparable. Mais si on devait absolument tenter une métaphore, il serait peut-être semblable à l’un de ces plats japonais dont on ne peut – même quand ils sont dans notre assiette – strictement rien deviner des ingrédients ou du mode de cuisson, sinon que c’est délicieux. Moro-san était un résident assistant, un étudiant japonais engagé par Hoshien pour aider les étudiants étrangers comme nous; par exemple, c’est lui qui m’a guidé le tout premier jour. Mais au fil des mois, il est aussi devenu plus qu’un responsable pour beaucoup d’entre nous: nous sommes devenus amis. Avec un humour tout droit venu d’une autre planète, un album photo Facebook des repas les plus malsains qu’il ait mangé et la capacité de composer des haikus sur un typhon qui l’empêchait d’aller en cours, Moro-san est un OVNI dans un pays qui n’a déjà rien de banal – mais un OVNI comme on aimerait en voir plus souvent.

Il reste encore tant de gens que je voudrais parler et le pire, c’est que je sais que je vais forcément oublier quelqu’un: ceux qui ont laissé une trace en moi durant cette année sont si nombreux… Il y a Ji Won, que j’ai rencontrée à Disneyland et à qui j’avais offert, dans un élan soudain, un Tigrou en peluche; Robert, un colosse allemand au regard posé et intelligent mais à la carrure si imposante qu’il a, une fois, fait peur à une prof japonaise simplement en posant poliment une question; Ksenya, la biélorusse avec qui j’ai pu discuter, en russe, du regard que le prof britannique expatrié au Japon portait sur des médias américains; Max et Sabrina, dont les chamailleries ont illuminé mon cours de japonais au semestre de printemps; Livia, Julia et Olga, que j’ai pu croiser au Garden Café ou autour d’une fondue au fromage improvisée chez Laura; Talal, qui est parti après un seul semestre et qui, à sa fête de départ, s’est levé et a prononcé quelques mots pour chacune des personnes présentes autour de la table – un geste qui m’a inspiré une grande admiration… et l’idée de cet article; Mimi, âme artistique à la plume vibrante qui nous a accueillis, Laura et moi, à Séoul en rois; Nicolas, avec qui j’ai pu partager la déception qu’était l’épisode final de Lost; Kim et Annie, que j’ai souvent retrouvées au hasard de mes pérégrinations autour du Japon; Grégory, le Canadien charismatique aux origines russes; Jean, Peter et Andy, si complices en cours de japonais du semestre d’automne; Queenie, la Néo-Zélandaise avec qui j’ai révisé pour des examens de Poka-chan et planté des arbres à Okinawa; Jonatan le Mexicain quasi définitvement expatrié à Tokyo; Mylène, venant de la même université de Guillaume, une battante infatigable et fougueuse qui paraissait parfois faire une tête de plus que Guillaume bien qu’en réalité c’est lui qui faisait à peu près le double de sa taille; Wan Wei, qui m’a offert un Hello Kitty en cours de microéconomie et des biscuits faits maison le dernier soir à Hoshien; Fritz, qui a regardé les mêmes dessins animés que moi quand il était petit; et beaucoup d’autres encore, rencontres fugaces ou plus longues, amenées ensemble par des objectifs communs ou un hasard complet.

Pour finir, je ne peux que répéter ce que j’ai dit à mon discours de fin d’année: je suis venu au Japon pour ses pagodes et ses gratte-ciels et je ne veux pas en repartir à cause des gens que j’y ai rencontrés. Vos noms et vos visages feront dorénavant à jamais partie de mon Japon personnel; et même si un échange universitaire ne devait apporter rien d’autre que ces nouvelles rencontres, ça resterait l’une des meilleures choses à tenter dans sa vie.

Se souvenir… des objets

28/07/2010

Tout au long de l’année, j’ai accumulé, sur une étagère, des objets de toute sorte – souvent des papiers – en lien avec des voyages que j’ai faits ou des gens que j’ai rencontrés. Au moment de faire mes valises, je ne peux pas m’empêcher de les réexaminer un par un et de me souvenir des histoires qui y sont rattachées.

1. Mon cahier d’exercice des kanji. Le premier semestre, je passais en moyenne une heure par jour à en apprendre avec la méthode de Heisig. J’ai quelque peu ralenti au second semestre, mais des pages et des pages noirices de gribouillis me rappellent encore mes efforts dans ce domaine, accompagnés parfois par la musique provenant de mon ordinateur et parfois par le ronflement du chauffage.

2. Un guide à l’attention des étrangers distribué par le district de Shinjuku à tous les nouveaux résidents étrangers. On y enseigne, avec une candeur parfois déconcertante, des mœurs japonaises comme « trier ses déchets », « respecter les personnes âgées » ou « ne pas faire trop de bruit le soir ».

3. Deux fascicules du Tokyo Game Show 2009.

4. Un éventail offert avec le ticket de sumo.

5. La brochure de présentation du Swiss+Symposium.

6. Le fascicule de la Tour de Tokyo. J’y suis monté trois fois durant cette année (avec d’autres élèves en échange, avec mes parents et avec mes amis venus de Suisse), soit trois fois de plus qu’un Tokyoïte moyen dans sa vie.

7. Une prédiction faite au temple d’Asakusa.

8. Une carte de la région du mont Mitake.

9. Le fascicule de la plate-forme d’observation au sommet de la Mori Tower, à Roppongi Hills.

10. Quatre cahiers pour les quatre voyages organisés auxquels j’ai participé: Shirakawa, Hokkaido, Okinawa et Nagano. Très bien faits, ils contiennent non seulement le programme complet mais aussi les noms de tous les participants.

11. Le guide du musée de Toyota à Nagoya.

12. Une chouette offerte par les étudiants d’un collège à Shirakawa que nous avons visité.

13. Deux photos de ma classe de japonais du semestre d’automne.

14. La brochure d’un temple (en béton!) à Hakodate que j’ai visité avec ma géniale famille d’accueil et mon compagnon de chambre chinois.

15. Le fascicule présentant Iejima, à Okinawa.

16. Deux shisas peints par moi à Murasakimura.

17. Des coquillages d’Okinawa.

18. Un billet pour un tour en bateau des îles de Matsushima.

19. Un boomerang australien. Ok, ce n’est peut-être pas le souvenir le plus original, mais il est très joli et facilement transportable.

20. Un numéro du Sky Mall. Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est un magazine de vente par correspondance que l’on trouve sur certaines lignes aériennes américaines (celui-ci a été pris sur le vol Tokyo-Pékin, effectué par Delta). J’en fais la collection pour la simple et bonne raison que, si un jour mes petits-enfants me demanderont ce que « ultraconsumérisme » veut dire, je n’aurai qu’à leur montrer quelques pages du Sky Mall pour rendre toute explication superflue. Escalier dépliable pour qu’un chien âgé puisse grimper facilement sur un lit, motte de terre du Yankee Stadium avec certificat d’authenticité ou traqueur GPS à glisser dans le cartable son enfant, le magazine présente sur ses pages des centaines d’objets aussi superflus qu’ingénieux. C’est souvent hilarant et parfois un peu effrayant.

21. Une carte de Shanghai.

22. Un pass pour le métro de Séoul.

23. Le livre signé par le grand-père de Mimi, l’artiste.

24. Un purikura de Séoul et deux tickets (bus et train à crémaillère) de Hong Kong.

25. Mon pass journalier à Fuji Q.

26. Des sachets de thé offerts par la famille d’accueil à Nagano et mon badge nominatif pour la rencontre avec les collégiens.

27. Un bol (fort moche) fait à Nagano. J’ai mieux réussi ceux faits à Tokyo.

28. Une boîte de bonbons achetée juste avant d’embarquer dans le bus de nuit pour Shikoku. Inutile de me dire que les bonbons m’intéressaient bien moins que la boîte.

29. Deux origamis offerts avec les billets pour les tourbillons de Naruto.

30. Ce n’est pas un champignon, mais une tirelire en forme de boîte postale. C’est l’enseignante du cours du japonais du semestre de printemps qui me l’a offert.

31. Un Hello Kitty offert par Wan Wei en cours de « Strategy And Organization Of Firms » pour avoir bien répondu à une question lors de son exposé.

32. Un Totoro acheté au bien-nommé Kiddy Land à Harajuku – le magasin référence en matière de produits dérivés de la culture populaire japonaise. Jetez un regard dans ses yeux sans fond et vous comprendrez pourquoi je n’ai pas pu repartir du magasin sans m’en acheter un (et Guillaume sans en acquérir quatre – oh, bien sûr, la version officielle a été « c’est pour offrir… », mais qui cela dupe-t-il?)

33. Une plaquette en bois commémorative achetée au sommet du mont Fuji et un morceau de roche volcanique ramassé au même endroit.

34. Mes cadeaux d’anniversaire, offerts par Guillaume et Michael. Ca fait toujours plaisir d’être avec des personnes qui connaissent bien vos goûts.

35. Un graphique sur le « choc culturel » et le « choc culturel inverse » distribué à l’occasion de la séance de « préparation au départ » organisée par l’université. Comme on peut y voir, il y a une période difficile (doutes, craintes, peur d’avoir fait un mauvais choix, dépression, etc.) après l’arrivée au Japon et une autre après être rentré chez soi. Effectivement, je peux vous confirmer que j’ai eu une période d’incertitude pénible après mon arrivée au Japon; elle a duré environ trente minutes mais je vous avoue que je fus quelque peu soulagé par la meilleure année de ma vie qui a immédiatement suivi. On verra ce qu’il en sera pour le retour à la maison.

36. La dernière page du fascicule distribué lors de cette séance. Je ne sais pas ce qui l’a causé – le texte, peut-être, ou le « Tadaima!« , ou l’image de l’ourson-mascotte de Waseda qui, d’habitude sévère, s’incline avec un sourire bienveillant – mais une poussière m’est rentrée dans l’oeil pile au moment de lire ces lignes et j’ai dû baisser ma tête pour que mes compagnons de table ne la remarquent pas.

37. La couverture de mon certificat de fin d’études à Waseda.

Et voilà. Une année de sa vie qui pourrait tenir dans une four et un Tupperware, ça a de quoi faire réfléchir. Mais derrière chacun de ces objets, il y a des histoires et des rencontres – et celles-ci, heureusement, ne pourront jamais être contenues dans quoi que ce soit, sinon la mémoire.

Se souvenir… des voyages

28/07/2010

Un petit récapitulatif de mes articles consacrés aux voyages sous la forme d’une table des matières:

A Tokyo:


AsakusaAkihabaraDisneylandHarajukuMakuhari MesseMinami-AzabuMusée National de TokyoOdaibaPalais impérialParc HibiyaRoppongi HillsRyogokuSea LifeShibuyaShinjukuShinjuku GyoenShiodomeTokyo MidtownTokyo TowerTsukiji UenoUeno ZooWasedaYasukuniYurikamome Line

Au Japon:

ChofuCinq LacsFuji-sanFuji QFushimi InariHakodateHakoneHimejiHiroshimaIejimaKamakuraKawagoeKawasakiKurashikiKyotoMatsumotoMatsushimaMinka-enMitake-sanMitoMiyajimaNaganoNagoyaNahaNaraNarutoNikkoOsakaSapporoShimodaShirakawaShizuokaTakamatsuTakao-sanTokyoYokohama

Dans le reste de l’Asie:

Grande MurailleHong KongPékinSéoulShanghai

En Océanie:

AucklandChristchurchGold CoastMelbourneMount SundaySydneyWellington

Se souvenir… des cours

27/07/2010

Au moment de choisir ses cours dans la très large palette proposée par SILS, l’étudiant doit faire face à trois problèmes majeurs:

1. Les conditions plus ou moins draconiennes proposées par son université d’origine; il est vrai que ce n’est pas le cas de tout le monde, mais la plupart des gens que je connaisse ont dû marcher sur une corde plutôt raide pour s’assurer d’avoir leurs crédits une fois retournés au bercail. D’une part, il n’y a pas d’examens de rattrapage à SILS: ça passe ou ça casse du premier coup. Il est vrai que les cours au Japon sont bien davantage basés sur le principe du contrôle continu (avec des notes de présence et de participation, des tests intermédiaires etc.) qu’à HEC Lausanne par exemple, ce qui permet de corriger le tir en amont si problème il y a; de plus, les branches que l’on loupe ne sont tout simplement pas reportées sur le relevé de notes final. Toujours est-il que manquer son année à trois ou quatre crédits près est rageant. Et ne me lancez pas sur la prévalidation des cours, procédé charmant qui consiste à faire approuver ses cours par l’université de départ avant l’université d’accueil, histoire de se retrouver dans une situation où le plan de cours initialement validé est soudainement impossible à suivre dû à une annulation ou à un changement d’horaire par exemple, et où il faut tout remanier – et valider sur plusieurs continents – durant les deux-trois jours que dure la période add/drop.

2. Le chevauchement des horaires: à SILS, c’est simple, les professeurs choisissent l’horaire qu’ils veulent pour donner leurs cours. Très pratique pour eux, un peu moins pour les élèves qui se retrouvent avec tous les cours les plus désirables rassemblés sur les plages dorées du mardi-mercredi-jeudi entre 13h30 et 17h30 car personne ne veut travailler en dehors de ces heures-ci. Du coup, construire un plan de cours cohérent et crédible à proposer à son université de départ (cf. point 1) commence à ressembler à un exercice d’équilibrisme sur pente glissante.

3. Enfin, le plus gros problème est sans conteste le fait que l’on ne peut absolument pas savoir à l’avance si un cours est bon ou pas et que la période add/drop ridiculement courte ainsi que les contraintes 1 et 2 font que l’on est à peu près condamnés à prendre tous les cours que l’on a initialement pris, qu’ils nous plaisent ou non. Il faut donc choisir juste du premier coup. Mais comment faire? Le syllabus est, bien sûr, une première étape, mais il ne dit pas tout. L’idéal reste évidemment de demander à un ancien de SILS, mais il y a peu de chance que vous en connaissiez un à peine descendu de l’avion. Dilemme, dilemme.

Je vais faire mon possible pour vous aider en touchant quelques mots de cours (axés sur l’économie, la branche que j’étudie) que j’ai pu suivre, moi. Je vous préviens tout de suite que j’ai trouvé tous mes cours d’un niveau au minimum acceptable quand il n’était pas carrément excellent (chose que je ne peux malheureusement pas réitérer pour l’ensemble de mon parcours académique) et que par conséquent les avis que je vais donner seront généralement positifs (enfin, en même temps, Waseda n’est pas l’une des meilleures universités du Japon pour rien). Sachez toutefois qu’il y a bel et bien, à en croire mes amis, des très mauvais cours à Waseda; il se trouve simplement que j’ai eu la chance de les éviter. Enfin – comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises – l’enseignement SILS est en général caractérisé par un niveau de « rigueur technique » (vous savez, des matrices 10×10 à inverser à la main, des intégrales à trois étages à résoudre avec un crayon, des dizaines de pages de rapports par semaine à écrire – bref, toutes les choses dont un certain enseignement s’enorgueillit) plutôt bas; cet état de fait est, toutefois, largement compensé – du moins en mon opinion – par une approche bien plus pratique et dynamique de l’apprentissage.

Voici, donc, mon cursus de l’année, par ordre alphabétique et sans distinction de semestre:

Comparative Corporate Governance, par Christopher Pokarier. A lui tout seul, Dr. Pokarier est une véritable institution à Waseda; ses cours sont toujours pleins à craquer à cause d’un bouche-à-oreille si bon que même moi en ai eu vent lors de mes premiers jours ici. Je me vois donc dans l’obligation d’y contribuer: si vous vous intéressez un tant soit peu à l’économie et que vous êtes à SILS, vous devez prendre ne serait-ce qu’un cours de Pokarier (personnellement, j’en ai pris trois sur deux semestres et je n’en regrette pas une miette). Le secret? Il est simple: une base très solide de nombreuses lectures exigeantes à faire à la maison (sous la forme de livres ou d’articles) et une conclusion en forme d’examen rigoureux portant en grande partie sur ces lectures (s’il y a bien des cours où on ne peut pas s’en sortir juste en venant y assister sans travailler à côté, ce sont bien ceux de Pokarier) entre lesquelles se trouvent des classes très vivantes et animées, pleines de digressions, d’histoires et anecdotes. L’enseignant part en effet du principe que les bases ont été acquises grâce aux lectures et aux diapositives et consacre la majorité de ses cours aux exemples et aux applications, en passant parfois par des histoires complètement loufoques sans rapport apparent (il faut dire que le professeur est un peu l’archétype de l’Australien ironique, débonnaire et bon vivant). Cette combinaison – travail rigoureux à la maison et examen sévère, mais séances en auditoire éclatantes et pétillantes – donne un cours auquel on a vraiment envie de venir et de participer. Surtout, l’enseignant arrive à faire une chose que je croyais impossible avant de venir à Waseda: de convaincre, par l’exemple, qu’il y a une vie après le diplôme. Vous avez remarqué comme vous pouviez respecter certains de vos enseignants sans jamais vouloir leur ressembler, comme ils arrivaient à vous transmettre des connaissances sans vous donner la moindre idée de la vie que vous vous construirez en appliquant ces connaissances? Pokarier, lui, y arrive, autant par ses exemples portant sur des applications de la théorie économique immédiatement observables autour de nous que par ses anecdotes personnelles nous emmenant, durant les 90 minutes que dure un cours, d’Australie à Danemark en passant par le Singapour et l’Italie. Ainsi, ce cours sur la gouvernance d’entreprise – malgré un nom plutôt peu appétissant – est en fait on ne peut plus concret, donnant non seulement une idée de comment faire certaines choses, mais surtout l’envie d’essayer de les faire.

Historical Survey: Advertising And The Making Of American Consumer Culture, par Juliann Sivulka. Un cours incontournable pour quiconque s’intéresse un tant soit peu au marketing, il se base sur un très bon livre écrit par l’enseignante (rien que le nom – Soap, Sex and Cigarettes – en dit long) qui retrace l’histoire de la publicité américaine – et ses liens avec la société – de l’époque des colons jusqu’à l’avènement de l’Internet. Un certain nombre de documentaires très informatifs projetés en classe permettent également d’en savoir plus sur des développements plus modernes de la culture publicitaire. Seul bémol: le cours magistral a quelque peu trop tendance à répéter le contenu du livre et en devient du coup moins magistral puisqu’on lit les informations dans le livre, puis se fait distribuer des diapositives et relit la même chose une deuxième fois, puis écoute l’enseignante et se les fait répéter une troisième fois, ce qui peut devenir un peu difficile à la longue. Pourtant, le contenu est si intéressant qu’il serait dommage de s’en priver. Si un autre cours entre en conflit avec celui-là dans l’horaire mais que le sujet vous intéresse (et, honnêtement, il devrait), une solution pourrait être d’acheter le livre et de passer au premier cours de l’année pour en récupérer le plan, contenant les liens Web vers les documentaires qui seront abordés; ces deux sources vous permettront de récupérer jusqu’à 90% des informations dites en classe, si vous êtes décidés à les étudier vous-même.

International Trade Management, par Tatsuo Nobu. Probablement le seul cours dispensable de ma sélection. Le sujet – les importations et les exportations, pierres angulaires de l’économie moderne – est pourtant prometteur, mais le professeur a malheureusement de la peine à en venir au fond des problèmes (quand ce n’est pas de venir à ses propres cours). Les quelques anecdotes amusantes et des considérations pratiques tirées de sa longue expérience, aussi pertinentes soient-elles, peinent à sauver l’ensemble. Seule consolation, la lecture recommandée est très informative.

Japonais 1, par Emiko Koike et Matsue Kamio et Japonais 2, par Kana Mikogami et Kumiko Ikemori. En principe, je ne devrais pas vous parler des cours de japonais puisqu’ils sont obligatoires et que de toute façon vous ne pourrez pas vraiment choisir ni votre niveau, ni vos professeurs. Pourtant, je tiens tout de même à mentionner ces cours ici, non seulement pour leur importance (avec 9 heures par semaine et des devoirs/tests quotidiens, vous les travaillerez probablement plus que tous les cours SILS réunis) mais surtout pour leur qualité. Toutes les enseignantes ont été d’une compétence et d’un dévouement qui ne se rencontrent que rarement parmi les meilleurs enseignants des autres branches, l’ambiance de classe a toujours été géniale et les livres Minna No Nihongo constituent tout simplement la meilleure méthode linguistique que je n’aie jamais essayée. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que l’enseignement du japonais comme langue étrangère à Waseda est particulièrement réputé.

Kanji 2, par Yukiko Kawasumi. Au semestre d’automne – donc lorsque j’étais au niveau 1 en japonais – nous n’avions pas le choix en ce qui concernait l’apprentissage de la langue; c’était 6 crédits (soit 9 heures) par semaine. Au semestre de printemps, pourtant, cela changea: dorénavant, nous n’avons plus eu que 5 crédits de japonais « de base » avec 1 crédit supplémentaire à choisir par nous-mêmes entre des domaines plus spécifiques comme la prononciation, la conversation ou le japonais d’affaires. Pour ma part, je n’ai pas hésité une seconde avant de choisir un cours consacré aux kanji. D’une part, parce qu’au Japon, ne pas lire les kanji, c’est être illettré, tout simplement; mais aussi parce que je les aime sincèrement. Par contre, il vaut mieux ne pas avoir froid aux yeux; le cours « Kanji 2 », c’est 278 kanji à apprendre en 15 semaines, avec, pour chacun, 2-3 lectures et 5-6 mots. Et l’examen final porte sur tout en même temps, naturellement. Heureusement qu’il y a Heisig.

Media Studies, par Graham Law. Un cours pluridisciplinaire qui intéressera à la fois les étudiants en journalisme (pour la perspective historique), en sciences politiques (pour les implications socio-culturelles) et en économie (pour la mise en évidence du fonctionnement des rouages économiques de certains systèmes de médias modernes). Le tout mené magistralement par un professeur très British à l’humour omniprésent, et très richement illustré – de la une du Times du 8 août 1945 aux séquences publicitaires juste avant un épisode de Doraemon.

Nissan: A Case Study par Christopher Pokarier et Nissan Motors Company. Un cours un peu à part dans le syllabus, c’est aussi l’un des plus intéressants – et des plus prisés, le concours lors des inscriptions pouvant atteindre 2-3 personnes par siège (les « vainqueurs » étant déterminés par tirage au sort). Il est officiellement donné par le même Dr. Pokarier dont je viens de vous parler, même si ce dernier n’y dit presque jamais rien; à la place, chaque semaine, un cadre dirigeant de Nissan (cette année; l’entreprise peut changer) vient de parler à la classe de l’aspect de l’entreprise dont il s’occupe (sans surprise, les invités sont souvent des anciens de Waseda). Au fil des semaines, on voit ainsi défiler, devant nous, des executives dans des domaines du design, du marketing, de la finance, de la recherche et développement ou des ressources humaines – autant de pièces qui finissent peu à peu par donner une image de plus en plus claire de l’entreprise dans son ensemble (le tout renforcé par un pack d’articles historiques et analytiques sur l’entreprise, préparé par l’enseignant). Ce cours n’est pas l’un des plus populaires (au fait, sans doute le plus populaire) de SILS pour rien; pouvoir écouter chaque semaine des gens de si haut vol – et pouvoir leur poser des questions – est une opportunité unique que je suis très content d’avoir eu la chance de saisir. Sans contestation mon meilleur cours de l’année.

Selected Topics In Finance, par Nobuya Takezawa. Sous ce nom qui veut tout et rien dire se cache en fait un domaine très particulier (et très intéressant) de la finance d’entreprise: la finance du sport. Concrètement, l’enseignant (au physique très japonais et à l’accent très américain, contraste déjà savoureux en soi) reprend chaque semaine un concept théorique économique on ne peut plus ennuyeux comme la valeur actuelle ou le calcul du prix d’une option et lui insuffle une nouvelle vie en l’appliquant sur un cas concret du monde du sport. Comment Manchester United valorise-t-il ses joueurs sur son bilan? Comment un club de baseball calcule-t-il la valeur actuelle d’un joueur au moment de lui proposer un contrat? Comment se fait-il que, durant une époque au Japon, une carte de membre d’un club de golf pouvait être achetée et vendue par des spéculateurs exactement comme une option, et quel en était le sous-jacent? De quoi voir des concepts qui semblent évidents, à la limite du poussiéreux, sous un jour nouveau. Evidemment, connaître ne serait-ce qu’un minimum le monde du sport n’est pas forcément une mauvaise idée pour ceux qui veulent prendre ce cours (sans avoir besoin d’être fan – je n’en suis clairement pas un, ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier).

Transnational Business Entreprises, par Christopher Pokarier. Alors que le cours sur la gouvernance d’entreprise se concentre sur l’intérieur de celle-ci et sur les délicats rapports reliant les propriétaires, les gérants et les travailleurs, le cours sur les entreprises multinationales est davantage tourné vers l’extérieur. Là encore, on retrouve la méthode habituelle de Pokarier – des lectures pour préparer le terrain, un examen plutôt corsé au bout et beaucoup de fun tout au long du chemin. Le livre de référence du cours est très bien aussi; même si les concepts qu’il évoque peuvent paraître simples, il a l’avantage de les présenter d’une façon très posée et systématique qui permet de combler de nombreuses lacunes – même à ceux qui croyaient déjà savoir tout ou presque sur ces sujets-là.

Strategy And Organization Of Firms, par Ayako Suzuki. Probablement le cours se rapprochant le plus de ce que j’ai pu connaître chez moi à HEC Lausanne: des théories microéconomiques et des exercices à résoudre. Jusque là, rien de très entraînant (même si on pourrait arguer qu’il est nécessaire de faire un peu de ces tâches-là histoire de ne pas oublier comme allumer une calculatrice ou écrire une dérivée). Là où ça devient déjà plus intéressant, c’est que près de la moitié du cours est en fait assurée par les élèves, que ce soit sous la forme de résolution d’exercices au tableau ou de la présentation des théories susmentionnées, et que le dernier « examen » du cours est en fait un exposé où l’on présente un article scientifique de notre choix sur un thème en rapport avec le cours. Enfin, la personnalité souriante et positive de l’enseignante achève de transformer ce cours de l’horreur qu’il aurait pu être en quelque chose que je peux recommander.

Le japonais de tout le monde II

27/07/2010

A la fin du semestre d’automne, ma première classe de japonais a été dissoute et nous avons tous été assignés à des classes différentes pour le semestre de printemps.

Bien sûr, quitter ceux avec qui on s’est liés d’amitié durant trois mois n’est pas facile; d’un autre côté, c’est aussi l’occasion de faire de nouvelles connaissances.

Après une période initiale lors de laquelle nous nous sommes accoutumés les uns aux autres, la classe de japonais redevint (presque) pour moi ce qu’elle fut au premier semestre: l’un des cours les plus appréciés. Mais faut-il s’en étonner? Après tout, que l’on soit d’un naturel plutôt comique…

…sérieux…

…ou un mélange des deux…

…nous sommes aussi venus au Japon pour apprendre la langue. Et si on peut le faire en compagnie de gens chaleureux et motivés, c’est d’autant plus agréable.

Moi (Anton-san), Elizabeth (Rizu-san), la prof (Mikogami-sensei), Max (Makksu-san), Angelo (Endjeru-san), Jay (Djeï-san), Tyler (Tairaa-san), Bo Hyun (Monica-san), Nene (Nene-san), Sabrina (kodomo).

J’en profite pour piquer cette formidable sélection de photos sur le compte Facebook de Monica:

Sabrina, moi, Max, Liz, Nene et Tyler

Se souvenir… du quartier

26/07/2010

Quand on vient d’arriver dans un nouveau quartier, il ne représente guère qu’une feuille blanche pour nous. On sait où se trouve l’arrêt de bus ou de métro le plus proche, par lequel on est arrivé; on sait où se trouve notre nouveau logis par rapport à cet arrêt. En dehors de ces deux endroits, le reste n’est que mystère et brouillard de guerre.

Puis, peu à peu, l’on se met à placer des points sur la carte virtuelle du quartier qui se dessine de plus en plus clairement dans notre tête. Ici le magasin; là le coiffeur; un petit café sympa juste au coin de la rue et un raccourci pour arriver plus vite à l’université. A chaque sortie, à chaque passage dans ces rues, l’image que l’on en a s’étoffe et de plus en plus d’éléments s’y rajoutent jusqu’à ce que, un jour, le quartier ne ressemble à ceci pour nous:

(l’image est cliquable… à vos risques et périls; elle pèse 16 Mo)

Cet article vous parlera de mon quartier tel qu’il s’est dévoilé à moi lors de mon séjour. Si vous êtes un futur étudiant Waseda, vous pouvez vous en servir comme un mini-guide. Sachez, toutefois, qu’à Tokyo le paysage urbain change très vite et que mon but n’a pas été l’exhaustivité ni l’impartialité; je ne parlerai que d’endroits qui ont eu une importance pour moi.

Tout d’abord, notons que deux grands axes routiers (surlignés en rouge sur la carte) servent à se repérer dans la région: Meiji-dori, verticale sur la carte (qui, longeant la ligne JR Yamanote, relie Shibuya et Shinjuku au sud à Ikebukuro au nord en passant par Takadanobaba) et Waseda-dori, horizontale sur la carte. La majorité des lieux que nous verrons aujourd’hui se concentrent entre l’arrêt de métro Waseda (à l’Est) et l’arrêt de métro/JR Takadanobaba (à l’Ouest). C’est en effet ces deux arrêts que vous emprunterez le plus souvent si vous vivez près de Waseda; le premier pour rejoindre les parties centrales ou occidentales de la ville, le second pour les stations situées sur la ligne Yamanote. Notons encore que l’arrêt de métro Nishi-Waseda (cf. plus bas) permet de rejoindre Shinjuku et Shibuya de façon plus rapide. Enfin, les différents campus de l’université Waseda sont coloriés en bleu; le campus principal est composé des trois plages au nord-ouest.

Sur ce, commençons.

A. Les dortoirs

1. Les élèves en échange de ma volée qui n’ont pas choisi de vivre en appartement ou en famille d’accueil ont été répartis entre trois dortoirs situés près du campus Waseda. Mon dortoir, Hoshien était le plus proche du campus (et le plus cher aussi). En fait, Hoshien est plus qu’un dortoir; c’est une véritable institution de coopération internationale aux ramifications nombreuses et puissantes, dont l’accueil des étudiants étrangers n’est qu’un volet. Le complexe de bâtiments Hoshien comprend plusieurs dortoirs, des bureaux, des salles pour des ateliers/conférences et une chapelle (dans laquelle des mariages à l’occidentale sont régulièrement organisés).

2. L’International Student House est situé à quelques pas de Hoshien. C’est là qu’à vécu, par exemple, Luisa.

3. Guillaume et Michael, eux, ont logé dans le plus récent des trois dortoirs, Nishi-Waseda. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai parcouru les ruelles séparant les deux dortoirs, de jour comme de nuit.

4. Ca, c’est une antenne de l’organisme qui gère les dortoirs, Nasic. Sauf problème, vous n’y passerez en principe guère plus d’une ou de deux fois, en début et en fin d’année. Ils peuvent être assez tâtillons sur les formalités, par contre (formulaire de départ du dortoir à remettre un mois à l’avance sous peine d’amende, par exemple…) donc attention.

B. Les transports

5. La station Waseda est la plus proche du campus principal. Elle est desservie par la ligne Tozai qui permet de traverser rapidement la ville (on arrive à la gare centrale de Tokyo en moins de 20 minutes par exemple).

6. La station Nishi-Waseda, plus proche des trois dortoirs que Takadanobaba, est un moyen intéressant d’aller à (ou de revenir de) Shibuya, Shinjuku ou Ikebukuro. Elle est desservie par la ligne Fukutoshin.

7. La station Takadanobaba (vous vous habituerez bien vite à prononcer ce nom) sera le hub principal de vos déplacements; elle sera en effet votre accès le plus proche à l’inévitable ligne Yamanote et donc au réseau JR. Seul problème, il faut compter un peu moins de 20 minutes à pied pour y arriver depuis Hoshien. Bien sûr, on peut prendre le métro depuis la station Waseda, mais ce n’est pas là la voie du samouraï (le samouraï économise ses sous et à horreur d’acheter un ticket juste pour faire une station).

C. L’Université

8. Au départ, vous aurez un peu de peine à vous retrouver dans la pléthore des bâtiments du campus (enfin, des campus, même si tous vous cours se dérouleront vraisemblablement dans un seul d’entre eux) de Waseda. Pour vous repérer, la statue de Shigenobu Okuma, le fondateur de l’université, vous sera d’une aide précieuse; vous pourrez facilement la situer sur n’importe quel plan ou carte. Durant l’année, vous aurez fréquemment l’occasion d’admirer son expression impayable, entre le sourire et le froncement de sourcils. Cette mimique fait en sorte que le regard que Okuma portera sur vous dépendra de votre état d’esprit actuel; il vous toisera d’un air de reproche si vous êtes en retard à un cours et vous regardera de façon bienveillante si vous n’avez rien à vous reprocher.

9. L’Auditoire Okuma est l’endroit où toutes les cérémonies officielles ont lieu. Avec son clocher (haut de 125 shaku – nombre fétiche à Waseda, son fondateur considérant que c’est la durée « naturelle » d’une vie humaine), c’est aussi la carte de visite de l’université.

10. Le bâtiment 11, le plus neuf et le plus moderne du campus, est aussi celui où auront lieu les cours SILS. Par ses dimensions, il est facilement repérable.

11. Le bâtiment 22, par contre, est déjà mieux caché. C’est pourtant un endroit essentiel; la plupart des cours de japonais y ont lieu et vous y trouverez le Center for International Education ainsi qu’une salle informatique ouverte 24h/24 et 7j/7. La nuit, la porte d’entrée semi-circulaire en verre est verrouillée: pour accéder aux ordinateurs, contournez le bâtiment par la gauche en traversant le parking pour trouver l’entrée de nuit (gardée), un étage en-dessous.

12. La bibliothèque principale (en bas à gauche sur la photo) est située près du bâtiment 22. Vous la repérerez facilement à ses grands murs gris avec peu de fenêtres et aux poutres rouges formant un pseudo-toit au-dessus du clocher.

13. Le Students’ Center accueille tous les clubs de Waseda ainsi que la salle de fitness (étage B2).

14. L’Okuma Garden Café sert de délicieux repas faits maison dans une ambiance très cosy (et appréciée par Laura qui en a converti plus d’un à ces tables). A l’entrée, une mini-boutique propose une sélection de goodies Waseda.

15. La cafétéria sert des repas qui, à défaut d’être de la grande cuisine, sont très bon marché et nourrissants. Ne manquez pas de noter qu’il y a deux étages qui servent des plats légèrement différents; une jolie vue s’ouvre depuis les baies de l’étage supérieur.

16. Le jardin Okuma est parfait pour pique-niquer, réviser ou simplement se reposer en automne ou au printemps (les saisons où il ne fait pas trop chaud ou trop froid pour traîner dehors).

17. Les magasins Co-op de Waseda sont là pour combler tous vos besoins en goodies et papeterie (au rez) ainsi qu’en livres de cours (à l’étage inférieur).

D. Les restaurants

18. Le grand et terrible McDo. La différence entre un résident et un touriste au Japon est que le premier n’a aucun remords à y aller, contrairement au second qui se sent obligé de ne manger que japonais durant le peu de jours qui lui sont alloués au pays. Avec ses frites et sa viande délicieusement malsains et occidentaux, le McDo sera un allié de choix lorsque le riz et le poisson à répétition commenceront à vous taper sur les nerfs.

19. Une alternative un peu plus saine pour se remémorer les saveurs américainesoccidentales est le Subway, avec ses nombreux sandwiches (celui à la saucisse est un bon substitut du hot dog).

20. Pour les orthodoxes du washoku (c’est-à-dire de la cuisine japonaise) pressés un compromis existe et s’appelle Mos Burger: un fast-food japonais où l’on peut trouver des plats comme le « teriyaki burger ».

21. La nourriture indienne est très populaire au Japon et elle est généralement excellente. Le Khana, à trois minutes du campus, propose notamment un excellent tandoori set: naan, deux curry au choix, poulet mariné, salade et lassi pour moins de 1’000 yen. Et en plus, à midi, vous pouvez gratuitement demander un deuxième naan.

22. Ce restaurant chinois niché près du bâtiment 22 sera parfait pour les repas avec votre classe de japonais.

23. « Bon, on est à Tokyo ou à New York là? » me demandent déjà des lecteurs impatients. Du calme, amis, du calme, on y arrive. Le tempura – une façon très délicate de frire des légumes et des fruits de mer – est l’un de mes plats préférés au Japon, et la chaîne Tenya, dont l’un des restaurants se trouve tout près de Hoshien est une excellente façon d’en profiter à des prix supportables pour un étudiant. Un ebi-tendon (trois crevettes, un morceau de poisson, une asperge et un morceau de citrouille, tous frits et servis sur un lit de riz) n’y coûte que 780 yen, et on peut le prendre à emporter.

24. Le yakiniku – la charbonnade japonaise – est succulent, mais les prix sont souvent très mordants.  La solution? Cette enseigne – cherchez le portique blanc – offre des repas complets (viande à griller, salade, riz, soupe miso…) à moins de 1’000 yen, mais à midi uniquement.

25. On ne compte pas le nombre d’endroits où on peut manger des ramen sur Waseda-dori, mais cette enseigne, à quelques pas du dortoir Nishi-Waseda, est sans doute la plus « hype » et « in » du moment – pour les prix, il est vrai, de 50% à 100% supérieurs aux variantes les plus « budget ».

26. Un peu de cuisine thaïlandaise fait toujours plaisir et dans ce restaurant-ci les prix sont abordables et le service sympa.

27. L’un des secrets les mieux gardés de Waseda-dori, cette simple porte cache un escalier qui mène vers un excellent izakaya, Watami (comme tant d’autres enseignes, c’est une chaîne que vous retrouverez un peu partout dans la ville). La nourriture est excellente (ne ratez pas les rouleaux de légumes crus en entrée, le bibimbap en plat principal et le fondant au chocolat/glace au thé vert en dessert) et le cadre soigné mais préparez-vous à en repartir avec quelques milliers de yen en moins dans la poche – surtout si vous prenez de l’alcool. A réserver pour les occasions spéciales.

28. Mon restaurant préféré au Japon sert de la nourriture chinoise. Ironique, non? Le combo ontamaumakaradon – 5 gyoza – un oeuf supplémentaire de l’Hidakaya à 780 yen est divin.

29. Véritable petit bijou, blotti au fond d’une ruelle partant de la place Takadanobaba, ce petit restaurant propose des sushi à saisir soi-même sur un tapis roulant avec des prix qui commencent à seulement 120 yen la paire. L’ambiance est phénoménale, et l’on s’y sent tout de suite comme chez soi en dépit du fait d’être ostensiblement étranger.

E. Les commerces

30. Au Japon, les aliments et les produits chimiques sont vendus dans des magasins différents. Newdrug se spécialise dans les produits de beauté et les médicaments sans ordonnance.

31. Pour des choses plus pointues, adressez-vous à la pharmacie. J’y ai acheté, par exemple, un thermomètre.

32. Ce 100 yen shop absolument indispensable, situé près de la station de métro Waseda, se spécialise dans la papeterie et les objets du quotidien et vous permettra d’acheter tous vos classeurs, tasses, crochets et autres boîtes de rangement pour quelques milliers de yen seulement. Un must lorsque vous serez en train de vous installer.

33. Cachée dans une petite ruelle juste derrière Hoshien, cette pâtisserie est pourtant excellente. De quoi fêter pas mal d’anniversaires, ou simplement s’autoriser un petit écart de temps en temps.

34. Si vous trouvez que le choix des fruits et légumes dans les supermarchés est insuffisant, sachez qu’il existe des échoppes spécialisées en fruits et en légumes, souvent tenues par de charmants (ou moins charmants) petits vieux.

35. Le Picasso de Waseda-dori – une filiale de la chaîne Don Quijote – est un autre magasin essentiel à connaître. C’est un discounter dans lequel vous trouverez tout ce qui vous manque dans les autres magasins, des rouleaux de gros scotch aux rallonges électriques en passant par des déguisements de soirée et des matelas.

36. Le Santoku est le supermarché petit-bourgeois de base, joli et accessible. Si vous y passez tard la nuit, sachez qu’il y a des réductions de 50% sur les plats préparés, comme des sushi.

37. Les librairies vendant des livres rares ont été durant une époque la fierté de Waseda-dori avant de décliner quelque peu. Il en reste pourtant encore beaucoup.

38. Si vous avez des vêtements délicats que vous hésitez à confier aux machines à laver du dortoir (dont les réglages sont souvent bloqués sur un seul programme), sachez que le nettoyage à sec au Japon est pas cher et offre un service est excellent.

39. Au Japon, les coiffeurs offrent des massages de tête après la coupe – une excellente pratique que l’on aimerait voir importée chez nous.

40. Ce magasin-ci est aussi un 100 yen shop, mais cette fois spécialisé en produits alimentaires. Les produits ne sont peut-être pas de premier choix, mais la qualité reste correcte et c’est vraiment pas cher.

41. Si vous décidez de vous faire fabriquer un sceau, c’est dans l’une de ces boutiques – comme celle située à l’angle de Meiji-dori et de Waseda-dori – qu’il faudra vous adresser.

42. Tsutaya est une chaîne qui loue des DVD, mais aussi des CD et des manga. Une alternative bien plus économique au cinéma, plutôt couteux au Japon.

43. Une façade typique d’un commerce de produits d’entretien.

44. A Marushime, on peut acheter une enveloppe, du beau papier, une carte postale ou l’un de ces stylos-pinceaux si pratiques pour tracer des kanji.

45. Un café qui vend aussi des accessoires et des ingrédients pour la cérémonie de thé.

46. Ici, vous trouverez un large choix de consoles, jeux vidéo et cartes à collectionner d’occasion.

47. La karaoke de Takadanobaba profite de sa situation exclusive pour faire grimper les tarifs, mais c’est quand même le meilleur rapport qualité/prix du quartier.

48. Au troisième étage de ce bâtiment en apparence anodin se trouve une énorme librairie sur plusieurs étages – de quoi combler toutes vos envies de bandes dessinées (voire éventuellement de livres plus sérieux, mais je ne m’avancerai pas jusque là).

49. La Big Box de Takadanobaba est intéressante avant tout pour deux choses: un 100 yen shop au premier étage (le premier que je n’aie visité au Japon) et un salon d’arcades très bien pourvu au sixième (ah, les joutes endiablées de taïko et de BlazBlue après une soupe épicée!). Tenez à l’esprit que les Japonais ne connaissent pas le concept du rez-de-chaussée; le premier étage est celui qui est au niveau du sol.

50. Les étudiants en échange viennent surtout à l’Olympic pour y acheter des vélos, mais on y trouve aussi de quoi s’équiper avant de s’attaquer au mont Fuji ou de quoi emballer ses affaires avant le départ du Japon.

51. Uniqlo, c’est un peu le H&M japonais: des vêtements très design (mais à la qualité supérieure à H&M) à bas prix. Même si le mieux est d’y aller à Shibuya ou à Shinjuku, ce magasin-ci, sur la Meiji-dori, devrait pouvoir vous dépanner.

52. Découvert complétement par hasard lors d’un jogging, ce magasin d’artisanat traditionnel regorge d’idées cadeaux et de souvenirs.

53. Enfin, aucun article parlant de commerces au Japon ne saurait être complet sans évoquer les covnenience stores, ou combinis. Ces magasins, omniprésents, ouverts 24h/24-7j/7 et éminemment pratiques, permettent de tout faire ou presque: acheter un sandwich, un repas préparé (et chauffé au micro-ondes par le vendeur), quelques oranges ou des boissons; se procurer un manga ou un DVD; trouver, au milieu de la nuit, une agrafeuse, un shampooing ou un paquet de feuilles A4; faire des photocopies ou imprimer des photos; payer ses factures, retirer de l’argent ou acheter des billets de spectacle. Je sens déjà que je vais déchanter à mon retour en Suisse: « comment ça, je ne peux pas acheter des lacets à 4 heures du matin?! »

F.Bars

54. Situé à proximité immédiate du campus et ouvert pour ainsi dire toujours, le GB’s Café est une véritable institution à Waseda. La spécialité de la maison est la depth charge: un shot d’éthanol versé dans une pinte de bière. A consommer avec beaucoup, beaucoup de modération.

55. Caché sous un immeuble à l’angle de Meiji-dori et de Waseda-dori, le Diglight offre quelques spécialités venues d’Europe, comme la Duchesse de Bourgogne, mais surtout une ambiance très cosy avec, souvent, de la musique live.

56. Niché dans une petite ruelle (le trouver est une aventure en soi), le Billy Barew’s Beer Bar offre plus de 50 bières venues du monde entier, du Mexique à l’Israël, à des prix allant de 1’000 à 2’000 yen.

G. Divers

57. Le parc Toyama est très prisé par les étudiants de Waseda, qui s’y rassemblent non pas pour boire, comme on pourrait le penser, mais pour y répéter leurs activités de club lorsque le temps le permet. Ah, le Japon.

58. Dans cet autre parc, rattaché au sanctuaire Mizuinari, on trouve de jolies promenades et un lac avec des carpes et des tortues. Pourtant, peu de gens connaissent son existence, à deux minutes du campus Waseda.

59. Pas besoin, justement, d’aller à Kyoto pour voir un sanctuaire dédié au dieu-renard: Mizuinari n’est qu’à une courte marche du bâtiment 22. J’y venais parfois à midi réviser avant mon cours de kanji du deuxième semestre.

60. Le sanctuaire Ana-Hachiman a été le sujet de l’un de mes premiers articles en arrivant au Japon. Il est vrai qu’avoir les fenêtres de sa chambre qui donnent sur un sanctuaire a quelque chose de beau.

61. J’espère que vous n’aurez jamais à aller voir la police lors de votre séjour à Tokyo, mais si c’est le cas, sachez que le koban (poste d’îlotier) le plus proche n’est qu’à quelques pas de Hoshien. Notez les deux chiffres affichés sur la devanture, mis à jour quotidiennement: il s’agit, respectivement, du nombre de morts et de blessés causés le jour précédent par les accidents de circulation dans la région métropolitaine de Tokyo.

62. Cet endroit secret n’a rien de particulier sinon qu’il est situé tout près de l’université mais que personne n’y va jamais; il est donc parfait pour s’y installer à midi avec des amis après avoir acheté à manger dans le combini tout proche. Il offre aussi un très beau contraste entre les grands bâtiments modernes de Waseda à l’arrière-plan et les petites maisons en bois qui bordent la ruelle.

63. L’office de poste local: indispensable pour le courrier, mais aussi pour obtenir quelques yen (la poste est notamment l’un des rares endroits au Japon où les cartes de crédit étrangères peuvent être utilisées pour retirer de l’argent).

64. L’office de poste de Kita-Shinjuku ouvre plus longtemps que les autres et c’est aussi là que vous devrez vraisemblablement aller chercher de l’éventuel courrier recommandé.

65. La place Takadanobaba est l’endroit de rendez-vous des étudiants de Waseda les soirs de week-end (ce qui explique que l’on peut y voir des gens complètement saouls déjà vers sept-huit heures du soir, un vendredi ou un samedi).

66. Juste en-dessous du pont ferroviaire, il y a deux grandes fresques à l’effigie des personnages d’Osamu Tezuka. Pourquoi? Parce que l’un des plus célèbres d’entre eux – Astro, le petit robot (Astro Boy aux USA, Atomu en version originale) est censé être « né » à Takadanobaba, justement. D’ailleurs, c’est la musique du générique de l’anime qui accompagne les trains à l’arrêt JR (toutes les stations de la ligne Yamanote ont chacune leur petite musique pour faciliter leur identification).

67. Enfin, je ne reviendrai pas sur le New Sky Building – il y a un article pour cela – mais dorénavant, vous saurez où le trouver exactement.

22. Ce restaurant chinois niché près du bâtiment 22 sera parfait pour les repas avec votre classe de japonais.

Speech

24/07/2010

Aujourd’hui, c’était le dernier jour des cours et c’est aussi aujourd’hui qu’a eu lieu la cérémonie d’adieu pour les élèves SP3 et SP4 de notre faculté (c’est-à-dire uniquement les élèves venus de l’étranger pour un semestre ou un an – mais étant donné que nous sommes tout de même plus de 200 à SILS dans ce cas, une cérémonie rien qu’à nous se justifiait). Nous avons tous reçu notre certificat d’achèvement d’une année d’études à Waseda, absolument superbe. Certes, ce n’est pas encore un diplôme – les résultats de nos examens ne seront connus que fin août – mais c’est tout de même quelque chose d’important pour nous tous.

Bien sûr, qui dit cérémonie, dit aussi discours. Quatre personnes ont pris la parole aujourd’hui: le doyen de notre faculté, le vice-président de Waseda, un représentant du corps professoral d’une université américaine partenaire de SILS et un représentant des élèves – qui s’est trouvé être moi.

Trouver les mots et le ton justes pour une telle occasion n’est pas facile. J’espère, en tout cas, avoir réussi à transmettre non seulement mon sentiment personnel mais aussi celui des élèves au nom desquels j’ai parlé. Voici ce que j’ai dit ce 24 juillet 2010 – en anglais et partiellement en japonais – à mes professeurs et à mes amis:

Snowden-sensei, Uchida-sensei,
Dear Professors and University Staff,
Dear Students, Relatives and Host Families,
In short: Dear Friends,

Exactly 10 months and 10 days ago, I was sitting in an Air France plane somewhere above Siberia, flying towards East, and I was thinking: « What have I gotten myself into? »

I know that I was not the only one; about the same time, many of us – SP3 students – were packing our belongings, saying goodbye to our friends and leaving our homes to come here, to Waseda. Of course, all of us had a different prior relationship to Japan; some of us had family here and some were coming for the first time; some of us had only to cross a sea and some a couple of oceans; some of us already spoke very good Japanese and some (like me) did not at all. And yet, for all of us it was an important step to make.

We had to leave our home towns and home universities; to abandon our previous lifestyles and habits; to say goodbye to our parents, friends and loved ones. All of us had to take… maybe not a gamble, but a risk. As I was sitting in that plane, I was thinking about this risk – and about whether I had just made the best or the worst decision in my life. I must add that I had a lot of time (about 11 hours) to ponder this because – as the French ex-President Jacques Chirac would say it – « Japan is beautiful, but it is far ».

But – and I think that I can speak for all of my fellow SP3 students – after 10 months here we can now see that this risk was justified. You know, all of us have this very gentle friend, or maybe relative, who, when we told him or her about our project to go study in Japan for one year, managed a really nice smile – the kind you usually reserve for terminally ill – and said: « Japan? Sure, sounds like a great idea! But… why? ». Well, I think that today all of us can answer this « why ». It was truly a wonderful year, filled with learning and amazement and new friendships. We have discovered Japan, sitting in classes of Building 11 and in the second class of JR trains; we have conquered Mount Fuji and mounts of homework; we have survived through a typhoon, a couple of earthquakes and – which was most dangerous for our health – a certain number of nomihodai.

The culture I come from still sees Japan as an almost mythical, unfathomable place; that is why it was so interesting for me – and, I believe, for many of us – to finally discover it firsthand. We encountered Japan, and the Japanese, and learned from them; the Japanese learned from us; and, hopefully, all of us have learned, in the process, something about our own selves as well.

I have so many good memories concerning this year that I could never cite them all. Discovering Tokyo, and then Japan; struggling with kanji and with my Suica card; going to classes in the morning and to karaoke in the evening… (and sometimes the other way around!) I am sure that all of you have your own set of cherished moments as well. So, to conclude my speech, I would simply like to say three thank yous.

First of all, I would like to warmly thank Waseda University and the School of International Liberal Studies for giving us the opportunity to come here in the first place. I believe that this faculty has a pioneering role within Waseda, but also within the Japanese university education system as a whole. The mix of cultures and of academic fields that can be found in SILS is quite unique and I would like to see it grow and develop in the years to come, so that more students just like us could come and live the same kind of experience we did.

My second thank you goes to Japan as a country. Of course, as I cannot address Japan directly, I want to speak to all the Japanese present in the audience today.

皆さん、留学生の私たちを迎えてくださいましてありがとうございました。どうもお世話になりました。日本はすばらしい所です。私たちは十分楽しみました。でも、日本人は時々自分の国を過小評価する傾向があります。皆さん、外国人から見ると、皆さんはすごい国に住んでいます。それで、もっと自分の国を大切にしてください。どうもありがとうございました。
[Everyone, thank you very much for welcoming me and my fellow foreign students in your country. It is an amazing place and we have greatly enjoyed it. Sometimes, however, I have the impression that many Japanese people themselves underestimate their country. I would just like to tell you that, from a foreigner’s point of view, you really live in a great place. Please take care of it.]

Finally, my last – and perhaps the most important – thank you goes to you, my fellow SP3 students. Without you, my year would not have been what it was. You know, before coming here, when I was thinking about my stay in Japan, I focused a lot on the place itself but now I realise that it is, of course, the people that fill any place with life. During this year, you became part of my Japan; and I hope that I became a part of your Japan for some of you as well. I have met some of the most amazing people that I have ever known during this year; and if I was to have one regret concerning my stay here, it would be not getting to know more of you. You have been really wonderful; thank you very much.

A Frenchman once said that one can travel to try to run from oneself – which is impossible – or to try to find oneself. I hope that this year has helped us to understand more not only about Japan, but also about ourselves as well, so that we can move forward – with memories of our classes in our heads, and memories of Japan in our hearts.

Thank you.

Mont Fuji

19/07/2010

Il faut être bête pour ne pas avoir escaladé le mont Fuji une fois dans sa vie, ou pour l’avoir fait deux fois.

– Proverbe japonais

Le mont Fuji est la montagne la plus escaladée au monde; bien qu’elle ne soit officiellement ouverte aux touristes que deux mois dans l’année (juillet et août), 200’000 personnes se lancent à son assaut durant ce laps de temps, ce qui fait tout de même plus de 3’000 par jour. Vous ne risquerez par conséquent pas de vous sentir trop seul sur ses pentes. Il faut dire que la montée – même si elle n’a rien d’une promenade de santé – reste tout de même clémente et que l’on peut tout à fait la réussir sans être un pro de la randonnée en montagne. Il n’y a que trois choses à apporter impérativement: de bonnes chaussures de marche (il est possible de monter et de descendre en chaussures de ville, au même titre qu’il est possible de s’enfoncer tout un paquet de chips dans le nez une par une, mais…), des vêtements imperméables (Fuji est souvent recouverte par des nuages, et si vous vous retrouvez dans l’un d’entre eux, vous verrez la pluie non pas tomber mais littéralement se former tout autour de vous, ce qui est sympathique mais bon) et une lampe de poche si vous choisissez de monter de nuit (c’est-à-dire avant 5 heures du matin ou après 6 heures du soir).

Plusieurs chemins mènent au sommet du volcan (car Fuji-san en est un); je vous parlerai aujourd’hui de ceux situés sur le versant Est. Ce qu’il faut savoir tout d’abord est que ces chemins sont très bien balisés et séparés en tronçons par des stations; la première station d’un chemin se trouve en bas de la montagne et la dixième station au sommet. La grande majorité des 200’000 touristes annuels montent directement jusqu’au niveau de la cinquième station (« Subaru Line 5th Station » sur le plan ci-dessous) en bus – il y en a même directement depuis Shinjuku – puis gravissent les quelque 1’400 mètres de dénivelé les séparant du sommet. Les plus entraînés peuvent monter depuis la cinquième station jusqu’au sommet puis redescendre en une seule journée; pour les néophytes il est toutefois recommandé de s’arrêter pour passer la nuit dans l’un des nombreux refuges de montagne situées entre la septième et la neuvième stations (consultez la liste ici; si vous empruntez le même chemin que celui décrit dans ce blog, cherchez sous « Kawaguchiko route »). Ces endroits n’offrent qu’on confort très sommaire mais on peut y manger et y dormir; étant donné que beaucoup de visiteurs tiennent à voir le lever de soleil depuis le sommet de la montagne, un bon moyen d’y arriver est de s’endormir autour des 18:00 vers la huitième station, se réveiller à minuit puis commencer l’ascension pour arriver à temps vers le lever du soleil à environ 4:30 du matin.

Toutefois, nous avons choisi un chemin légèrement différent, en commençant non pas à la cinquième mais à la première station, au sanctuaire Shengen situé au pied de la montagne (si vous regardez la carte ci-dessous, vous noterez que le chemin qui part du sanctuaire rejoint le chemin décrit dans le paragraphe précédent à la sixième station. Après la sixième station, le chemin se sépare de nouveau en deux, mais celui de gauche ne sert qu’à descendre; on monte par celui de droite, là où il y a tous les noms des refuges). Pourquoi? Pour plusieurs raisons: parce que c’est la route « traditionnelle » pour gravir la montagne, parce que cela nous semblait plus honnête que de faire la moitié du dénivelé assis dans un bus, parce que la piste avant la cinquième station, filant à travers des bois resplendissants, est bien plus belle que sur les hauteurs où tout n’est plus que roche, mais aussi pour rallonger l’expérience, tout simplement.

Nous nous réveillons à 5:15 du matin dans une auberge de jeunesse à Fuji-Yoshida, à quelque 50 minutes de marche du sanctuaire qui sera le point de départ de notre périple – de quoi se dégourdir un peu les jambes avant de commencer. Mauvaise nouvelle: le temps semble plutôt couvert.

Acquisition des provisions dans le 7-11 du coin. De manière générale, il est relativement aisé de se procurer de l’eau le long du chemin à partir de la cinquième station (à des prix d’escroc, il est vrai): emmener plus d’1.5 litres sur soi est donc superflu. Ne sous-estimez pas, par contre, la quantité de nourriture que vous serez capables d’ingurgiter. Si vous vous arrêtez dans un refuge, précommandez-y un repas chaud lors de la réservation; si ce n’est pas le cas, ne lésinez pas sur les sandwiches, les oeufs durs et les onigiri; dans tous les cas, prenez six ou sept Snickers, ça ne déformera pas les poches et il viendra un moment ou vous serez très contents de les avoir, je vous le promets.

L’allée qui mène au sanctuaire Shengen, avec des arbres immenses qui la bordent, est absolument impressionnante. Il pleut (hélas, pas pour la dernière fois), mais cela ne diminue en rien la magie que dégage le lieu – voire l’amplifie.

Nous prenons notre petit-déjeuner (acheté au 7-11) à quelques pas du bâtiment principal. Pour le moment, nous sommes seuls – comme je l’ai mentionné, peu de gens montent à pied jusqu’à la cinquième station.

J’en profite pour ajouter un avant-dernier dragon à ma collection.

Et voilà: peu après 7:00, nous voilà partis à l’assaut de la montagne sacrée. On commence par quelques heures de marche en ligne droite (et en légère pente) à travers la forêt. Pour le moment, c’est de la randonnée, pas de l’escalade.

Nous voici à Umagaeshi (cf. carte). Le torii marque le début des choses un tout petit peu plus sérieuses. Mais pour le moment, nous sommes en pleine forme et encore capables de poser.

Un singe en pierre…

…et un vrai crapaud.

La deuxième station.

Pour le moment, c’est l’équivalent de l’escalade du mont Salève près de Genève: ça grimpe mais pas au point de stopper une conversation. On plaisante, je soumets des devinettes à mes compagnons de voyage (« Chaque matin, une personne sort de son appartement au 20ème étage, prend l’ascenseur et descend jusqu’au premier. Le soir, cette même personne rentre dans l’immeuble, prend l’ascenseur jusqu’au dixième étage, sort, et fait le reste du chemin jusqu’au 20ème étage à pied. Pourquoi? [évidemment pas pour faire de l’exercice ou parce que ça l’amuse] »). Il se met à pleuvoir mais les arbres nous abritent tant bien que mal. On s’imperméabilise, je suis bien content d’avoir ma veste de ski avec moi. Il est vrai que nous n’imaginions pas nécessairement monter le mont Fuji sous la pluie; mais nous prenons la chose avec humour. Le slogan – maintes fois répété durant cette journée, et celle d’après aussi – est « Nous sommes venus ici pour ressentir, à travers l’ascension du mont Fuji, l’ensemble de la palette des sentiments et des émotions humaines qu’une telle aventure peut nous procurer; par conséquent, nous reconnaissons et acceptons ces sensations – fussent-elles désagréables – comme catalyseurs utiles et indispensables à l’appréciation du périple auquel nous prenons part ». Enfin, c’était ce que nous voulions dire par notre slogan; à des fins des concision et pour économiser le souffle, nous en utilisions plus volontiers la forme abrégée (et, je le concède, un brin vulgaire), qui sonnait davantage comme « Nous sommes là pour en %&*$# alors on va en %&*$#!! »

Nous sommes arrivés à la cinquième station du chemin Yoshida (si vous regardez la carte, vous verrez que ce n’est pas la cinquième station où arrivent les bus) à midi pile, déjà passablement fatigués. Il y a un refuge à cet endroit-ci; j’y commande et mange le meilleur ramen de ma vie. Pendant ce temps, dehors, la pluie et le vent s’amplifient.

Lorsque nous ressortons, le flanc de la montagne est battu par un vent violent. Nous avons réservé une nuit dans un refuge juste après la septième station; il nous faut donc encore avancer pendant un peu moins de deux heures.

Evidemment, c’est lors de l’ascension du Mont Fuji que mon fidèle sac à dos décide de me lâcher; une énorme déchirure apparaît sur le haut. Les affaires tiennent toujours dedans, mais avec la pluie et le vent, l’intérieur risque rapidement de se transformer en piscine. Heureusement que j’avais pris la veste de ski et acheté un pardessus imperméable supplémentaire; il servira à recouvrir le haut de mon sac pour le protéger de l’eau. Du coup, le bas flotte dans mon dos comme la cape de Superman. Rajoutez à ceci un bonnet (contre le froid) et des lunettes de ski (très pratique contre les rafales de vent et les graviers qu’il charrie) et vous obtenez Capitaine O-Bake (c’est-à-dire Capitaine Fantôme). OK, c’est pas glamour, et alors? On n’est plus en mode « défilé », mais en mode « survie ». Non mais.

La végétation se clairseme de plus en plus après la cinquième station…

…mais le chemin est toujours joli.

Ce morceau de plastique rose n’est pas un déchet mais un marqueur qui indique le chemin; il y en a à intervalles réguliers.

Lorsqu’on monte un peu plus haut, le vent et la pluie se calment soudainement et une vue splendide apparaît…

…puis disparaît à nouveau dans la brume. Par contre, en surgissent d’étranges constructions.

Ces espèces de grands murets servent à éviter les éboulements et à protéger les grimpeurs du vent. Une grande partie de l’ascension entre la cinquième station et le sommet se fera le long de ces constructions. Que voulez-vous? Avec 200’000 touristes par an, on ne peut plus vraiment se permettre de laisser une grande place à la nature sauvage. Si vous comparez la photo ci-dessous avec celles du début de l’article, je pense que vous comprendrez ce que je voulais dire quand je disais que monter depuis la première et non la cinquième station permettait de suivre, ne serait-ce quelque temps, un tronçon bien plus joli.

Vue depuis la septième station lors d’un autre rare moment d’accalmie.

Là encore, on regrette de n’avoir que des photos qui ne traduiront jamais la splendeur du mouvement des nuages qui, mus par un vent toujours puissant, se font et se défont sous nos yeux.

Nous arrivons à notre refuge – où nous passerons la nuit – à trois heures de l’après-midi. Il y a un réchaud près duquel il fait bon et au-dessus duquel on peut accrocher quelques affaires pour les faire sécher.

Après une heure, je me sens suffisamment en forme pour sortir dehors en tenue légère le temps de prendre quelques clichés. En T-Shirt du St.Gallen Symposium, s’il vous plaît.

A l’origine, le plan était de se réveiller à minuit pour accueillir le lever du soleil au sommet; toutefois, avec les nuages recouvrant le mont Fuji, c’est inutile. Nous décidons donc de nous lever plutôt à trois heures du matin. Malgré tout, c’est à six heures du soir que nous nous couchons – le record d’hier a été battu à nouveau – bercés par le son des gouttes de pluie frappant les vitres. Bien sûr, le rythme du sommeil est complètement décalé et je me réveille vers neuf heures (en étant convaincu d’avoir dormi au moins six heures). Miracle: dehors, il fait un temps parfait, plus aucune trace de la pluie ou du vent. J’en profite pour prendre un cliché de notre refuge…

…et un du paysage. Les lacs de Sai et de Kawaguchi, ainsi que leurs villes, sont juste en-dessous. La lumière rougeâtre à l’horizon n’est pas le soleil couchant – nous faisons actuellement face à l’Est – mais… Tokyo.

Réveil à 3:00 et départ à 3:30, dans le noir total. Heureusement que j’ai ma lampe torche frontale (achetée au Picasso pour un peu plus de 1’000 yen). La partie la plus physique commence; nous ne progressons plus sur une pente artificielle mais sur des roches escarpées. Bien que la plus difficile, c’est sans doute cette partie-là du voyage que j’ai le plus appréciée.

Il fait noir tout autour. Seule source de lumière, la lampe sur la tête et les fenêtres du prochain refuge, qui semble incroyablement lointaine. Un rocher, un pas. Un autre rocher, et un pas de plus. On s’aide avec la main, on s’accroche à une chaîne qui balise le chemin. Après chaque passage difficile, je me retourne pour l’éclairer à mes deux compagnons. A cette heure-ci, les grimpeurs sont rares et il est facile de se sentir seuls sur le flanc du volcan – trois petits fourmis gravissant le mont mythique. Le vent souffle, la pluie balaie le cône de lumière que je projette devant moi, le brouillard est omniprésent – et pourtant nous avançons, foulée après foulée et mètre après mètre, envers et contre tout. Une métaphore de la vie qui n’est pas dénuée d’intérêt, en fait.

Nous ne voyons pas le soleil se lever; le nuage autour de nous s’éclaire simplement graduellement. Tant pis. Après tout, nous savons que, quelque part au-dessus de nous, le ciel est d’un azur perçant.

Belle illustration de la dichotomie « pub vs. réalité ».

Non loin de la neuvième station.

Plus que 40 minutes avant le sommet. Un torii est là, comme pour nous encourager. Comme à Miyajima, des pièces sont glissées dans tous les interstices que la colonne de bois offre. J’y vais moi aussi de mon obole.

Et voilà le sommet (enfin, pas exactement, plutôt les maisons construites non loin de celui-ci – le sommet topographique est encore 50 mètres plus haut). Vous vous attendiez à quoi?

En tout cas, on y sert des boissons chaudes et on peut y acheter des souvenirs. La différence de température embue l’objectif de ma caméra et la photo sort floue. Pourtant, ce n’est pas plus mal; son look and feel reflète plutôt bien notre état. On ne réalise pas vraiment où nous sommes, en partie parce que c’est si grandiose et en partie parce que franchement, avec le brouillard, on aurait pu être à peu près n’importe où ailleurs et on ne verrait aucune différence. Nous sommes épuisés, grelottant de froid et si mouillés que la désutilité marginale de chaque goutte de pluie supplémentaire tend asymptotiquement vers zéro.

Surtout – et en dépit de nos mines contrites et de nos muscles endoloris – nous sommes heureux.

Alors, le mont Fuji en vaut-il la peine? La réponse est clairement oui. Bien sûr, la pluie, le brouillard et le vent ne nous ont pas spécialement aidés, mais dites-vous la chose suivante: nous sommes montés (et descendus – la descente jusqu’à la cinquième station prend bien plus de trois heures, et après il faut encore compter 2h15 de bus jusqu’à Shinjuku) dans les conditions météo qui frisaient le seuil de fermeture des pistes (certains grimpeurs qui ne se sont pas réveillés à 3:00 comme nous ont d’ailleurs dû rebrousser chemin), en ayant à peu près tout contre nous, des chaussures mal adaptées de Guillaume jusqu’à mon sac défaillant. Et, en dépit de ceci, c’était – et je suis sérieux – une expérience absolument géniale (peut-être même à cause de ces conditions-là, merci la dissonance cognitive), une véritable aventure et sans conteste l’un des meilleurs souvenirs du Japon. Imaginez donc ce que ce serait dans de bonnes conditions! Bref, même si, bien sûr, personne ne peut vous obliger à y monter, le mont Fuji peut vous offrir des instants splendides et si vous restez au Japon pour une durée un tant soit peu longue qui inclut les mois de juillet ou d’août, ce serait vraiment dommage de vous en priver.

PS: Conformément au proverbe japonais, je dois être stupide; je ne dirais pas non à la proposition d’escalader le mont Fuji une deuxième fois, par beau temps… ne serait-ce que pour faire le tour du cratère et admirer la vue de tous les côtés.

Shimoda

13/07/2010

Parfois, on se dit quand même que la vie est injuste. Prenez un paysage comme celui dépeint ci-dessous: pour le voir, un Parisien ou un Genevois devra passer une journée en voiture. Le Tokyoite, lui, n’a qu’à prendre un train; moins de trois heures plus tard, il débarquera à Shimoda, sur la péninsule d’Izu.

Avec ses plages de sable fin prisées autant par les vacanciers que par les surfeurs, la péninsule est une destination touristique privilégiée en été. Les hôtels poussent comme des champignons sous l’immense ciel bleu.

Pour coller à l’ambiance, les employés des gares sont tous – du contrôleur au vendeur de tickets – habillés avec des chemises hawaïennes. Une touche pour le moins originale et sympathique.

Toutefois, ce n’est pas dans un hôtel que j’ai passé le week-end à Izu. Tout a commencé lorsque j’ai été témoin, lors du cours sur la gouvernance d’entreprise, d’une discussion entre Antoine et Mathieu concernant des achats en gros de viande à barbecue et de bières. (Il faut dire que je n’avais guère le choix, étant assis entre eux). D’un naturel curieux, j’ai immédiatement demandé de quoi il s’agissait. Le plan était simple: à Izu, il y a des maisons louables à la journée, organisées en pâtés comme celui-ci:

Mathieu prévoyait, avec quelques amis, de louer une maison pour le week-end pour faire la fête et se baigner à la plage. Il se trouvait justement qu’il restait quelques places disponibles; je n’ai pas hésité bien longtemps avant d’accepter, surtout après qu’il m’ait montré quelques photos de Shimoda du même calibre que celles que je vous présente ici.

Vendredi, à la sortie des cours (à midi, merci l’horaire), j’ai donc couru poser mon sac de cours dans ma chambre et me saisir de celui de voyage, préparé la veille. Nous sommes ensuite allés rejoindre le reste de la bande (la plupart n’étant pas de Waseda, d’ailleurs) à Ginza où ils avaient déjà fait les achats de vivres pour le week-end. Il faut dire que, sur les quelque 14 personnes du groupe, je n’en connaissais que deux (enfin, trois si on compte moi-même, sans tomber dans le débat philosophique de savoir si c’est possible); cela n’a toutefois pas posé de problème. Peut-être était-ce parce que nous étions tous des gens de très bonne intelligence, peut-être parce que nos objectifs (grappiller encore quelques instants de bonheur lors de ce qui était pour pas mal d’entre nous comme les dernières semaines du voyage), peut-être « l’effet Japon » a-t-il joué – toujours est-il que la glace fut brisée très vite et que nous nous sommes rapidement retrouvées à se parler comme si l’on se connaissait depuis longtemps.

Sur la photo suivante, notre maison est dans le coin en bas à droite. Comme on peut le voir, elle était très proche de la mer; cinq minutes à peine.

Bien évidemment, nous ne nous sommes pas privés.

Ed, Antoine, Haruka, Saki et Rick

Comme un petit air de vacances avant les vacances.

Avec ses rochers escarpés bordant la plage et ses complexes hôteliers luxueux (dont un se trouvait à portée de vue de notre maison), Shimoda pourrait probablement accueillir l’équipe de tournage d’un James Bond (qui ressemble parfois davantage à la vidéo promotionnelle pour Five Star Alliance qu’à un film).

Malgré le fait que, à environ un mois des vacances scolaires, ce n’était pas exactement la saison, il y avait déjà pas mal de Japonais sur la plage – certains allongés au soleil, et plus encore sur leurs planches, en attendant la vague.

En dépit de ces images idylliques, sachez qu’il n’a fait ce temps-là que durant le dernier jour de voyage; le reste du temps, il faisait plutôt couvert et maussade. Qu’importe; se baigner dans la mer sous une averse a aussi son charme – pour une fois, c’est agréable de ressentir la pluie sans s’inquiéter du fait de mouiller ses vêtements. Si la baignade en question a lieu à deux heures du matin, c’est encore plus cocasse.

Antoine

Les bains chauds situés au milieu de notre complexe de maisons à louer ont également remporté un franc succès…

…d’autant plus que, avantageusement situés en hauteur, ils offraient une vue spectaculaire.

Et quand on n’était pas à la plage, que faisait-on? Manger et boire, principalement. Le premier jour, le frigo de la maison a été rempli à craquer avec les vivres rapportés de Tokyo.

Au menu: grillades le soir… et omelette à midi.

Ed et Antoine

Bien sûr, ce genre de week-end ne serait pas tout à fait complet sans de la musique live.

Nicklaus et Ed

En ce qui concerne le reste de l’accompagnement musical, Mathieu n’a pas rechigné à apporter son Mac et ses enceintes harman/kardon depuis Tokyo.

On peut commencer à griller.

Mathieu

Miam!

Gloup!

Ce genre de soirées (enfin, ici on peut parler de journées aussi) est une occasion idéale pour rencontrer des gens à qui on ne parlerait peut-être jamais ailleurs et d’apprendre une foule d’informations qui ne semblent à priori pas très utiles mais qui constituent en fait le sel de la vie sans lequel elle ne serait qu’un enchaînement de circonstances utilitaire et fade. Par exemple, je n’avais jamais parlé à un surfeur avant, encore moins à un surfeur japonais. Seiya (c’était son nom) s’est d’ailleurs fait un plaisir à me montrer, sur son iPhone, la bonne demi-douzaine d’applications qu’il utilisait pour planifier ses sorties en planche. Le surf, en effet, est un sport qui ne se pratique que sous certaines conditions, et le surfeur averti ne sortira jamais avant d’avoir consulté, sur différents sites et services, non seulement la météo du jour mais aussi les heures des marées, le niveau de la mer et même la direction et l’intensité du vent. Lors d’une autre occasion, j’ai pu expliquer à Ed le Britannique (parlant un français parfait, d’ailleurs) quelques bases de la photo numérique. Bref, on n’a pas fait que de détruire des connexions nerveuses avec de l’alcool, on en a aussi créé quelques-unes.

A noter: les pièces à tatami sont incroyablement adaptées à des soirées estudiantines, bien plus que les pièces occidentales. Sans chaises pour figer les positions des participants, en effet, les conversations peuvent se faire et se défaire en toute spontanéité; l’espace se prête aussi bien à des conversations semi-intimes qu’à des grands jeux impliquant tout le groupe; et si quelqu’un se sent trop fatigué d’avoir bunagé toute la journée, s’allonger quelques instants pour reprendre des forces est la chose la plus naturelle du monde.

Moi, Clémence et Henrik

En conclusion, ce voyage-ci, bien qu’il n’était absolument pas prévu, s’est révélé pourtant être sans aucun doute l’un des points forts de mon séjour au Japon. Comme quoi, il faut toujours être à l’affut des bonnes opportunités – surtout que ce pays-ci en est riche comme aucun autre.

Shimoda