Archive for the ‘Divers et variés’ Category

Table des matières

02/08/2010

Bienvenue!

Vous venez de tomber – peut-être par malheureux hasard et peut-être après une recherche infructueuse – sur mon blog, un blog que j’ai tenu entre septembre 2009 et juillet 2010 et qui retrace l’année d’échange universitaire que j’ai passée à l’université Waseda, Tokyo. Le thème principal de ce blog est donc le Japon, ainsi que ce que j’y ai vécu.

Si le sujet vous intéresse, vous aurez largement de quoi vous mettre sous la dent ici puisque ce blog contient pas moins de 325 articles – je me suis fixé en effet comme objectif de publier un article par jour, en moyenne. « En moyenne » veut dire que je ne me suis pas imposé de parler d’un évènement le jour où il s’est produit; il m’est arrivé de publier trois articles un jour et aucun le lendemain, il m’est aussi arrivé de parler d’un voyage deux semaines après l’avoir fait. Toutefois, ce ne sont que des détails et je pense que vous n’aurez pas du mal à suivre le fil.

Pour le confort de navigation et de lecture, les articles ont été classés par catégories:

Tintin le photoreporter est, avec ses 150 articles, la catégorie la plus « peuplée » de mon blog; comme son nom l’indique, les billets qu’elle contient sont principalement constitués de photos que j’ai pu prendre au cours de mes nombreux voyages, dans l’archipel nippon et au-delà. Cette catégorie risque de vous intéresser si vous préparez un voyage au Japon et avez envie d’avoir une première idée à quoi peut ressembler tel ou tel endroit ou si vous aimez simplement vous évader devant votre ordinateur. Vous pouvez consulter la liste complète des lieux que j’ai pu visiter durant cette année et dont je parle dans ce blog ici.

Il existe une sous-catégorie de la rubrique précédente, que j’ai appelé Snapshots: il s’agit de clichés – généralement trois par billet – donnés avec pas ou peu de commentaire. En effet, je me suis rapidement rendu compte qu’au Japon il existait mille et une petites choses épatantes ou amusantes qui, sans donner matière à un article complet, méritaient tout de même d’être relevées. Cette rubrique contient 53 articles (donc 159 de ces instantanés) concernant le Japon, plus trois billets dans la même veine mais plus longs sur l’Australie, la Nouvelle-Zélande, et la Chine.

Y en a point comme eux traite également des curiosités de la vie au Japon au quotidien, mais avec un peu plus de texte et donc un peu plus en profondeur. Si vous avez envie d’en savoir un peu plus sur l’aspect exotique du Japon comme on se l’imagine ici – vous savez, avec les pastèques carrées et les toilettes robotisées – ou simplement en aprrendre plus sur la vie quotidienne au pays, vous devriez pouvoir trouver votre bonheur entre cette catégorie-ci et la précédente.

Si vous comptez venir étudier au Japon, la rubrique éponyme devrait vous intéresser au plus haut point; vous y trouverez une foule d’informations pratiques concernant la vie estudiantine au Japon, des formalités à régler en arrivant au pays au fonctionnement du système des transports en commun.

Chroniques d’un gaijin est la rubrique la plus personnelle de ce blog; les billets publiés dans cette catégorie concernent les choses que j’ai vécues au Japon que je tiens à ne pas oublier.

Enfin, en plus de ces catégories-ci, il y en a deux de plus qui ne concernent pas le Japon; dans Sounds Of Silence j’ai publié, chaque semaine, un morceau de musique qui me plaisait en tentant tant bien que mal d’expliquer pourquoi et dans Alma Mater je publiais des strips d’un BD du même nom dont je suis l’auteur et qui parle – surprise! – de la vie universitaire.

Vous pouvez également utiliser le champ de recherche dans la colonne de droite si un sujet précis – disons, Pikachu ou le philosophe français Jean Baudrillard – vous intéresse. C’est dingue le nombre de thèmes que l’on peut aborder en une année.

Enfin – si vous avez le courage mais surtout le temps (ne comptez toutefois pas y arriver en un coup, vous frôlerez l’indigestion) – vous pouvez aussi retourner au commencement et revivre cette année avec moi, en lisant les articles dans l’ordre chronologique.

Sur ce, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bonne lecture.

Publicités

300

21/07/2010

Passer un an au Japon, c’est un peu comme se retrouver devant un buffet rempli de mets alléchants mais inconnus. Le repas qui s’en suit peut être scindé en trois grandes étapes; et c’est aussi en trois grandes étapes que s’est déroulé mon séjour ici.

Au départ, on ne sait pas encore trop ce qu’on doit prendre ni comment manger les plats que l’on a choisi. On essaie un peu de ceci et un peu de cela; on s’habitue aux nouvelles saveurs; on ne manque pas de tâcher le chemisier en mordant un peu trop vite. Le premier semestre au Japon a été celui de la découverte.

Puis, on commence peu à peu à comprendre comment ça marche et l’appétit ne manque pas de venir en mangeant. On prend goût à ce qu’on fait, et on s’y abandonne – d’autant plus facilement qu’une grande partie de ce deuxième tiers est occupée, à Waseda, par des vacances. C’est le temps de l’exploration.

Sur la fin du repas, lorsque la faim de sensations et de découvertes a été quelque peu assouvie, on peut se permettre d’être un peu plus difficile en faisant ses choix. En connaisseur, on peut se permettre de déguster.

On prend ses habitudes, se découvre des lieux favoris et des rituels. On accumule, dans sa tête ou dans son tiroir, des images marquantes, des mascottes, des artefacts; certains peuvent même nous inspirer à écrire.

Bien sûr, les voyages ne sont pas oubliés. Autour du Japon, avec Séoul et Hong Kong; mais surtout au sein du pays. Certains lieux visités ont été iconiques, comme Kyoto, Nara ou Himeji; d’autres un peu moins connus, comme Takamatsu, Naruto, Mito, Kawasaki, Shimoda ou Oh-Oka. Et parfois il n’y a même pas besoin de sortir de Tokyo; une simple visite au parc d’Hibiya ou à celui de Showa suffit pour être dépaysé. On complète la check-list « touristique » avec des passages comme le musée ou le parc d’attractions. Et, bien sûr, il y a le voyage final dans la région des cinq lacs et sur le mont Fuji, éprouvant mais inoubliable.

Et puis, on commence aussi à réfléchir un peu au sens général de notre voyage – et aux évènements qui ont été à son origine. A ces moments du jour et de la nuit qui nous ont marqués. A ce qui nous plaît tant dans le pays – et à ce qui nous y plaît moins. Avec un peu de recul, on peut aussi tenter de donner quelques conseils à ceux qui viendront après nous; c’est ce que j’ai tenté de faire avec mes séries sur les transports et les finances.

Ce blog touche peu à peu à sa fin; j’ai encore énormément de choses à vous raconter, mais le temps m’est dorénavant compté. Il ne me reste plus que quelques jours à vivre au Japon, et à vous plus que quelques articles à lire.

Essayons donc tous de profiter de ce qu’il nous reste.

Perdu de recherche

15/07/2010

Le fait de gérer un blog dote son auteur de plusieurs superpouvoirs. L’un des plus marrants d’entre eux est de connaître ce que les gens ont tapé dans les moteurs de recherche avant de cliquer sur un lien qui les a menés à ce blog. Voici donc ce que les gens cherchent sur Internet – et ce qu’ils croient pouvoir trouver chez moi:

doit on être tout nu dans les onsen au j – Oui, on le doit. A vous de voir si la perspective vous effraie ou vous enthousiasme.

route & virage – Je sais que je suis souvent sur la route, mais là ça vire au ridicule.

code barre gratuitTenez.

photo des vrai personnage de disnez – Moi aussi j’ai beaucoup de peine de passer d’un QWERTZ à un AZERTY.

pailles gustatives – En voilà un concept intéressant.

rectum fille japonaise – Je ne sais pas ce qui est le plus dérangeant: le fait que des gens font ce genre de recherches ou le fait qu’elles les amènent sur mon blog.

« je m’ennuie » japonais traduction – つまらない・・・・・・ (-_-)

différence entre jr pass 2ème et 1er cla – Eh bien, le JR Pass 2ème classe permet de voyager en deuxième classe. Le JR Pass 1ère classe, par contre, permet d’accéder – surprise! – à la première classe. De rien.

étalage de pasteques – Faudrait quand même pas étaler n’importe quoi n’importe où.

un match de rugby à la nouvelle zélande – Tant que ce n’est pas un match de rugby à la provençale, on est saufs.

difficile apprendre kanji – Je ne vous le fais pas dire.

cerveau alien – J’aimerais bien en voir un moi-même.

kanji avec trois carres – Il s’agit du kanji 品 qui peut se prononcer « shina », « hin » ou « hon » et qui veut dire « biens » (comme dans « biens de consommation ») ou encore « raffinement ».

tableau bucolique – J’en accrocherais bien un chez moi.

dessin moitier fille moitier garcon – Moi aussi je regardais Ranma 1/2 quand j’étais petit.

tunnel de bambou fait par le panda – Quel panda industrieux.

les diverses mnémotechnique pour constru – Hélas, je ne connais aucune mnémotechnique pour constru. En échange, je peux toutefois en offrir une pour retenir la taxonomie des êtres vivants (vous savez, la classification Règne – Embranchement – Classe – Ordre – Famille – Genre – Espèce; par exemple, les pingouins font partie de classe des oiseaux, de l’ordre des charadriiformes et de la famille des alcidés, à ne pas confondre avec les manchots faisant eux partie de l’ordre des sphenisciformes et de la famille des sphénicidés). En anglais, cela donne Kingdom – Phylum – Class – Order – Family – Genus – Species, que l’on abrège par KPCOFGS, acronyme se retenant facilement grâce à la phrase « Keep Penis Clean Or Forget Good Sex ». Voilà, vous aurez appris quelque chose aujourd’hui.

soleil couchant au japonVoici.

se deplacer pas cher au japon – C’est impossible.

des choses à faire en poterie ou en pâte – Ou en Play-Doh tant qu’on y est.

commentaire sure la voiture télécommandé – Pas de commentaire.

tintin james bond – En voilà un crossover intéressant. Dans le genre, il y aurait aussi Gaston Lagaffe/Chuck Norris.

pas de vaches à okinawa – Si si, il y en a, regardez.

Et enfin, pour parachever le tout:

livret de famille norvégien – Pourquoi, au nom du Seigneur, cette personne a-t-elle atterri ici?!

Ah, la magie d’Internet. En tout cas, j’espère que tous ces gens n’ont pas cliqué sur les pages de mon blog en vain.

Fantaisie Héroïque (le retour)

05/07/2010

Aujourd’hui, je suis très content: mon inestimable ancien professeur d’arts visuels a réussi à extraire du néant de l’oubli le fameux projet de cours dont je vous avais parlé dans l’article consacré à la chanteuse Juliette – une petit clip reprenant les premiers couplets de sa chanson Fantaisie Héroïque.

Après un PowerPoint de 2002, c’est donc un Flash de 2005 que je vous propose de regarder aujourd’hui. J’espère que vous apprécierez tout ce qui fait le charme de cette vidéo: la finesse du trait, l’élaboration des modèles 3D, la qualité cristalline du son.

Enjoy:

Décidément, retourner ses vieilles archives a du bon.

Acius

01/06/2010

Aujourd’hui, ce n’est pas un billet de blog ordinaire que je soumets à votre attention, mais carrément une courte nouvelle. Cela dit – et en dépit de ce que l’on pourrait croire au premier abord – elle n’est pas sans rapport avec mes tribulations japonaises, bien au contraire. Malheureusement, je crois que, à moins d’avoir passé quelque temps au pays du soleil levant (ou alors avoir été un lecteur vraiment, vraiment attentif de mon blog) son sens caché risque de vous échapper. Qu’importe: j’ai tenté de faire en sorte qu’elle puisse aussi se lire comme une petite histoire de fantasy à part entière. Dans tous les cas, j’espère que vous aurez autant de plaisir à la lire que je n’ai eu à l’écrire.

Acius

1.

Les deux magiciens – celui de l’Est et celui du Nord – avançaient lentement à travers la plaine désolée. Leurs capes presque identiques, recouvertes d’entrelacs blancs et noirs, étaient battues par un vent impitoyable charriant des particules de poussière magmatique aussi coupantes que du verre.

Le magicien de l’Est paraissait beaucoup plus âgé que l’autre. Pourtant, ses mouvements étaient toujours vifs et alertes, son dos droit. Cela faisait trois jours que les deux mages s’étaient mis en route sans se reposer ni manger. Une fois toutes les six heures, le plus jeune des magiciens sortait une gourde des plis de sa robe et la tendait respectueusement à son compagnon avant de s’abreuver à son tour. Aux gestes révérencieux du magicien de Nord, à la ressemblance de leurs capes, au sentiment de complicité qui émanait des deux hommes n’importe quel manipulateur des arcanes aurait pu immédiatement conclure qu’il s’agissait d’un maître et de son disciple.

Pour le moment, toutefois, il n’y avait personne pour faire une telle observation. Ils étaient seuls.

« Nous sommes presque arrivés, dit le magicien de l’Est en ralentissant soudainement le pas et en se touchant brièvement les tempes comme s’il était saisi d’un mal de tête brusque. Nous nous trouvons sur son territoire à présent, je le sens.

— Allez-vous essayer de le surprendre, maître?

— Cela ne servirait à rien. Il sait que nous venons.

— Pensez-vous donc que la confrontation est inévitable?

— Je le crains, oui. Comme tant d’autres avant lui, il est tombé dans le piège de l’enivrement du pouvoir que la magie peut procurer. A présent, il doit être arrêté.

— Comme vos autres disciples, maître? » demanda le magicien du Nord en ralentissant le pas à son tour.

Le magicien de l’Est se tourna vers lui et une ombre passa sur son visage ridé.

« Oui. Comme les autres. Reposons-nous ici, à présent. Nous aurons besoin de toutes nos forces demain.»

2.

Un ciel parsemé d’une multitude d’étoiles s’étendait au-delà de la plaine dorénavant sombre. Le seul point éclairé à des lieues à la ronde était le feu de camp des deux voyageurs. Après avoir conjuré – et dégusté – un poulet accompagné de quelques noisettes et d’un peu de pastèque, les deux mages étaient plongés, une fois de plus depuis leur départ, dans une discussion concernant les origines et le devenir de la magie dans leur monde.

« Tu dois comprendre, mon disciple, soupira le magicien de l’Est, que notre art est à la fois source de grandes joies et de grandes peines. Nous pouvons rendre ce monde meilleur aussi facilement que nous pouvons le détruire. C’est pour cela qu’un équilibre est nécessaire.

— Un équilibre des forces entre les magiciens, vous voulez dire? C’est pour cette raison que vous avez initié tant de disciples durant votre vie?

— Oui, c’est exact. Vois-tu, la pierre d’Onys – celle qui nous donne à tous nos pouvoirs – est unique. Sa puissance, dont nous ne sommes que les agents, grandit avec le temps, mais très graduellement. Par conséquent, nos capacités se trouvent diluées à chaque fois qu’un autre initié rejoint nos rangs.

— N’est-ce pas une mauvaise chose, maître?

— Non, au contraire. Moins chacun d’entre nous est puissant individuellement, moins il y a de chances qu’une catastrophe se produise. C’est pour cette raison que j’ai tenté d’enseigner l’art de la manipulation des arcanes à de nombreux disciples. Malheureusement, j’ai peut-être été trop… optimiste concernant la nature humaine. Vois-tu, à l’origine nos pouvoirs ne nous ont été confiés que pour servir les intérêts des mortels ordinaires. Mais voilà, de nombreux mages nouvellement initiés se sont rapidement rendus compte que leur puissance pouvait tout aussi efficacement être utilisé pour leur propre compte – et que la croissance naturelle du pouvoir de la pierre d’Onys est bien trop lente pour les satisfaire. Alors… »

Il s’interrompit et déglutit péniblement. De toute évidence, cette conversation était très difficile pour lui.

« Alors ils cherchèrent à éliminer les autres magiciens, car à la mort de chacun d’entre eux son pouvoir se répartissait également entre tous ceux qui lui survivaient, acheva le magicien du Nord.

— Oui. Et il faut absolument empêcher qu’il n’en reste qu’un, soupira son maître et ses paroles sonnèrent comme un écho déformé au milieu d’une plaine où rien, pourtant, ne semblait pouvoir réfléchir le son. Moi qui pensais rendre ce monde plus sûr en formant mes disciples, me voici à présent contraint de parcourir le monde pour les empêcher de nuire.

— Combien déjà, maître? Cinq?

— Oui, cinq. A présent, il ne reste plus que trois des nôtres dans ce monde – toi, moi, et celui de l’Ouest. J’espérais qu’il entendrait raison. De toute évidence, je me trompais.

— Qu’avez-vous fait à vos autres disciples, maître? Jusqu’à présent, je n’ai jamais pu vous accompagner lors de vos… voyages; pourtant, je sens bien que mon pouvoir n’a jamais brusquement augmenté après votre retour. Vous ne les tuez donc pas.

— Évidemment que non. Ce sont mes disciples, après tout.

— Auriez-vous trouvé un moyen de briser ce cycle?

— Il se peut. Mais je ne peux toujours pas te révéler ce moyen. Tu es jeune, les tentations sont immenses. Je ne peux pas prendre le risque… je ne peux pas prendre le risque que tu décides de me trahir. Si je tombe et que personne ne prend ma relève… ce monde court à sa perte.

— Pourquoi, maître? s’écria le magicien du Nord d’un ton indigné. N’ai-je pas toujours été le plus fidèle de vos élèves? N’ai-je pas mérité le droit d’avoir votre confiance? Pourquoi, après toutes ces années, me prendre enfin avec vous dans ce périple si ce n’est parce que vous savez que je resterai toujours digne de la foi que vous placez en moi? »

Le vieux magicien sembla confus.

« Pardonne-moi, répondit-il après une hésitation. L’âge assombrit peut-être mon jugement. Si je t’ai pris avec moi, c’est en effet parce que je crois en toi… mais aussi parce que j’ai peur de ne pas avoir assez de forces pour affronter le magicien de l’Ouest. C’est le plus fort de mes élèves – bien plus fort que toi, même, mais bien moins sage aussi. Demain, nous l’affronterons, et tu sauras – et verras – alors tout. En attendant, excuse-moi pour ma méfiance; c’est celle d’un vieux fatigué. J’ai foi en toi. Accepte ceci en gage de mes paroles. »

Ce disant, il détacha un médaillon qui pendait à son coup et le tendit à son disciple.

« Qu’est-ce, maître? demanda le magicien du Nord.

— Un artefact magique puissant. On l’appelle le Pendentif de Gratitude. Il crée un lien unique entre celui qui le donne et celui qui l’accepte. Tant que tu l’as en ta possession, tu pourras, à tout moment, me prendre autant d’énergie vitale que tu le désires pour soigner tes blessures. Le combat de demain sera rude, tu pourrais en avoir besoin. Je suis bien plus fort que toi; si le besoin se fait vraiment sentir, utilise-le. Toutefois, essaie de ne pas en abuser. Ma vie est littéralement entre tes mains, à présent. »

Le disciple accepta le médaillon d’une main tremblante et l’accrocha autour de son cou. Puis il regarda son maître avec un sourire.

« Merci, maître. Dormons, à présent. Demain sera une journée difficile. »

3.

Les pas des deux magiciens résonnaient sur le marbre de l’immense hall d’entrée de la demeure du magicien de l’Ouest. Ce dernier était assis sur un siège – ou plutôt un trône – situé à l’autre extrémité du hall. Il était évident qu’il attendait de la visite.

« Bienvenue, maître. Bienvenue, frère, salua-t-il en se levant et en esquissant une courbette galante. Que me vaut l’honneur de votre présence?

— Tu sais pourquoi nous sommes là, disciple, rétorqua sévèrement le magicien de l’Est. Tes plans ne m’ont pas échappé. Tu es démasqué. Abandonne tes machinations avant qu’il ne soit trop tard.

— Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, répondit son vis-à-vis avec un sourire plaisant.

— Faquin! s’écria le magicien du Nord, excédé. Ta traîtrise se répand jusque dans les couleurs que tu portes! Ce ne sont pas celles du maître!

— Ah, ceci? lui demanda son confrère en jetant un regard distrait sur sa robe, bleue et orange. Simple fantaisie, vois-tu. Je ne veux qu’apporter un peu d’originalité dans votre monde si désespérément noir et blanc. Mais au fait… peut-être voulez-vous me suivre? Après tout, pourquoi ne pas essayer autre chose? Voulez-vous y aller… avec moi? »

A fur et à mesure qu’il parlait, le jeune magicien du Nord sentit sa voix l’envelopper. Il lui sembla même qui la dernière phrase était pourvue d’un rythme particulier, presque d’une rime, alors qu’il savait bien que ce n’était pas le cas. Apparemment, sans qu’il ne s’en rende compte, l’affrontement avait déjà commencé.

« Trève de plaisanteries. » Le vieux magicien avait pris la parole et le charme se dissipa instantanément. « Je sais ce que tu complotes; je sais quelles sont tes intentions. Tu comptes utiliser ton don pour ton profit exclusif. Pire: tu comptes l’utiliser pour s’accaparer le dû des autres. Je suis venu ici pour te convaincre d’abandonner… ou pour t’arrêter moi-même.

— Soit » répliqua sèchement le mage à la robe orange et bleue. Son sourire resta plaisant mais la lueur entraînante dans son regard s’éteignit comme une flamme que l’on couvre. Ses yeux étaient à présent aussi vides que ceux d’un poisson. « Alors, commençons, voulez-vous? »

Sur ce, il claqua les doigts et se transforma.

Sa taille a instantanément doublé, puis triplé. L’instant d’après, il était aussi haut qu’un moulin à blé. Sa cape sembla se fondre sur sa peau – devenue pelage – en la coloriant de bleu; sa bouche s’allongea pour devenir une espèce de bec aplati de teint orangé; une queue apparue de nulle part, elle aussi bleue avec une pointe orange, balaya vigoureusement le sol derrière lui. Ses chaussures éclatèrent, ne pouvant contenir ses pattes dorénavant longues d’un mètre et pourvues de membranes entre les doigts; ses mains se transformèrent en griffes.

Le monstre leva la tête et le hall fut secoué d’un grondement puissant. Puis, il ouvrit sa gueule encore plus largement et une lumière rouge et orange – ainsi qu’une bouffée de chaleur intense – en jaillit.

« Tiens-toi prêt » souffla le magicien de l’Est à son disciple.

Le monstre se pencha en avant et éructa une boule de feu en direction des deux mages. D’un mouvement concerté, le plus vieux d’entre eux fit un pas en arrière alors que le plus jeune se mit devant lui et tendit une main en avant en prononçant une incantation venue du fin fond de l’île nordique où il avait élu résidence. Incantation qu’il avait un peu modifiée à sa façon; après tout, il n’était pas disciple du magicien de l’Est pour rien.

« Oroppas ihasa nirik! » cria-t-il et un mur de minuscules cristaux de glace dansants, poussés par une bourrasque de vent surgie de nulle part, vint soudain se dresser devant lui. La boule de feu percuta cette barrière impromptue et se dissipa en un millier de petits tourbillons de flammes, qui se mélangèrent aux cristaux, s’éteignirent et échouèrent par terre dans un torrent d’eau.

« Pas mal, approuva son maître en souriant, même si je n’apprécie pas toujours les mélanges. »

Le monstre qui était il y a encore quelques instants le magicien de l’Ouest grogna et donna un grand coup de patte que le mage venu du Nord esquiva adroitement. La créature poussa un cri de déception et reporta ses yeux, devenus deux fentes quasi horizontales, sur son ancien maître.

Le magicien de l’Est commença à décrire avec sa main un mouvement circulaire devant lui et une lumière émeraude écarlate vint illuminer la pièce – un petit soleil vert placé à mi-chemin entre le magicien et la créature. L’orbe commença à se déplacer rapidement autour du monstre en laissant derrière soi une trainée verdâtre parsemée à intervalles réguliers de grandes perles blanches lumineuses. En quelques secondes, le magicien de l’Ouest se retrouva emprisonné dans un cercle. Il essaya de faire un pas vers son ancien maître mais fut violemment projeté en arrière par une force invisible. En poussant un hurlement, le monstre donna un grand coup de queue dans le cercle. Celui-ci ne bougea pas mais l’une des perles – il y en avait vingt-neuf en tout – éclata.

« Quel est se sortilège? demanda le disciple, ébahi.

– On l’appelle la Ligne de la Main de la Montagne, répondit le maître. Elle l’encerclera comme un étau géant tant qu’il n’aura pas brisé les vingt-neuf protections. Dépêche-toi; nous devons l’immobiliser complètement avant qu’il ne s’échappe du périmètre. Je pourrai alors le mettre définitivement hors d’état de nuire. »

Au moment où il a fini de prononcer cette phrase, le monstre poussa un grondement assourdissant et planta les deux griffes dans le sol qui trembla. Pendant un instant rien d’autre ne se passa.

Puis, quelque part au niveau du plafond, d’énormes cylindres métalliques commencèrent à se matérialiser et à tomber sur le sol. Le premier toucha le sol à quelques mètres seulement dès deux mages et explosa en une projection de liquide couleur de terre, mousseux, et extrêmement corrosif. Le magicien de l’Est eût à peine le temps de prononcer une incantation défensive qui recouvrit les deux compagnons juste avant que les autres cylindres n’explosèrent à leur tour et que des vagues nauséabondes ne submergèrent la petite parcelle de terrain dorénavant protégée. Le sol autour d’eux devint instantanément noir, rongé par l’acide à la puissance incommensurable. Des projections atteignirent six orbes blancs qui explosèrent de concert.

Le bec orange du monstre se tordit en une espèce de sourire. D’un coup de griffes, il explosa trois autres orbes.

« Il ne peut pas sortit, mais il peut toujours nous gêner, haleta le maître. Il nous faut une diversion.

— Compris » souffla le disciple et, sans un mot de plus, se lança en direction du monstre en passant sous la barrière émeraude.

La créature bleue l’attendait; pendant un court instant, son ventre déjà énorme se gonfla davantage puis elle éructa une nouvelle boule de feu.

Le magicien s’arrêta devant l’inferno de flammes qui fonçait sur lui et étendit ses bras. Sa cape – qui flottait librement il y a quelques instants – se colla soudain à ses bras et à ses jambes et se rigidifia pour former une espèce d’aile planante de fortune qui se tendit immédiatement sous l’effet du torrent d’air chaud que la boule de feu charriait devant elle. Le magicien du Nord fit un bond et laissa le courant le porter jusqu’au plafond en esquivant le jet de flammes qui détruit toutes les orbes restantes sur la ligne verte sauf deux.

Le monstre le regarda d’un air perplexe.

Le disciple sourit et – tout en restant en l’air – prononça une nouvelle formule magique. Il sentit ses lèvres gercer de froid alors qu’il achevait la dernière phrase et vit de petits poignards de glace se cristalliser dans un nuage formé autour de lui. D’un effort de sa volonté, il leur indiqua le monstre et une pluie de lames tranchantes s’abattit sur la créature. Toutefois, la plupart rebondirent sur son pelage bleu; l’une d’entre elles parvint à lui érafler le bec mais la blessure se referma instantanément.

Avec une agilité surprenante, le monstre fit un bond en l’air et attrapa le magicien, toujours en plein vol, par une jambe. Le disciple hurla alors que le monstre fit deux tours sur lui-même et l’envoya virevolter en direction des deux orbes restants, placés côte à côte. Lorsque le corps du magicien les traversa, il ressentit une douleur exquise à travers tout son corps durant un moment qui sembla durer une éternité. Puis, le monde entier vola en éclats, la ligne verte disparut et le magicien du Nord atterrit dans un coin de la salle, presque mort.

Dans un dernier élan, il saisit le Pendentif de Gratitude autour de son cou et le serra. Du coin de l’oeil, il vit son maître trembler et tomber à genoux alors qu’une partie de sa force vitale lui fut enlevée pour sauver la vie à son disciple. Il lâcha le pendentif aussitôt qu’il comprit qu’il n’était plus en danger mort immédiat; son maître, à présent en première ligne, avait besoin de toutes ses forces.

4.

La figure titanesque du monstre se dressait au-dessus de celle du vieux magicien tombé à genoux. Le bec de la créature se courba dans un rictus lorsqu’il leva une patte griffue pour porter le coup de grâce.

Le magicien de l’Est leva la tête et regarda son ancien disciple droit dans les yeux. Il avait eu le temps de finir d’élaborer son sort.

« C’est fini » dit-il simplement et ses globes oculaires s’illuminèrent soudain d’une lumière d’un autre monde. Le monstre, aveuglé, chancela en arrière. Son monde n’était plus que ténèbres dans lequel le spectre rémanent des yeux du vieux magicien flottait comme un double avertissement. Autour de lui, des lignes de forces multicolores commencèrent à se tisser, suspendues dans l’air comme un tableau majestueux. Un fil bleu traversa la salle d’est en ouest; un autre, jaune, du sud au nord. Il y en eût encore un rouge, et un violet, et un gris, et une dizaine d’autres. La créature essaya de se débattre mais chacun de ses mouvements ne faisait que l’empêtrer davantage.

« C’est extraordinaire, prononça rêveusement le disciple qui venait de se relever avec difficulté et était venu se placer aux côtés de son maître. C’est la fameuse incantation du Labyrinthe Souterrain, n’est-il pas?

— Oui. Il ne s’en sortira pas avant une bonne heure, à présent, répondit le maître. Largement le temps de faire ce que nous avons à faire.

— Je suis navré d’avoir eu à utiliser le pendentif, maître. Il avait failli me tuer.

— Ce n’est rien. Tu as bien fait. Il est à présent temps d’en finir. »

Le vieux magicien vint se placer droit devant la créature toujours enchevêtrée et prononça une incantation à première vue plutôt simple – trois mots qui résonnèrent dans le hall immense comme trois coups de gong.

« Ai-shi kaado tacchi! » cria-t-il en serrant ses mains ensemble.

La demeure du magicien de l’Ouest fut parcourue d’une secousse comme si des plans entiers de la réalité commencèrent à se chevaucher dans un gigantesque tremblement de réalité. Derrière la créature, à quelques mètres du sol, une brèche verticale – le disciple ne saurait dire dans quoi cette brèche ait été ouverte, mais il était sûr que c’en était bien une – s’ouvrit soudain.

Elle avait la forme d’un ovale d’un bleu éclatant, bien plus brillant que celui du pelage de la bête dans laquelle le magicien de l’Ouest s’était transformé. En son milieu se trouvait une inscription dans un langage que le disciple ignorait; quatre files de symboles partaient depuis l’inscription vers les bords de l’ovale dans une symétrie parfaite.

Mû par une force inexpliquée, le corps dorénavant inerte du monstre se souleva et vint se plaquer contre l’ovale étincelante. Les liens multicolores qui l’entouraient se rompirent les uns après les autres en émettant des sons mélodieux. Lorsque le corps de la créature toucha la surface bleue, celle-ci devint si éclatante que le disciple dût fermer les yeux pendant un instant. Quand il les ouvrit, il songea que le pelage du corps de la bête avait l’air infiniment moins coloré que l’ovale sur lequel il était dorénavant étendu à la verticale.

La vérité était que son corps devenait effectivement de moins en moins coloré.

C’était comme si l’ovale aspirait les couleurs du magicien de l’Ouest, son essence, son contenu; à chaque seconde qui passait, son corps semblait de plus en plus pâle et gris. Le disciple ne pouvait enlever les yeux de se spectacle à la fois terrifiant et fascinant.

L’ovale disparut aussi soudainement qu’elle était apparue en ne laissant derrière lui que le corps de la créature, gris et sans vie, flottant au-dessus du sol. Le magicien du Nord se rendit soudain compte que ce n’était même plus un corps à proprement parler, mais plutôt une espèce de sculpture de cendres. Au moment où le disciple réalisa cela, la gravité reprit enfin ses droits et la réplique perdit son apparence en s’effondrant sur le sol en un tas informe.

« C’est… c’est tout ce qui reste de lui? Un tas de cendres? demanda le magicien du Nord d’une voix chancelante.

— Pas exactement, lui répondit son maître. Regarde. »

Sur ce, le vieux magicien s’avança vers la cendre éparpillée sur le sol et, avant que son disciple n’ait eu le temps de protester, y plongea son bras. Il fouilla quelques instants à l’aveugle, avant de retirer sa main qui tenait dorénavant quelque chose.

Une fine lamelle rectangulaire, pas plus grande qu’une paume, dans un matériau que le disciple n’avait jamais vu jusqu’à présent, recouverte de sigles mystérieux. Sur l’un des côtés, il y aperçut une petite gravure de la créature qu’ils venaient d’affronter.

« Qu’est-ce que c’est? demanda-t-il, ébahi.

— Son âme, sourit le maître. »

5.

« Alors, il n’est pas mort? demanda le disciple.

— Pas exactement. Son essence vit à l’intérieur de ce réceptacle, débarrassée de ses peurs, de ses craintes et de ses ambitions démesurées. Ainsi, nous pourrons peut-être mettre sa force à profit pour servir enfin l’humanité entière, comme cela avait été écrit.

— Cet objet… on dirait une carte à jouer.

— Oui, un peu.

— Et les autres? Les autres disciples, je veux dire? Ont-ils subi le même sort?

— Oui. Tous les magiciens sont à présent dans ces… cartes, comme tu les appelles.

— Tous sauf… nous deux, maître?

— Je vois que tu comprends vite » soupira le vieux magicien.

Il tourna le dos à son disciple, comme s’il avait de la honte à dire ce qui allait suivre.

« Vois-tu, à l’origine il fût décrété que le pouvoir de la pierre d’Onys allait se transmettre par le biais d’humains dotés de pouvoirs extraordinaires. Malheureusement, il est à présent évident que cela était un mauvais calcul. Un pouvoir aussi important accordé à quelques rares élus ne pouvait que les corrompre. Il est à présent temps de tout remettre à zéro.

— Comment, maître?

— Tu l’as déjà compris, mon disciple. Nous devons nous infliger le même sort que nous venons de faire subir à ce pauvre magicien de l’Ouest. Pour que cela marche, nous devons le faire simultanément, l’un à l’autre. Tu comprends à présent pourquoi j’ai insisté pour que tu viennes.

— Il ne restera alors plus de magiciens du tout?

— Non, plus aucun; seules subsisteront nos essences enfermées dans ces cartes. Mais, comme la nature ne tolère pas le vide et que tout déséquilibre ne résulte au final que dans un nouvel équilibre, la nature de la magie sur ce plan d’existence changera alors instantanément; elle ne passera plus par nous, les hommes mortels et faillibles, mais par ces cartes. Nos essences seront alors toutes simultanément libérées, et nous pourrons enfin continuer notre voyage, au-delà de ce monde-ci; nous ne laisserons derrière nous que ces artefacts.

— Mais qui guidera alors les hommes?

— Peut-être n’ont-ils pas besoin d’être guidés. Et puis, nous pourrons toujours laisser derrière nous quelques indices… des pistes pour les plus sages d’entre eux. Regarde la gravure sur cette carte – ce monstre n’a plus l’air si intimidant une fois qu’il est devenu aussi petit. Peut-être pourra-t-il servir de conseiller, de gardien temporaire avant que les hommes ne s’accoutument à leur nouvelle destinée… et à leur liberté.

— Donc, si je résume bien, prononça le disciple d’une voix détachée, vous nous proposez d’abandonner nos pouvoirs, de laisser la magie dans ce monde-ci et de nous en aller en ne laissant derrière nous que ces… totems?

— C’est cela. » répondit le vieux magicien, toujours le dos tourné à son ancien élève. Il savait dorénavant ce qui allait arriver et ferma les yeux.

Lorsqu’une lame de glace conjurée dans un tourbillon de flocons de neige lui frappa le dos et le traversa de part en part, il ne ressentit aucune douleur physique; mais le sentiment de déception amère qu’il éprouva alors le fit souffrir bien davantage qu’aucune épée ne le pût.

La lame disparut aussi instantanément qu’elle ne fut créée, en ne laissant derrière elle qu’une blessure mortelle. Le maître tomba à genoux mais son dos resta droit. Une fine traînée de sang fila de la commissure de ses lèvres jusqu’au menton.

Le magicien du Nord fit lentement le tour de son ancien précepteur et ami et le dévisagea.

« Je suis navré, maître Acius. Vous n’auriez pas dû me faire confiance après tout. Vous aviez raison: le pouvoir n’est pas quelque chose que l’on abandonne facilement.

— Vas-tu m’achever, à présent? demanda tristement le maître d’une voix presque inaudible.

— Je le pourrais… mais je ne le ferai pas, en signe de reconnaissance. Je pense plutôt que je vais vous enfermer dans l’une de vos petites cartes. Le sort ne doit pas être trop difficile à reproduire, d’autant plus que je vous ai bien observé tout à l’heure. Et après… oh, je crois que je trouverai à m’occuper. Pensez-vous, tout un monde rien qu’à moi. Qu’en dites-vous? »

Le magicien de l’Est ne répondit rien.

« Très bien, hocha des épaules le magicien du Nord. Ne bougez pas – même si, avec ce genre de blessure, vous ne le pourriez de toute façon pas vraiment. Encore une fois, je suis navré, mais… Voilà. Adieu. Ai-shi kaado tacchi!»

Le vieux magicien sentit ses pieds se décoller du sol, puis son dos se plaquer sur une plaque brillante qui ne venait pas de ce monde. Son disciple le regardait avec un sourire à moitié désolé et à moitié amusé. Le pendentif sur son cou brillait dans la lumière bleue surnaturelle.

Il y avait une dernière chose importante que le magicien de l’Est avait à dire avant de sombrer. Il rassembla ainsi toutes ses forces et parla:

« Je… je ne savais pas si je pouvais avoir confiance en toi.

— Pardon, maître? demanda le disciple, visiblement surpris.

— Je ne savais pas si je pouvais avoir confiance en toi, alors j’ai pris une précaution. Un filet de sécurité, si tu désires. Ton pendentif. »

Le visage du magicien du Nord changea. Il porta brusquement sa main à son cou pour arracher le collier, mais sa main se bloqua à mi-parcours lorsque son corps fut traversé d’une secousse soudaine.

Lentement, le disciple baissa sa tête et vit la pointe d’une épée de glace sortir de son ventre. Le tissu de son manteau autour était rouge. Il essaya machinalement de toucher l’arme lorsque la lame se dissipa en un tourbillon glacial.

« Le Pendentif de Gratitude crée deux liens entre celui qui le donne et celui qui l’accepte, continua le maître en sentant son être aspiré vers l’infini bleuté derrière lui. Tu connais déjà le premier: le receveur peut prélever à tout moment une quantité arbitraire d’énergie vitale sur le donneur. Mais tu ne connais pas le second: toute tentative du receveur de causer volontairement du tort au donneur se retournera à l’identique contre lui, avec un décalage d’environ une minute. Tu viens d’utiliser deux sortilèges sur moi; je crois que tu viens de ressentir le contrecoup du premier.»

Le disciple regarda son maître avec horreur. Il allait dire quelque chose lorsqu’il sentit une deuxième brèche d’un bleu irradiant s’ouvrir juste derrière son dos.

« Adieu, souffla le maître avant de disparaître. Peut-être nous reverrons-nous ailleurs. »

Le magicien de l’Est, devenu poussière, s’effondra par terre alors que celui du Nord, se débattant faiblement, fut arraché au sol et plaqué à la verticale sur l’ovale éclatante. Dans quelques instants, tout s’acheva pour lui également.

Dans la grande salle vide, envahie peu à peu par le vent levant d’une ère nouvelle, il resta trois tas de cendres sur le dallage, ainsi que des cartes éparpillées. Les bouffées d’air se chargèrent de nettoyer, petit à petit, les lieux des particules de cendre. Les étranges lamelles rectangulaires, plus lourdes qu’elles ne le semblaient à premier abord, ne bougèrent pas.

Et ainsi, au bout de quelques jours, il ne resta plus que les cartes.

200

27/04/2010

Comme promis, nous voici réunis au 200ème billet de ce blog. Oui, déjà. Le chemin parcouru depuis le 100ème billet a été long et – comme souvent au Japon – agréable; posons-nous donc un instant pour voir comment il s’est déroulé.

Lorsque vous faites vos premiers pas dans un pays étranger, et à fortiori aussi étranger que le Japon, toute action visant à parvenir à un résultat est déjà un résultat. Visiter un temple, aller en cours, lire un livre – vous pensez à ce genre de choses comme à des objectifs, mais il est fort probable que le gros de vos efforts et de vos émotions soit concentré sur des tâches à priori banales comme prendre le métro pour voir le temple, parcourir un campus inconnu pour trouver la salle de classe ou de tenter de s’expliquer avec le libraire pour obtenir le livre en question.

Au fil des mois, ce sentiment de découverte perpétuelle s’estompe. Si on veut manger, on sait où aller; si on doit prendre le train, on ne jette plus qu’un regard furtif sur le plan pour connaître la direction à prendre; s’il nous faut acheter un billet… on ne le fait pas: il y a la Suica pour ça. Le cours de la vie se banalise, on prend des habitudes.

C’est inévitable. Est-ce bien? Non et oui. Non, car vivre en overdrive chaque minute éveillée, découvrir un nouveau lieu ou deux par jour, apprivoiser un environnement à la fois familier et étrange est une expérience exhilarante que je recommanderais à chacun d’entreprendre au moins une fois dans sa vie. Oui, car c’est impossible de vivre ainsi toujours. Et surtout, une fois que commencer à faire les choses devient de plus en plus simple… on en fait de plus en plus.

Il y a 100 billets, je vous ai promis du voyage et je peux dire maintenant que je vous ai pas menti. Tout d’abord, j’ai continué à vous montrer des coins sympathiques de Tokyo comme le sanctuaire Yasukuni, celui d’en bas de chez moi ou la Mori Tower, mais c’est bien sûr vers des horizons plus lointains que mon coeur – et mes pieds – se sont tournés. Des vacances de printemps de deux mois – durant lesquels je ne suis jamais resté dans la capitale plus de trois jours d’affilée – c’est largement assez pour devenir un habitué autant du Shinkansen que du Narita Express. Et puis, il y a aussi les escapades des week-ends…

Durant les quatre mois qui ont suivi la publication du premier article récapitulatif, « 100 », j’ai ainsi rédigé pas mal d’articles concernant mes voyages. Sur l’île principale de l’archipel, il y a eu ainsi Yokohama et son bâtiment Nissan; Nagoya et ses usines Toyota; Hakone et son musée en plein air; le mont Mitake et ses temples; Kurashiki et son festival du Nouvel-An; Matsushima et ses îles; Kawagoe et sa vieille-ville; Osaka et sa carte Icoca son château; Hiroshima et ses illuminations; et Miyajima et ses biches. Mais j’ai aussi publié une série de billets concernant la grande île du nord du Japon, Hokkaido, ainsi que le petit archipel du Sud, Okinawa. Enfin, j’ai profité du fait d’être au Japon pour visiter d’autres pays, un peu moins inaccessibles depuis ici: il s’agit de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de la Chine.

Sinon, le temps a continué à s’écouler. Mes parents sont venus me rendre visite et j’ai fêté Noël avec eux. Le premier semestre s’est achevé et c’est avec tristesse que j’ai dit au revoir à ma classe de japonais (1Q). J’ai vu Avatar et j’ai lu The Lost Symbol; je me suis battu contre des examens et contre l’électricité statique accumulée dans ma couverture.

Tout au long de ceci, j’ai bien évidemment continué à vous faire partager mes gouts musicaux, mes petits émerveillements du quotidien, mon humour douteux et – depuis quelque temps – mes bandes dessinées. Du point de vue plus pratique, j’ai crée un billet récapitulant les premières démarches à faire pour un élève en échange, en espérant que ces informations seront utiles à quelqu’un.

A présent, je suis sur la dernière ligne droite. Il reste douze semaines. Trois mois, voilà un temps qui peut paraître long, mais qui est terriblement court quand il reste encore tant à faire.

Je vais tâcher de faire en sorte de ne pas regretter de n’avoir su tirer profit de ce temps. « Fais ce que tu dois et advienne que pourra ».

A bientôt!

The Lost Symbol

09/01/2010

L’Histoire est un éternel recommencement. C’est particulièrement vrai pour l’histoire de la culture. Depuis toujours, les différents créateurs et médias se sont inspirés les uns des autres pour créer des suites, des adaptations, des remakes, ou simplement des oeuvres à premier abord totalement indépendantes mais qui ont un étrange air de ressemblance quand on les regarde de plus près. Et c’est encore plus intéressant lorsque ce serpent finit par se mordre la queue.

Considérez, par exemple, ceci:

– En 1887, Sir Arthur Conan Doyle crée le personnage de Sherlock Holmes, un génie misanthrope avec une addiction aux drogues, un talent musical et un ami appelé Watson. De nouvelle en nouvelle, Holmes résout des énigmes extrêmement compliqueés grâce à son talent d’observation.

– En 2004, David Shore crée le personnage de Gregory House, un génie misanthrope avec une addiction aux drogues, un talent musical et un ami appelé Wilson. De série en série, House résout des énigmes extrêmement compliqueés grâce à son talent d’observation.

– En 2009, Guy Ritchie crée une adaptation filmée de Sherlock Holmes où Robert Downey Jr., qui interprète le rôle prncipal, parle, sourit et se comporte exactement comme Hugh Laurie dans House M.D. (comparez la photo promotionnelle de House et le poster de Holmes – un copier-coller n’aurait pas produit de plus grande similitude) Ironique, non?

Allez, une autre:

– En 1999, les frères Wachowski transposent sur la pellicule l’expérience que peut éprouver un joueur dans un jeu vidéo et créent Matrix – un mélange détonnant d’anime, de films de John Woo, de philosophie orientale et d’effets spéciaux révolutionnaires. L’industrie cinématographique est bouleversée et, de nos jours, plus aucun blockbuster ne se passe d’explosions au ralenti et de bullet time.

– En 2001, les studios Remedy Entertainment transposent dans un jeu vidéo l’expérience Matrix (et aussi John Woo) en créant un jeu dans lequel la mécanique de gameplay principale est d’esquiver des balles des adversaires au ralenti avec des pirouettes gracieuses.

– En 2008, John Moore réalise le film Max Payne – une transposition sur la pellicule de ce jeu vidéo qui a été inspiré du film qui s’est inspiré des jeux vidéo. Vous suivez?

Ce prélude nous amène à notre sujet de conversation d’aujourd’hui – le cinquième livre de Dan Brown, The Lost Symbol. La ligne du temps est un peu plus complexe ici. D’abord, un peu d’histoire. J’ai un énorme respect pour Dan Brown car sa bibliographie démontre que c’est un auteur qui, après avoir réussi à trouver une recette qui lui semblait prometteuse (un mélange entre thriller, puzzle, et jeu de piste) l’a décliné en trois versions quasi identiques avant de connaître le succès détonnant de son quatrième livre. Ses premiers livres n’ont connu qu’un succès modeste, mais il a continué sur exactement la même voie sans se décourager. Bien sûr, des mauvaises langues pourraient dire que c’est simplement le seul type de livres qu’il sait faire. C’est peut-être vrai; mais même dans ce cas, la persévérance force le respect. Donc:

– En 1998 Brown publie Digital Fortress, un livre qui se déroule principalement dans les bureaux du service cryptologique de la NSA. Tous les éléments caractéristiques de l’auteur y sont déjà: une énigme (un code qui semble indéchiffrable même par le plus puissant des ordinateurs), un « bad guy » fanatique qui tiendra les héros en haleine, un retournement de situation tous les deux chapitres et surtout une arrière-trame de ces dizaines de petits faits vérifiables mais peu connus qui, présentés et arrangés correctement par Brown, font croire au lecteur qu’il est sur le point de découvrir quelque chose de révolutionnaire. En 1998, ce thème étaient les nouvelles technologies et les menaces pour la confidentialité de la vie privée qu’elles pouvaient représenter. La seule réelle différence avec Da Vinci Code, c’est que le personnage principal est une femme.

Angels & Demons, paru en 2000, préfigure déjà le Da Vinci Code; l’histoire tourne autour d’une ancienne confrérie, les Illuminati, et touche à beaucoup de questions d’art et de religion. Bien sûr, il y a l’assassin impitoyable; et bien sûr, il y a des trahisons. Le personnage de Robert Langdon y fait aussi son apparition. En fait, je préfère ce livre à Da Vinci Code. Toutefois, pour connaître le succès global, il manquait encore à ce roman un petit quelque chose.

– En 2001 sort Deception Point, qui reprend exactement les mêmes bases: l’énigme clé (une forme de vie extraterrestre retrouvée dans les glaces polaires), un tueur impitoyable (ou plutôt, des tueurs), des retournements de situation à gogo et des « fun facts » à nouveau technico-scientifiques tournant cette fois autour de la NASA et de la CIA.

– Enfin, en 2003, le rouleau compresseur Da Vinci Code commence sa marche triomphale autour de la planète. Da Vinci Code n’est pas différent des autres livres de Brown sauf en un point: le mystère qu’il soulève et les réponses qu’il donne sont bien plus intégrés dans le quotidien des lecteurs. Peu de gens s’y connaissent en cryptographie; peu de gens s’intéressent vraiment aux soucoupes volantes et aux aliens; tout le monde n’a pas été au Vatican. Par contre, tout le monde sait qui est Jésus et à quoi ressemble la Joconde; de plus, en 2003, on pouvait déjà consulter assez facilement une représentation de la Cène en ligne. De plus, la « révélation » que Brown décrit dans le livre n’est pas nouvelle (des livres ont déjà été publiés sur le sujet) et n’est, en fin de compte, pas plus improbable que la « version officielle ». Bref, combinez une solide intrigue policière avec une théorie du complot et des éléments qui n’importe que peut retrouver dans sa vie de tous les jours, et vous obtiendrez un livre vendu à plus de 40 millions de copies.

Et c’est là que ça devient drôle:

Les énigmes et les anciennes confréries ont rapidement eu le vent en poupe dans le monde et les producteurs Hollywoodiens n’ont pas attendu longtemps pour profiter de cet engouement. Jerry Bruckheimer, l’un des producteurs les plus influents de Hollywood (il a a son actif des hits comme Armageddon ou Pirates des Caraïbes) l’a compris et a lancé la production d’un film clairement inspiré de Dan Brown, National Treasure. Le potentiel mystérieux de l’Europe ayant été passablement exploité par Brown, les films avec Nicolas Cage se sont tournés vers la mythologie d’Outre-Atlantique, c’est-à-dire les liens unissant les francs-maçons et les pères fondateurs des Etats-Unis (dont beaucoup étaient justement des francs-maçons). Le film est sorti en 2004 et une suite a vu le jour en 2007.

Pendant ces années, Dan Brown avait pour seul problème la question de savoir où trouver des poches assez larges pour contenir les millions générés par Da Vinci Code, les rééditions de ses trois précédents livres et les adaptations cinématographiques de Da Vinci Code et d’Angels & Demons. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et la davincimania a fini par quelque peu retomber. Brown s’est donc remis à la plume, et son dernier livre, The Lost Symbol, fait irrésistiblement penser à… National Treasure. Ironie, quand tu nous tiens.

L’histoire de ce cinquième livre se déroule donc à Washington et tourne autour de loges maçonniques, de pyramides tronquées et de rituels initiatiques. Sinon, tout le reste est exactement le même – des énigmes centenaires à résoudre en 60 secondes chrono, des allusions si complexes qu’elles peuvent faire référence à pratiquement n’importe quoi et l’un des méchants les plus réussis en date.

Ne vous attendez pas à quelque chose de nouveau; on ne tue pas une poule aux oeufs d’or. Bien que formé en sciences humaines, Brown applique à perfection la règle numéro de l’ingénieur: si c’est pas cassé, le touche pas. La seule question que l’on pouvait se poser concerne la qualité de l’exécution de ce nouvel opus. Et, heureusement, la gloire n’a pas rendu l’auteur trop complaisant avec lui-même; le résultat est tout à fait à la hauteur des précédents opus. Donc, c’est simple: si vous avez aimez les livres précédents, achetez celui-là les yeux fermés; sinon, passez votre chemin.

Personnellement, j’ai avalé les 500 pages du roman en moins de 24 heures. On ne peut littéralement pas poser le livre. Pourtant, la mécanique pour créer ce suspense est très simple:

1. « Découper » chaque découverte ou révélation en au moins quatre ou cinq chapitres courts (le livre a 500 pages et 133 chapitres, je vous laisse calculer la longueur moynne de chacun).

2. Suivre en parallèle trois ou quatre histoires (le héros, la police qui le traque, le méchant, un personnage secondaire dont il n’est pas immédiatement clair si c’est une gentil ou un méchant) et intercaler les chapitres obtenus au point précédent de façon à faire attendre le lecteur avant chaque nouveau tournant de chaque histoire.

Vous noterez que les deux premières techniques sont aussi à l’origine du succès de 24 heures chrono, un autre classique du suspense.

3. Saupoudrer le tout de révélations plus ou moins tirées par les cheveux sur des sujets dont le lecteur a vaguement entendu parler mais dont il ne sait pas grand-chose pour lui faire croire qu’il est sur le point d’apprendre quelque chose de vraiment important.

Bref, la mécanique est simple, mais le talent de l’auteur est de la faire fonctionner impeccablement. On lit avec intérêt, et même si certains retournements de la situation sont prévisibles (un peu comme dans les films à suspense; si une fille se cache de l’assassin dans un placard et que la caméra se focalise sur elle, on sait que l’assassin va la trouver même si ses pas semblent s’éloigner de la cachette; par contre, si la caméra suit l’assassin qui se rapproche du placard pour l’ouvrir, on sait très bien qu’il n’y aura rien dedans car la fille s’est en fait déjà enfuie par la fenêtre), c’est plus dû aux contraintes du genre où tout doit être surprenant et l’est donc finalement pas tant que ça qu’au manque d’habileté de l’auteur.

Finalement, la seule critique que j’ai à faire au livre concerne sa fin. (Surlignez le texte en blanc qui suit si vous l’avez déjà lu.) Pendant tout le livre, on nous fait croire que le méchant possède un pouvoir quelconque et terrifiant; en réalité, son intention première est simplement de montrer au monde qu’une grande partie du gouvernement des Etats-Unis est composée de francs-maçons qui boivent du vin dans des crânes évidés et jouent à se faire peur avec des rites plutôt morbides. Même si je suis d’accord qu’une telle révélation provoquerait des troubles dans le pays et à l’étranger, je ne suis pas sûr que maintenir le statut-quo est quelque chose que le protagoniste doit nécessairement vouloir faire. Le problème n’est pas de savoir si les rites en question célèbrent la mort (comme le pensera le public) ou la vie (comme le pense Langdon), mais que « deux juges de la Cour Suprême », « le secrétaire de la Défense », « le speaker de la Chambre des Représentants », « trois sénateurs », « le secrétaire de la sécurité intérieure » et « le directeur de la CIA » participent à une société secrète qui les lie par des rapports qui n’ont rien de démocratique ou même d’officiel et bafouent ainsi allégrement le principe de la séparation des trois pouvoirs. Ce genre de copinage entre hauts officiels est-il vraiment quelque chose qu’il est moral d’encourager et de vouloir sauvegarder? Washington applaudirait peut-être Langdon; pour Montesquieu, je suis moins convaincu.

En dépit de ceci, The Lost Symbol reste tout de même un excellent bouquin-attraction et est donc chaudement recommandé à ceux qui ont aimé Da Vinci Code, National Treasure… ou même 24 heures chrono.

Time-killers

07/01/2010

Les révisions pour les examens d’hiver battent leur plein: le moment est donc parfaitement choisi pour vous proposer trois petits jeux en Flash extrêmement addictifs. Ravi de vous rencontrer – j’espère que vous avez deviné mon nom.

1. Chat Noir est un jeu dans lequel il faut empêcher un felin de s’échapper d’un terrain de jeu rempli de cercles jaunes. A chaque tour, vous pouvez rendre un cercle infranchissable pour le chat. Le but est de l’emprisonner. C’est plus difficile qu’il n’y paraît parce l’on a tendance à penser que, pour chaque cercle donné, le chat a quatre directions pour s’enfuir alors qu’en fait il en a six (si vous jouez au go, la dissonance sera d’autant plus forte). Réfléchir un ou deux tours en avance ne suffit plus, il faut prévoir un « filet » aux mailles vraiment larges.

2. Mad Virus est un jeu sorti bien avant l’hystérie porcine et est en fait un innocent puzzle. Vous commencez sur un champ rempli de cellules hexagonales multicolores en infectant une seule cellule. Ensuite, vous devez cliquer sur les différentes couleurs à gauche de l’écran pour infecter toutes les cellules de cette couleur qui sont adjacentes aux cellules déjà infectées. Le but est de recouvrir tout le plateau en un nombre de tours donné. Cela semble facile au début, mais peu à peu il faut commencer à bien choisir les couleurs – il peut être nécessaire de sélectionner une couleur qui ne rapportera que peu de cellules infectées en plus mais qui donnera accès à des plages d’une autre couleur permettant de faire un carton au prochain tour.

3. Dans Infectionator: Christmas Edition, lui aussi basé sur le principe « boule de neige », votre objectif sera de créer une armée de zombis et de tuer le Père Noël non pas une, mais plusieurs fois. Pour ceci, cliquez une fois près d’un groupe de personnes pour lancer des fléchettes empoisonnées et transformer ces passants innocents en zombis, puis observez le carnage. Tout l’intérêt de ce flash est dans son aspect « jeu de rôle »: chaque niveau vous rapportera de l’argent que pourrez dépenser pour améliorer des caractéristiques de vos zombis ou de vos fléchettes empoisonnées. Etant donné que les niveaux supérieurs sont peuplés d’agents spéciaux armés et de Pères Noël presque indestructibles, il est essentiel de bien choisir les caractéristiques à améliorer si vous voulez gagner les 20 niveaux en moins de 25 tentatives.

Voila. Ne pas réviser comme ça, c’est quand même mieux que d’appuyer F5 sur Facebook toutes les 30 secondes, non?

If—

29/12/2009

Ceci est le dernier billet de l’année – je profite des vacances de Nouvel An pour voir un peu du pays. Je ne pourrai donc pas participer au jeu de celui qui postera ses voeux sur Facebook à minuit pile, ni même à celui de surcharger les réseaux cellulaires en envoyant le SMS « Happy New Year 2U » en même temps que cinq cents millions d’autres individus.

Le Nouvel An, c’est la période des bonnes résolutions. Bien sûr, presqu’aucune d’entre elles ne sera tenue – on ne change pas par un coup de baguette magique – mais leur utilité est ailleurs. Les bonnes résolutions nous poussent à comparer celui que l’on aimerait être à celui que l’on est – et c’est de cette réflexion, prolongée dans le temps, que peut surgir un éventuel changement. Ainsi, même si leur effet n’est pas direct, les bonnes résolutions ont leur utilité et leur importance.

Si nous étions un mercredi, je vous laisserais sur une chanson; mais nous sommes un mardi, et c’est donc avec un poème que je vais cloturer cette année – et, qui plus est, avec mon poème préféré.

Vous avez tous une chanson, un film, un tableau ou un livre qui résonnent en vous avec une telle intensité que vous vous demandez s’il est possible qu’une œuvre d’une telle force et beauté ait pu être créée par un humain comme vous et moi. If— me fait cet effet-là. Pourtant, il n’y a rien de surnaturel dans un art même lorsqu’il atteint les sommets; simplement, créer est encore le moyen le plus rapide pour se rapprocher du Créateur.

Il n’est sans doute pas possible de suivre à la lettre tous les conseils de If—. Mais voici ce que je vous propose: choisissez une ligne ou deux – celles qui vous parlent le plus – et faites-en une résolution pour l’année à venir. Si chacun le faisait, le monde serait un endroit bien plus agréable à vivre.

Bonne année!

Rudyard Kipling

If—

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you;
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too:
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise;

If you can dream—and not make dreams your master;
If you can think—and not make thoughts your aim,
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two imposters just the same:
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build ’em up with worn-out tools;

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss:
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: « Hold on! »

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings—nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much:
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds’ worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And—which is more—you’ll be a Man, my son!

100

20/12/2009

C’est difficile à croire, et pourtant les chiffres ne mentent pas; ce billet est déjà le 100ème de ce blog. Le temps est bel et bien relatif, et le temps passé au Japon défile à une vitesse presque effrayante. Pourtant, tout reste encore à faire. Mais avant d’aller de l’avant, pourquoi ne pas faire une petite retrospective?

Durant ces trois mois, le lecteur fidèle aura, je l’espère, pu découvrir un peu mieux ce pays qui nous semble si lointain et mystérieux en Europe. Bien sûr, en tant que touriste de base, je ne pouvais pas passer à côté des incontournables: les temples, les parcs, les plats traditionnels, le sumo, le kabuki, la tour de Tokyo et le palais impérial. De plus, vous avez aussi eu droit à des visites guidées dans des villes comme Kamakura, Nikko, Shirakawa ou Yokohama.

En tant qu’étudiant, je voulais également vous parler de cet aspect-là de ma vie. Je vous ai ainsi présenté mon unversité, mon dortoir, ma faculté et mes cours. Je continuerai cette série à l’avenir, à l’attention des futurs étudiants qui envisagent la possibilité de venir au Japon et vivre cette aventure extraordinaire.

Pourtant, je ne voulais pas que mon blog devienne un simple guide touristique (avec des photos de moins bonne qualité); je voulais également vous faire voir le Japon de façon plus intime et plus terre-à-terre: son mobilier urbain, ses affiches de films, ses règlements, ses magasins et leur manie de tout emballer, ses parkings, sa promiscuité si cosy, ses publicités et ses toilettes, sans parler des milliers de petites choses parfois difficiles à décrire mais qui, mises bout à bout, forment l’expérience de vie dans un pays. Je pense que c’est ce genre de petites observations qui constituent la véritable valeur ajoutée d’un blog par rapport à un guide de voyage classique, et je continuerai à vous en faire part.

Enfin, j’ai aussi utilisé votre blog pour vous faire découvrir de nouvelles choses (comme la langue japonaise), vous présenter quelques pensées (comme celles que j’ai eues après l’histoire avec le mot « karaté ») ou simplement partager mes goûts (comme dans ma rubrque musicale, attendue avec impatience par les uns et avec appréhension par les autres).

Qu’est-ce qui nous attend pour les 100 prochains billets? Je ne le sais pas encore. La priorité numéro un sera sans doute de voyager un peu plus – je ne suis encore jamais parti à plus de 200km de Tokyo. Vous pouvez donc vous attendre à voir des villes comme Kyoto ou Osaka dans ce blog à l’avenir. Cela étant dit, j’aime aussi les surprises, donc je compte également visiter quelques villes auxquelles vous ne vous attendez pas forcément. Mais il est difficile de faire des prévisions: après tout, ce blog n’est rien d’autre que le reflet d’une partie de ma vie et personne ne peut prévoir ce qu’elle sera dans un mois – ou même demain. Ce qui, évidemment, n’est pas une excuse pour ne pas faire de son mieux au milieu des jours de soleil et des jours de pluie, des typhons et des tremblements de terre, des instants de complicité et ceux de contemplation émervéillée.

Je vous donne donc rendez-vous à mon 200ème billet pour voir ce que tout ceci va donner. Stay tuned!