Archive for the ‘Etudier au Japon’ Category

Se souvenir… des cours

27/07/2010

Au moment de choisir ses cours dans la très large palette proposée par SILS, l’étudiant doit faire face à trois problèmes majeurs:

1. Les conditions plus ou moins draconiennes proposées par son université d’origine; il est vrai que ce n’est pas le cas de tout le monde, mais la plupart des gens que je connaisse ont dû marcher sur une corde plutôt raide pour s’assurer d’avoir leurs crédits une fois retournés au bercail. D’une part, il n’y a pas d’examens de rattrapage à SILS: ça passe ou ça casse du premier coup. Il est vrai que les cours au Japon sont bien davantage basés sur le principe du contrôle continu (avec des notes de présence et de participation, des tests intermédiaires etc.) qu’à HEC Lausanne par exemple, ce qui permet de corriger le tir en amont si problème il y a; de plus, les branches que l’on loupe ne sont tout simplement pas reportées sur le relevé de notes final. Toujours est-il que manquer son année à trois ou quatre crédits près est rageant. Et ne me lancez pas sur la prévalidation des cours, procédé charmant qui consiste à faire approuver ses cours par l’université de départ avant l’université d’accueil, histoire de se retrouver dans une situation où le plan de cours initialement validé est soudainement impossible à suivre dû à une annulation ou à un changement d’horaire par exemple, et où il faut tout remanier – et valider sur plusieurs continents – durant les deux-trois jours que dure la période add/drop.

2. Le chevauchement des horaires: à SILS, c’est simple, les professeurs choisissent l’horaire qu’ils veulent pour donner leurs cours. Très pratique pour eux, un peu moins pour les élèves qui se retrouvent avec tous les cours les plus désirables rassemblés sur les plages dorées du mardi-mercredi-jeudi entre 13h30 et 17h30 car personne ne veut travailler en dehors de ces heures-ci. Du coup, construire un plan de cours cohérent et crédible à proposer à son université de départ (cf. point 1) commence à ressembler à un exercice d’équilibrisme sur pente glissante.

3. Enfin, le plus gros problème est sans conteste le fait que l’on ne peut absolument pas savoir à l’avance si un cours est bon ou pas et que la période add/drop ridiculement courte ainsi que les contraintes 1 et 2 font que l’on est à peu près condamnés à prendre tous les cours que l’on a initialement pris, qu’ils nous plaisent ou non. Il faut donc choisir juste du premier coup. Mais comment faire? Le syllabus est, bien sûr, une première étape, mais il ne dit pas tout. L’idéal reste évidemment de demander à un ancien de SILS, mais il y a peu de chance que vous en connaissiez un à peine descendu de l’avion. Dilemme, dilemme.

Je vais faire mon possible pour vous aider en touchant quelques mots de cours (axés sur l’économie, la branche que j’étudie) que j’ai pu suivre, moi. Je vous préviens tout de suite que j’ai trouvé tous mes cours d’un niveau au minimum acceptable quand il n’était pas carrément excellent (chose que je ne peux malheureusement pas réitérer pour l’ensemble de mon parcours académique) et que par conséquent les avis que je vais donner seront généralement positifs (enfin, en même temps, Waseda n’est pas l’une des meilleures universités du Japon pour rien). Sachez toutefois qu’il y a bel et bien, à en croire mes amis, des très mauvais cours à Waseda; il se trouve simplement que j’ai eu la chance de les éviter. Enfin – comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises – l’enseignement SILS est en général caractérisé par un niveau de « rigueur technique » (vous savez, des matrices 10×10 à inverser à la main, des intégrales à trois étages à résoudre avec un crayon, des dizaines de pages de rapports par semaine à écrire – bref, toutes les choses dont un certain enseignement s’enorgueillit) plutôt bas; cet état de fait est, toutefois, largement compensé – du moins en mon opinion – par une approche bien plus pratique et dynamique de l’apprentissage.

Voici, donc, mon cursus de l’année, par ordre alphabétique et sans distinction de semestre:

Comparative Corporate Governance, par Christopher Pokarier. A lui tout seul, Dr. Pokarier est une véritable institution à Waseda; ses cours sont toujours pleins à craquer à cause d’un bouche-à-oreille si bon que même moi en ai eu vent lors de mes premiers jours ici. Je me vois donc dans l’obligation d’y contribuer: si vous vous intéressez un tant soit peu à l’économie et que vous êtes à SILS, vous devez prendre ne serait-ce qu’un cours de Pokarier (personnellement, j’en ai pris trois sur deux semestres et je n’en regrette pas une miette). Le secret? Il est simple: une base très solide de nombreuses lectures exigeantes à faire à la maison (sous la forme de livres ou d’articles) et une conclusion en forme d’examen rigoureux portant en grande partie sur ces lectures (s’il y a bien des cours où on ne peut pas s’en sortir juste en venant y assister sans travailler à côté, ce sont bien ceux de Pokarier) entre lesquelles se trouvent des classes très vivantes et animées, pleines de digressions, d’histoires et anecdotes. L’enseignant part en effet du principe que les bases ont été acquises grâce aux lectures et aux diapositives et consacre la majorité de ses cours aux exemples et aux applications, en passant parfois par des histoires complètement loufoques sans rapport apparent (il faut dire que le professeur est un peu l’archétype de l’Australien ironique, débonnaire et bon vivant). Cette combinaison – travail rigoureux à la maison et examen sévère, mais séances en auditoire éclatantes et pétillantes – donne un cours auquel on a vraiment envie de venir et de participer. Surtout, l’enseignant arrive à faire une chose que je croyais impossible avant de venir à Waseda: de convaincre, par l’exemple, qu’il y a une vie après le diplôme. Vous avez remarqué comme vous pouviez respecter certains de vos enseignants sans jamais vouloir leur ressembler, comme ils arrivaient à vous transmettre des connaissances sans vous donner la moindre idée de la vie que vous vous construirez en appliquant ces connaissances? Pokarier, lui, y arrive, autant par ses exemples portant sur des applications de la théorie économique immédiatement observables autour de nous que par ses anecdotes personnelles nous emmenant, durant les 90 minutes que dure un cours, d’Australie à Danemark en passant par le Singapour et l’Italie. Ainsi, ce cours sur la gouvernance d’entreprise – malgré un nom plutôt peu appétissant – est en fait on ne peut plus concret, donnant non seulement une idée de comment faire certaines choses, mais surtout l’envie d’essayer de les faire.

Historical Survey: Advertising And The Making Of American Consumer Culture, par Juliann Sivulka. Un cours incontournable pour quiconque s’intéresse un tant soit peu au marketing, il se base sur un très bon livre écrit par l’enseignante (rien que le nom – Soap, Sex and Cigarettes – en dit long) qui retrace l’histoire de la publicité américaine – et ses liens avec la société – de l’époque des colons jusqu’à l’avènement de l’Internet. Un certain nombre de documentaires très informatifs projetés en classe permettent également d’en savoir plus sur des développements plus modernes de la culture publicitaire. Seul bémol: le cours magistral a quelque peu trop tendance à répéter le contenu du livre et en devient du coup moins magistral puisqu’on lit les informations dans le livre, puis se fait distribuer des diapositives et relit la même chose une deuxième fois, puis écoute l’enseignante et se les fait répéter une troisième fois, ce qui peut devenir un peu difficile à la longue. Pourtant, le contenu est si intéressant qu’il serait dommage de s’en priver. Si un autre cours entre en conflit avec celui-là dans l’horaire mais que le sujet vous intéresse (et, honnêtement, il devrait), une solution pourrait être d’acheter le livre et de passer au premier cours de l’année pour en récupérer le plan, contenant les liens Web vers les documentaires qui seront abordés; ces deux sources vous permettront de récupérer jusqu’à 90% des informations dites en classe, si vous êtes décidés à les étudier vous-même.

International Trade Management, par Tatsuo Nobu. Probablement le seul cours dispensable de ma sélection. Le sujet – les importations et les exportations, pierres angulaires de l’économie moderne – est pourtant prometteur, mais le professeur a malheureusement de la peine à en venir au fond des problèmes (quand ce n’est pas de venir à ses propres cours). Les quelques anecdotes amusantes et des considérations pratiques tirées de sa longue expérience, aussi pertinentes soient-elles, peinent à sauver l’ensemble. Seule consolation, la lecture recommandée est très informative.

Japonais 1, par Emiko Koike et Matsue Kamio et Japonais 2, par Kana Mikogami et Kumiko Ikemori. En principe, je ne devrais pas vous parler des cours de japonais puisqu’ils sont obligatoires et que de toute façon vous ne pourrez pas vraiment choisir ni votre niveau, ni vos professeurs. Pourtant, je tiens tout de même à mentionner ces cours ici, non seulement pour leur importance (avec 9 heures par semaine et des devoirs/tests quotidiens, vous les travaillerez probablement plus que tous les cours SILS réunis) mais surtout pour leur qualité. Toutes les enseignantes ont été d’une compétence et d’un dévouement qui ne se rencontrent que rarement parmi les meilleurs enseignants des autres branches, l’ambiance de classe a toujours été géniale et les livres Minna No Nihongo constituent tout simplement la meilleure méthode linguistique que je n’aie jamais essayée. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que l’enseignement du japonais comme langue étrangère à Waseda est particulièrement réputé.

Kanji 2, par Yukiko Kawasumi. Au semestre d’automne – donc lorsque j’étais au niveau 1 en japonais – nous n’avions pas le choix en ce qui concernait l’apprentissage de la langue; c’était 6 crédits (soit 9 heures) par semaine. Au semestre de printemps, pourtant, cela changea: dorénavant, nous n’avons plus eu que 5 crédits de japonais « de base » avec 1 crédit supplémentaire à choisir par nous-mêmes entre des domaines plus spécifiques comme la prononciation, la conversation ou le japonais d’affaires. Pour ma part, je n’ai pas hésité une seconde avant de choisir un cours consacré aux kanji. D’une part, parce qu’au Japon, ne pas lire les kanji, c’est être illettré, tout simplement; mais aussi parce que je les aime sincèrement. Par contre, il vaut mieux ne pas avoir froid aux yeux; le cours « Kanji 2 », c’est 278 kanji à apprendre en 15 semaines, avec, pour chacun, 2-3 lectures et 5-6 mots. Et l’examen final porte sur tout en même temps, naturellement. Heureusement qu’il y a Heisig.

Media Studies, par Graham Law. Un cours pluridisciplinaire qui intéressera à la fois les étudiants en journalisme (pour la perspective historique), en sciences politiques (pour les implications socio-culturelles) et en économie (pour la mise en évidence du fonctionnement des rouages économiques de certains systèmes de médias modernes). Le tout mené magistralement par un professeur très British à l’humour omniprésent, et très richement illustré – de la une du Times du 8 août 1945 aux séquences publicitaires juste avant un épisode de Doraemon.

Nissan: A Case Study par Christopher Pokarier et Nissan Motors Company. Un cours un peu à part dans le syllabus, c’est aussi l’un des plus intéressants – et des plus prisés, le concours lors des inscriptions pouvant atteindre 2-3 personnes par siège (les « vainqueurs » étant déterminés par tirage au sort). Il est officiellement donné par le même Dr. Pokarier dont je viens de vous parler, même si ce dernier n’y dit presque jamais rien; à la place, chaque semaine, un cadre dirigeant de Nissan (cette année; l’entreprise peut changer) vient de parler à la classe de l’aspect de l’entreprise dont il s’occupe (sans surprise, les invités sont souvent des anciens de Waseda). Au fil des semaines, on voit ainsi défiler, devant nous, des executives dans des domaines du design, du marketing, de la finance, de la recherche et développement ou des ressources humaines – autant de pièces qui finissent peu à peu par donner une image de plus en plus claire de l’entreprise dans son ensemble (le tout renforcé par un pack d’articles historiques et analytiques sur l’entreprise, préparé par l’enseignant). Ce cours n’est pas l’un des plus populaires (au fait, sans doute le plus populaire) de SILS pour rien; pouvoir écouter chaque semaine des gens de si haut vol – et pouvoir leur poser des questions – est une opportunité unique que je suis très content d’avoir eu la chance de saisir. Sans contestation mon meilleur cours de l’année.

Selected Topics In Finance, par Nobuya Takezawa. Sous ce nom qui veut tout et rien dire se cache en fait un domaine très particulier (et très intéressant) de la finance d’entreprise: la finance du sport. Concrètement, l’enseignant (au physique très japonais et à l’accent très américain, contraste déjà savoureux en soi) reprend chaque semaine un concept théorique économique on ne peut plus ennuyeux comme la valeur actuelle ou le calcul du prix d’une option et lui insuffle une nouvelle vie en l’appliquant sur un cas concret du monde du sport. Comment Manchester United valorise-t-il ses joueurs sur son bilan? Comment un club de baseball calcule-t-il la valeur actuelle d’un joueur au moment de lui proposer un contrat? Comment se fait-il que, durant une époque au Japon, une carte de membre d’un club de golf pouvait être achetée et vendue par des spéculateurs exactement comme une option, et quel en était le sous-jacent? De quoi voir des concepts qui semblent évidents, à la limite du poussiéreux, sous un jour nouveau. Evidemment, connaître ne serait-ce qu’un minimum le monde du sport n’est pas forcément une mauvaise idée pour ceux qui veulent prendre ce cours (sans avoir besoin d’être fan – je n’en suis clairement pas un, ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier).

Transnational Business Entreprises, par Christopher Pokarier. Alors que le cours sur la gouvernance d’entreprise se concentre sur l’intérieur de celle-ci et sur les délicats rapports reliant les propriétaires, les gérants et les travailleurs, le cours sur les entreprises multinationales est davantage tourné vers l’extérieur. Là encore, on retrouve la méthode habituelle de Pokarier – des lectures pour préparer le terrain, un examen plutôt corsé au bout et beaucoup de fun tout au long du chemin. Le livre de référence du cours est très bien aussi; même si les concepts qu’il évoque peuvent paraître simples, il a l’avantage de les présenter d’une façon très posée et systématique qui permet de combler de nombreuses lacunes – même à ceux qui croyaient déjà savoir tout ou presque sur ces sujets-là.

Strategy And Organization Of Firms, par Ayako Suzuki. Probablement le cours se rapprochant le plus de ce que j’ai pu connaître chez moi à HEC Lausanne: des théories microéconomiques et des exercices à résoudre. Jusque là, rien de très entraînant (même si on pourrait arguer qu’il est nécessaire de faire un peu de ces tâches-là histoire de ne pas oublier comme allumer une calculatrice ou écrire une dérivée). Là où ça devient déjà plus intéressant, c’est que près de la moitié du cours est en fait assurée par les élèves, que ce soit sous la forme de résolution d’exercices au tableau ou de la présentation des théories susmentionnées, et que le dernier « examen » du cours est en fait un exposé où l’on présente un article scientifique de notre choix sur un thème en rapport avec le cours. Enfin, la personnalité souriante et positive de l’enseignante achève de transformer ce cours de l’horreur qu’il aurait pu être en quelque chose que je peux recommander.

Se souvenir… du quartier

26/07/2010

Quand on vient d’arriver dans un nouveau quartier, il ne représente guère qu’une feuille blanche pour nous. On sait où se trouve l’arrêt de bus ou de métro le plus proche, par lequel on est arrivé; on sait où se trouve notre nouveau logis par rapport à cet arrêt. En dehors de ces deux endroits, le reste n’est que mystère et brouillard de guerre.

Puis, peu à peu, l’on se met à placer des points sur la carte virtuelle du quartier qui se dessine de plus en plus clairement dans notre tête. Ici le magasin; là le coiffeur; un petit café sympa juste au coin de la rue et un raccourci pour arriver plus vite à l’université. A chaque sortie, à chaque passage dans ces rues, l’image que l’on en a s’étoffe et de plus en plus d’éléments s’y rajoutent jusqu’à ce que, un jour, le quartier ne ressemble à ceci pour nous:

(l’image est cliquable… à vos risques et périls; elle pèse 16 Mo)

Cet article vous parlera de mon quartier tel qu’il s’est dévoilé à moi lors de mon séjour. Si vous êtes un futur étudiant Waseda, vous pouvez vous en servir comme un mini-guide. Sachez, toutefois, qu’à Tokyo le paysage urbain change très vite et que mon but n’a pas été l’exhaustivité ni l’impartialité; je ne parlerai que d’endroits qui ont eu une importance pour moi.

Tout d’abord, notons que deux grands axes routiers (surlignés en rouge sur la carte) servent à se repérer dans la région: Meiji-dori, verticale sur la carte (qui, longeant la ligne JR Yamanote, relie Shibuya et Shinjuku au sud à Ikebukuro au nord en passant par Takadanobaba) et Waseda-dori, horizontale sur la carte. La majorité des lieux que nous verrons aujourd’hui se concentrent entre l’arrêt de métro Waseda (à l’Est) et l’arrêt de métro/JR Takadanobaba (à l’Ouest). C’est en effet ces deux arrêts que vous emprunterez le plus souvent si vous vivez près de Waseda; le premier pour rejoindre les parties centrales ou occidentales de la ville, le second pour les stations situées sur la ligne Yamanote. Notons encore que l’arrêt de métro Nishi-Waseda (cf. plus bas) permet de rejoindre Shinjuku et Shibuya de façon plus rapide. Enfin, les différents campus de l’université Waseda sont coloriés en bleu; le campus principal est composé des trois plages au nord-ouest.

Sur ce, commençons.

A. Les dortoirs

1. Les élèves en échange de ma volée qui n’ont pas choisi de vivre en appartement ou en famille d’accueil ont été répartis entre trois dortoirs situés près du campus Waseda. Mon dortoir, Hoshien était le plus proche du campus (et le plus cher aussi). En fait, Hoshien est plus qu’un dortoir; c’est une véritable institution de coopération internationale aux ramifications nombreuses et puissantes, dont l’accueil des étudiants étrangers n’est qu’un volet. Le complexe de bâtiments Hoshien comprend plusieurs dortoirs, des bureaux, des salles pour des ateliers/conférences et une chapelle (dans laquelle des mariages à l’occidentale sont régulièrement organisés).

2. L’International Student House est situé à quelques pas de Hoshien. C’est là qu’à vécu, par exemple, Luisa.

3. Guillaume et Michael, eux, ont logé dans le plus récent des trois dortoirs, Nishi-Waseda. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai parcouru les ruelles séparant les deux dortoirs, de jour comme de nuit.

4. Ca, c’est une antenne de l’organisme qui gère les dortoirs, Nasic. Sauf problème, vous n’y passerez en principe guère plus d’une ou de deux fois, en début et en fin d’année. Ils peuvent être assez tâtillons sur les formalités, par contre (formulaire de départ du dortoir à remettre un mois à l’avance sous peine d’amende, par exemple…) donc attention.

B. Les transports

5. La station Waseda est la plus proche du campus principal. Elle est desservie par la ligne Tozai qui permet de traverser rapidement la ville (on arrive à la gare centrale de Tokyo en moins de 20 minutes par exemple).

6. La station Nishi-Waseda, plus proche des trois dortoirs que Takadanobaba, est un moyen intéressant d’aller à (ou de revenir de) Shibuya, Shinjuku ou Ikebukuro. Elle est desservie par la ligne Fukutoshin.

7. La station Takadanobaba (vous vous habituerez bien vite à prononcer ce nom) sera le hub principal de vos déplacements; elle sera en effet votre accès le plus proche à l’inévitable ligne Yamanote et donc au réseau JR. Seul problème, il faut compter un peu moins de 20 minutes à pied pour y arriver depuis Hoshien. Bien sûr, on peut prendre le métro depuis la station Waseda, mais ce n’est pas là la voie du samouraï (le samouraï économise ses sous et à horreur d’acheter un ticket juste pour faire une station).

C. L’Université

8. Au départ, vous aurez un peu de peine à vous retrouver dans la pléthore des bâtiments du campus (enfin, des campus, même si tous vous cours se dérouleront vraisemblablement dans un seul d’entre eux) de Waseda. Pour vous repérer, la statue de Shigenobu Okuma, le fondateur de l’université, vous sera d’une aide précieuse; vous pourrez facilement la situer sur n’importe quel plan ou carte. Durant l’année, vous aurez fréquemment l’occasion d’admirer son expression impayable, entre le sourire et le froncement de sourcils. Cette mimique fait en sorte que le regard que Okuma portera sur vous dépendra de votre état d’esprit actuel; il vous toisera d’un air de reproche si vous êtes en retard à un cours et vous regardera de façon bienveillante si vous n’avez rien à vous reprocher.

9. L’Auditoire Okuma est l’endroit où toutes les cérémonies officielles ont lieu. Avec son clocher (haut de 125 shaku – nombre fétiche à Waseda, son fondateur considérant que c’est la durée « naturelle » d’une vie humaine), c’est aussi la carte de visite de l’université.

10. Le bâtiment 11, le plus neuf et le plus moderne du campus, est aussi celui où auront lieu les cours SILS. Par ses dimensions, il est facilement repérable.

11. Le bâtiment 22, par contre, est déjà mieux caché. C’est pourtant un endroit essentiel; la plupart des cours de japonais y ont lieu et vous y trouverez le Center for International Education ainsi qu’une salle informatique ouverte 24h/24 et 7j/7. La nuit, la porte d’entrée semi-circulaire en verre est verrouillée: pour accéder aux ordinateurs, contournez le bâtiment par la gauche en traversant le parking pour trouver l’entrée de nuit (gardée), un étage en-dessous.

12. La bibliothèque principale (en bas à gauche sur la photo) est située près du bâtiment 22. Vous la repérerez facilement à ses grands murs gris avec peu de fenêtres et aux poutres rouges formant un pseudo-toit au-dessus du clocher.

13. Le Students’ Center accueille tous les clubs de Waseda ainsi que la salle de fitness (étage B2).

14. L’Okuma Garden Café sert de délicieux repas faits maison dans une ambiance très cosy (et appréciée par Laura qui en a converti plus d’un à ces tables). A l’entrée, une mini-boutique propose une sélection de goodies Waseda.

15. La cafétéria sert des repas qui, à défaut d’être de la grande cuisine, sont très bon marché et nourrissants. Ne manquez pas de noter qu’il y a deux étages qui servent des plats légèrement différents; une jolie vue s’ouvre depuis les baies de l’étage supérieur.

16. Le jardin Okuma est parfait pour pique-niquer, réviser ou simplement se reposer en automne ou au printemps (les saisons où il ne fait pas trop chaud ou trop froid pour traîner dehors).

17. Les magasins Co-op de Waseda sont là pour combler tous vos besoins en goodies et papeterie (au rez) ainsi qu’en livres de cours (à l’étage inférieur).

D. Les restaurants

18. Le grand et terrible McDo. La différence entre un résident et un touriste au Japon est que le premier n’a aucun remords à y aller, contrairement au second qui se sent obligé de ne manger que japonais durant le peu de jours qui lui sont alloués au pays. Avec ses frites et sa viande délicieusement malsains et occidentaux, le McDo sera un allié de choix lorsque le riz et le poisson à répétition commenceront à vous taper sur les nerfs.

19. Une alternative un peu plus saine pour se remémorer les saveurs américainesoccidentales est le Subway, avec ses nombreux sandwiches (celui à la saucisse est un bon substitut du hot dog).

20. Pour les orthodoxes du washoku (c’est-à-dire de la cuisine japonaise) pressés un compromis existe et s’appelle Mos Burger: un fast-food japonais où l’on peut trouver des plats comme le « teriyaki burger ».

21. La nourriture indienne est très populaire au Japon et elle est généralement excellente. Le Khana, à trois minutes du campus, propose notamment un excellent tandoori set: naan, deux curry au choix, poulet mariné, salade et lassi pour moins de 1’000 yen. Et en plus, à midi, vous pouvez gratuitement demander un deuxième naan.

22. Ce restaurant chinois niché près du bâtiment 22 sera parfait pour les repas avec votre classe de japonais.

23. « Bon, on est à Tokyo ou à New York là? » me demandent déjà des lecteurs impatients. Du calme, amis, du calme, on y arrive. Le tempura – une façon très délicate de frire des légumes et des fruits de mer – est l’un de mes plats préférés au Japon, et la chaîne Tenya, dont l’un des restaurants se trouve tout près de Hoshien est une excellente façon d’en profiter à des prix supportables pour un étudiant. Un ebi-tendon (trois crevettes, un morceau de poisson, une asperge et un morceau de citrouille, tous frits et servis sur un lit de riz) n’y coûte que 780 yen, et on peut le prendre à emporter.

24. Le yakiniku – la charbonnade japonaise – est succulent, mais les prix sont souvent très mordants.  La solution? Cette enseigne – cherchez le portique blanc – offre des repas complets (viande à griller, salade, riz, soupe miso…) à moins de 1’000 yen, mais à midi uniquement.

25. On ne compte pas le nombre d’endroits où on peut manger des ramen sur Waseda-dori, mais cette enseigne, à quelques pas du dortoir Nishi-Waseda, est sans doute la plus « hype » et « in » du moment – pour les prix, il est vrai, de 50% à 100% supérieurs aux variantes les plus « budget ».

26. Un peu de cuisine thaïlandaise fait toujours plaisir et dans ce restaurant-ci les prix sont abordables et le service sympa.

27. L’un des secrets les mieux gardés de Waseda-dori, cette simple porte cache un escalier qui mène vers un excellent izakaya, Watami (comme tant d’autres enseignes, c’est une chaîne que vous retrouverez un peu partout dans la ville). La nourriture est excellente (ne ratez pas les rouleaux de légumes crus en entrée, le bibimbap en plat principal et le fondant au chocolat/glace au thé vert en dessert) et le cadre soigné mais préparez-vous à en repartir avec quelques milliers de yen en moins dans la poche – surtout si vous prenez de l’alcool. A réserver pour les occasions spéciales.

28. Mon restaurant préféré au Japon sert de la nourriture chinoise. Ironique, non? Le combo ontamaumakaradon – 5 gyoza – un oeuf supplémentaire de l’Hidakaya à 780 yen est divin.

29. Véritable petit bijou, blotti au fond d’une ruelle partant de la place Takadanobaba, ce petit restaurant propose des sushi à saisir soi-même sur un tapis roulant avec des prix qui commencent à seulement 120 yen la paire. L’ambiance est phénoménale, et l’on s’y sent tout de suite comme chez soi en dépit du fait d’être ostensiblement étranger.

E. Les commerces

30. Au Japon, les aliments et les produits chimiques sont vendus dans des magasins différents. Newdrug se spécialise dans les produits de beauté et les médicaments sans ordonnance.

31. Pour des choses plus pointues, adressez-vous à la pharmacie. J’y ai acheté, par exemple, un thermomètre.

32. Ce 100 yen shop absolument indispensable, situé près de la station de métro Waseda, se spécialise dans la papeterie et les objets du quotidien et vous permettra d’acheter tous vos classeurs, tasses, crochets et autres boîtes de rangement pour quelques milliers de yen seulement. Un must lorsque vous serez en train de vous installer.

33. Cachée dans une petite ruelle juste derrière Hoshien, cette pâtisserie est pourtant excellente. De quoi fêter pas mal d’anniversaires, ou simplement s’autoriser un petit écart de temps en temps.

34. Si vous trouvez que le choix des fruits et légumes dans les supermarchés est insuffisant, sachez qu’il existe des échoppes spécialisées en fruits et en légumes, souvent tenues par de charmants (ou moins charmants) petits vieux.

35. Le Picasso de Waseda-dori – une filiale de la chaîne Don Quijote – est un autre magasin essentiel à connaître. C’est un discounter dans lequel vous trouverez tout ce qui vous manque dans les autres magasins, des rouleaux de gros scotch aux rallonges électriques en passant par des déguisements de soirée et des matelas.

36. Le Santoku est le supermarché petit-bourgeois de base, joli et accessible. Si vous y passez tard la nuit, sachez qu’il y a des réductions de 50% sur les plats préparés, comme des sushi.

37. Les librairies vendant des livres rares ont été durant une époque la fierté de Waseda-dori avant de décliner quelque peu. Il en reste pourtant encore beaucoup.

38. Si vous avez des vêtements délicats que vous hésitez à confier aux machines à laver du dortoir (dont les réglages sont souvent bloqués sur un seul programme), sachez que le nettoyage à sec au Japon est pas cher et offre un service est excellent.

39. Au Japon, les coiffeurs offrent des massages de tête après la coupe – une excellente pratique que l’on aimerait voir importée chez nous.

40. Ce magasin-ci est aussi un 100 yen shop, mais cette fois spécialisé en produits alimentaires. Les produits ne sont peut-être pas de premier choix, mais la qualité reste correcte et c’est vraiment pas cher.

41. Si vous décidez de vous faire fabriquer un sceau, c’est dans l’une de ces boutiques – comme celle située à l’angle de Meiji-dori et de Waseda-dori – qu’il faudra vous adresser.

42. Tsutaya est une chaîne qui loue des DVD, mais aussi des CD et des manga. Une alternative bien plus économique au cinéma, plutôt couteux au Japon.

43. Une façade typique d’un commerce de produits d’entretien.

44. A Marushime, on peut acheter une enveloppe, du beau papier, une carte postale ou l’un de ces stylos-pinceaux si pratiques pour tracer des kanji.

45. Un café qui vend aussi des accessoires et des ingrédients pour la cérémonie de thé.

46. Ici, vous trouverez un large choix de consoles, jeux vidéo et cartes à collectionner d’occasion.

47. La karaoke de Takadanobaba profite de sa situation exclusive pour faire grimper les tarifs, mais c’est quand même le meilleur rapport qualité/prix du quartier.

48. Au troisième étage de ce bâtiment en apparence anodin se trouve une énorme librairie sur plusieurs étages – de quoi combler toutes vos envies de bandes dessinées (voire éventuellement de livres plus sérieux, mais je ne m’avancerai pas jusque là).

49. La Big Box de Takadanobaba est intéressante avant tout pour deux choses: un 100 yen shop au premier étage (le premier que je n’aie visité au Japon) et un salon d’arcades très bien pourvu au sixième (ah, les joutes endiablées de taïko et de BlazBlue après une soupe épicée!). Tenez à l’esprit que les Japonais ne connaissent pas le concept du rez-de-chaussée; le premier étage est celui qui est au niveau du sol.

50. Les étudiants en échange viennent surtout à l’Olympic pour y acheter des vélos, mais on y trouve aussi de quoi s’équiper avant de s’attaquer au mont Fuji ou de quoi emballer ses affaires avant le départ du Japon.

51. Uniqlo, c’est un peu le H&M japonais: des vêtements très design (mais à la qualité supérieure à H&M) à bas prix. Même si le mieux est d’y aller à Shibuya ou à Shinjuku, ce magasin-ci, sur la Meiji-dori, devrait pouvoir vous dépanner.

52. Découvert complétement par hasard lors d’un jogging, ce magasin d’artisanat traditionnel regorge d’idées cadeaux et de souvenirs.

53. Enfin, aucun article parlant de commerces au Japon ne saurait être complet sans évoquer les covnenience stores, ou combinis. Ces magasins, omniprésents, ouverts 24h/24-7j/7 et éminemment pratiques, permettent de tout faire ou presque: acheter un sandwich, un repas préparé (et chauffé au micro-ondes par le vendeur), quelques oranges ou des boissons; se procurer un manga ou un DVD; trouver, au milieu de la nuit, une agrafeuse, un shampooing ou un paquet de feuilles A4; faire des photocopies ou imprimer des photos; payer ses factures, retirer de l’argent ou acheter des billets de spectacle. Je sens déjà que je vais déchanter à mon retour en Suisse: « comment ça, je ne peux pas acheter des lacets à 4 heures du matin?! »

F.Bars

54. Situé à proximité immédiate du campus et ouvert pour ainsi dire toujours, le GB’s Café est une véritable institution à Waseda. La spécialité de la maison est la depth charge: un shot d’éthanol versé dans une pinte de bière. A consommer avec beaucoup, beaucoup de modération.

55. Caché sous un immeuble à l’angle de Meiji-dori et de Waseda-dori, le Diglight offre quelques spécialités venues d’Europe, comme la Duchesse de Bourgogne, mais surtout une ambiance très cosy avec, souvent, de la musique live.

56. Niché dans une petite ruelle (le trouver est une aventure en soi), le Billy Barew’s Beer Bar offre plus de 50 bières venues du monde entier, du Mexique à l’Israël, à des prix allant de 1’000 à 2’000 yen.

G. Divers

57. Le parc Toyama est très prisé par les étudiants de Waseda, qui s’y rassemblent non pas pour boire, comme on pourrait le penser, mais pour y répéter leurs activités de club lorsque le temps le permet. Ah, le Japon.

58. Dans cet autre parc, rattaché au sanctuaire Mizuinari, on trouve de jolies promenades et un lac avec des carpes et des tortues. Pourtant, peu de gens connaissent son existence, à deux minutes du campus Waseda.

59. Pas besoin, justement, d’aller à Kyoto pour voir un sanctuaire dédié au dieu-renard: Mizuinari n’est qu’à une courte marche du bâtiment 22. J’y venais parfois à midi réviser avant mon cours de kanji du deuxième semestre.

60. Le sanctuaire Ana-Hachiman a été le sujet de l’un de mes premiers articles en arrivant au Japon. Il est vrai qu’avoir les fenêtres de sa chambre qui donnent sur un sanctuaire a quelque chose de beau.

61. J’espère que vous n’aurez jamais à aller voir la police lors de votre séjour à Tokyo, mais si c’est le cas, sachez que le koban (poste d’îlotier) le plus proche n’est qu’à quelques pas de Hoshien. Notez les deux chiffres affichés sur la devanture, mis à jour quotidiennement: il s’agit, respectivement, du nombre de morts et de blessés causés le jour précédent par les accidents de circulation dans la région métropolitaine de Tokyo.

62. Cet endroit secret n’a rien de particulier sinon qu’il est situé tout près de l’université mais que personne n’y va jamais; il est donc parfait pour s’y installer à midi avec des amis après avoir acheté à manger dans le combini tout proche. Il offre aussi un très beau contraste entre les grands bâtiments modernes de Waseda à l’arrière-plan et les petites maisons en bois qui bordent la ruelle.

63. L’office de poste local: indispensable pour le courrier, mais aussi pour obtenir quelques yen (la poste est notamment l’un des rares endroits au Japon où les cartes de crédit étrangères peuvent être utilisées pour retirer de l’argent).

64. L’office de poste de Kita-Shinjuku ouvre plus longtemps que les autres et c’est aussi là que vous devrez vraisemblablement aller chercher de l’éventuel courrier recommandé.

65. La place Takadanobaba est l’endroit de rendez-vous des étudiants de Waseda les soirs de week-end (ce qui explique que l’on peut y voir des gens complètement saouls déjà vers sept-huit heures du soir, un vendredi ou un samedi).

66. Juste en-dessous du pont ferroviaire, il y a deux grandes fresques à l’effigie des personnages d’Osamu Tezuka. Pourquoi? Parce que l’un des plus célèbres d’entre eux – Astro, le petit robot (Astro Boy aux USA, Atomu en version originale) est censé être « né » à Takadanobaba, justement. D’ailleurs, c’est la musique du générique de l’anime qui accompagne les trains à l’arrêt JR (toutes les stations de la ligne Yamanote ont chacune leur petite musique pour faciliter leur identification).

67. Enfin, je ne reviendrai pas sur le New Sky Building – il y a un article pour cela – mais dorénavant, vous saurez où le trouver exactement.

22. Ce restaurant chinois niché près du bâtiment 22 sera parfait pour les repas avec votre classe de japonais.

Les finances au Japon III: sept astuces pour économiser

05/07/2010

Ce n’est pas parce que le Japon est un pays cher que l’on ne peut pas trouver quelques combines pour payer moins! Voici, en vrac, sept astuces qui vous permettront de grappiller par-ci et par-là quelques centaines de yens pour vous permettre de ne pas dépenser de l’argent en vain et de le dilapider plutôt en jouant à Blazblue dans le Game Taito de Takadanobaba:

1. Les 100 yen shops: si vous avez besoin d’une pile ou d’un pack de papier A4 à trois heures et demie du matin (et il se peut que vous en ayez besoin – la vie au Japon réserve bien des surprises parfois), vous vous dirigerez naturellement vers un convenience store, ou combini. Toutefois, soyez prêt à payer un surcoût (typiquement 15-20%) – le confort a un prix. Si vous voulez économiser de l’argent, c’est vers un autre type de magasin qu’il faut se tourner: le 100 yen shop. Comme son nom ne l’indique pas, tout y coûte 105 yen (impôt compris). Que peut-on acheter pour ce prix? Étonnamment beaucoup de choses. Un parapluie, par exemple, ou un bloc de papier A4, ou 4 batteries, ou une tasse, ou une paire de pantoufles, ou quatre crayons, ou des enveloppes, ou… Bref, vive la Chine toute proche! A votre arrivée, vous aurez sûrement besoin de quelques ustensiles de cuisine et de quelques autres petites bricoles pour votre logis: dans l’un de ces magasins, vous trouverez tout ce qu’il vous faut sans vous ruiner. Il existe aussi des 100 yen shops alimentaires: là encore, vous pourrez y acheter pas mal de nourriture bon marché (mais pas forcément saine…), de quoi ne pas mourir de faim durant une fin de mois tenue.

2. Don Quijotte est une chaîne de magasins spécialisés dans le discount et les fins de stocks. On y trouve absolument de tout, des chaussettes aux vélos, en passant par les jeux vidéo. En gros, c’est là où vous irez lorsque vous aurez besoin d’acheter bon marché quelque chose qui ne peut pas valoir seulement 100 yen. Les plus gros magasins de la chaîne sont de plus de véritables attractions touristiques car on peut vraiment y trouver n’importe quoi pour autant que ce n’importe quoi soit à prix réduit, de l’encens aux montres Rolex (authentiques – ne valant que 1’000’000 yen à la place de 1’200’000).

3. Au cinéma, vous pouvez facilement laisser 1’800 yen pour un seul film, et plus encore s’il est en 3D. Toutefois, il y a des moyens de payer moins cher: si vous êtes une fille, vous obtiendrez des réductions substantielles un jour spécifique de la semaine (souvent le mercredi) et ne payerez plus que 1’000 yen par exemple. Vous êtes de sexe masculin? Tout n’est pas perdu: la même réduction s’applique à tout le monde un jour par mois. Consultez donc le Web (ou vos amis japonais) et planifiez vos loisirs cinématographiques en conséquence.

4. Le Grutt Pass, indispensable pour les amoureux de la culture, est un fascicule contenant des dizaines de coupons donnant droit à des entrées et à des bons de réduction aux principaux musées de la ville. Il coûte 2’000 yen et s’achète aux guichets des établissements participants (y compris le Musée National de Tokyo, le Zoo d’Ueno, le Miraikan [le génial musée de l’innovation situé à Odaiba], la galerie d’art moderne au sommet de la Mori Tower à Roppongi, entre autres).

5. Le Seishun Juhachi Kippu: j’en ai déjà parlé et je le répète: pour seulement 11’500 yen, vous pouvez acheter dans les stations JR un pass transmissible de 5 jours (pas nécessairement consécutifs) qui vous permettra de voyager librement sur le réseau JR à l’exclusion des trains express et des Shinkansen. En sachant qu’il est possible d’aller en train local de Tokyo à Hiroshima en un jour (cela vous prendra bien 16 heures, mais vous y arriverez), vous pouvez faire des économies très substantielles (ce trajet-là, par exemple, vous coûtera du coup 2’300 yen à la place de 11’000 yen que le même trajet coûte normalement en trains locaux, sans parler des presque 30’000 yen du Shinkansen…)

6. Gakuwari: Seuls les étudiants qui lisent leur pack de bienvenue le savent, mais ils peuvent récupérer jusqu’à 10 certificats gakuwari (réductions étudiantes) par an. Ces petits papiers, présentés au guichet JR, peuvent vous faire gagner 20% du prix de la course. A retirer auprès des distributeurs automatiques dans les couloirs de l’uni ou auprès du secrétariat de votre faculté.

7. Les excursions culturelles de Hoshien: organisés 4 fois par année par le dortoir Waseda Hoshien (et donc largement payés par les pensionnaires de l’établissement), ces séjours culturels de 2-3 jours sont néanmoins ouverts à tous les étudiants internationaux de Waseda. L’organisation est impeccable, la panoplie des activités est très large et le rapport qualité/prix (moins de 10’000 yen – à ce prix, ne serait-ce que s’éloigner de Tokyo est déjà problématique pour le touriste lambda) est imbattable. De plus, l’ambiance qui y règne est géniale, lisez mes billets sur Shirakawa et sur Nagano pour vous en assurer. Si votre budget est limité, c’est le moyen idéal de voir du pays et de découvrir la culture traditionnelle japonaise à peu de frais.

Les finances au Japon II: planifier son budget

04/07/2010

Les meilleures improvisations sont celles que l’on prépare; la même chose peut être dite des voyages, et surtout des voyages qui durent un an. Dans notre monde hélas imparfait, l’argent reste encore et toujours le nerf de la guerre; par conséquent, c’est lui (ou plutôt son absence) qui risque de freiner vos plans de conquête napoléoniens. Planifier son budget devient donc crucial pour savoir: a) ce qui vous pourrez faire; b) ce que vous ne pourrez pas faire; c) ce que vous pourriez faire pour pouvoir faire ce que vous ne pouviez pas faire avant.

Très concrètement, je vais vous proposer deux feuilles Excel, qui, si vous prenez la peine de les faire, pourront vous éclairer à la fois sur votre situation financière et sur vos possibilités d’influencer cette situation. L’une d’entre elles, à remplir avant le séjour, vous donnera une première idée de votre budget; l’autre, à remplir pendant, vous aidera à contrôler si vous restez bien dans les limites précédemment fixées.

1. Avant de partir

Voici à quoi pourrait ressembler votre budget préliminaire:

Tout d’abord, vous constaterez qu’il y a toujours deux colonnes pour les montants: l’une pour les devises de votre pays et l’autre pour les yen. Ceci est simplement dû au fait que certaines de vos recettes et dépenses durant l’année seront en monnaie de votre pays et d’autres (la plupart, en fait) en yen. Commencez donc par harmoniser le tout en convertissant tous les montants qui ne sont pas en yen de façon à n’avoir plus que des montants en monnaie japonaise; après tout, ce sera la monnaie de votre séjour, alors autant s’habituer tout de suite. Bien sûr, se pose la question du taux de conversion: c’est la première ligne de ce tableau. Soyez relativement pessimiste en le choisissant; d’une part, il changera durant l’année (et, loi de Murphy aidant, dans le sens qui vous arrange le moins) et d’autre part il y a tous les frais additionnels (votre banque va vous facturer le changement de devises, puis le transfert de cet argent depuis le compte domestique vers le compte japonais; les distributeurs japonais, eux, prélèveront une commission sur le retrait du cash). Ainsi, si vous allez sur le site de votre banque et voyez qu’un euro vaut 105 yen au cours du jour, sachez que vous n’en verrez au final guère plus de 100.

Je vous propose de classer toutes vos entrées et sorties d’argent en deux catégories: les « uniques » et les « mensuelles ». Les entrées/sorties uniques ne se produiront, comme leur nom l’indique, qu’une seule fois, habituellement au début du séjour. Par exemple, l’argent que vous avez réussi à économiser avant le voyage, un éventuel job d’été précédant le départ (s’il y a un été où travailler est une bonne idée, c’est bien celui qui précède un départ au Japon) ou la tante Mathilde qui décide de vendre l’un de ses Caravage pour vous aider à financer le voyage peuvent être considérés comme des recettes uniques. Quand aux dépenses uniques, elles seront constituées principalement du billet d’avion et des frais d’installation. Si vous comptez faire de grands voyages, en dehors du Japon notamment (et la plupart des étudiants en échange ici en font, l’occasion de visiter l’Asie sans passer 10 heures dans un avion est trop belle pour ne pas être saisie), ce serait une bonne idée de mettre un peu d’argent de côté pour cela dès le départ; là encore, vous pouvez classer cette dépense-là comme unique. Si vous savez déjà que vous allez faire des dépenses ponctuelles importantes (refaire votre garde-robe, vous acheter un kimono…), mettez-les aussi là-dedans.

A ce stade-là, vous pouvez faire la différence entre vos recettes et vos dépenses uniques pour obtenir ce que j’appelle votre « solde initial » (case couleur azur) – la cagnotte que vous userez peu à peu au fil des mois au Japon. Idéalement, il vaut mieux qu’elle soit positive, c’est-à-dire que vous ne vous retrouviez pas avec un trou dans le budget immédiatement après posé le pied sur le sol nippon.

Une fois ce montant déterminé, intéressons-nous au budget mensuel. Du côté des entrées d’argent, nous pouvons comptabiliser, par exemple, la bourse (si vous en avez une) les « subventions » versées par les parents (si vous en avez deux), ou les revenus d’un éventuel petit boulot au Japon (une estimation prudente de la rémunération serait de 1500-2000 yen de l’heure). De plus, on peut y rajouter notre « solde initial » calculé précédemment, divisé par le nombre de mois (par exemple, 11) pour refléter le fait que vous allez peu à peu dépenser cette somme.

Du côté des dépenses, nous avons tous les frais inévitables mentionnés hier, comme la nourriture, le logement, et ainsi de suite. Vous noterez que je classe les « loisirs quotidiens » (c’est-à-dire les cafés, les soirées cinéma entre amis, et ainsi de suite) parmi les frais inévitables pour la simple et bonne raison que, même si en théorie vous pouvez bien évidemment mener une vie d’ermite et ne dépenser que le strict minimum, en pratique vous verrez rapidement que ces petits plaisirs de la vie représentent en effet des coûts bien moins facilement compressibles que la nourriture par exemple. Autant les inclure directement dans le calcul. En sommant ces frais avec tous les autres, vous obtiendrez vos dépenses mensuelles totales. Bien sûr, pour le moment vous n’avez aucune idée précise de ces montants, mais vous pouvez utiliser mon article d’hier, d’autres estimations du coût de la vie trouvées sur Internet ou contacter l’université pour se faire une première idée – quitte à modifier quelque peu votre feuille de calcul une fois sur place.

En soustrayant vos dépenses mensuelles de vos recettes mensuelles vos obtiendrez votre revenu disponible (case verte), que j’ai nommé « explorer le Japon » parce que c’est probablement à cette noble cause que la majeure partie dudit revenu sera affectée. Pour davantage de clarté, on peut encore rajouter une cinquième plage de données dans laquelle on entrera quelques dépenses ainsi que le revenu disponible divisés par 4.5 (le nombre moyen de semaines dans un mois) pour avoir une idée des limites de dépenses à se fixer chaque semaine.

Une fois ce tableau fait et rempli ne serait-ce que sommairement, la partie la plus intéressante commence. Le nombre qui mérite le plus votre attention – celui qui risque bien d’influencer le plus votre qualité de vie au Japon et les expériences que vous y ferez – se trouve dans la case verte (enfin, dans les deux cases vertes mais c’est au fond le même nombre, bien évidemment). La première chose est donc de regarder ce nombre et de vous demander si vous aimez ce que vous voyez, en sachant qu’un aller-retour Tokyo-Kyoto coûte 9’000 en bus de nuit « classe bétail », 13’000 yen en bus de nuit relativement confortable, 16’000 yen en train normal et 25’000 yen en Shinkansen. Il y a fort à parier que vous n’aimerez pas ce que vous verrez dans cette case.

A partir de ce moment-là, il vous faudra commencer à jouer avec les nombres dans les cases. Et si j’essayais de dépenser moins en sorties? Et si je logeais en colocation plutôt qu’en chambre individuelle? Et si j’allais dévaliser une grand-mère et prendre son portefeuille? Et si je prenais un job cet été plutôt que de partir en Sardaigne? Cette arithmétique n’est peut-être pas des plus joyeuses, mais vos efforts seront récompensés une fois sur place, lorsque vous ne serez plus obligé de refuser toutes les propositions de vos amis lors de la seconde partie du voyage après un premier acte fastueux.

2. Durant le séjour

Justement, comment faire en sorte de surveiller vos dépenses une fois sur place? Pour cela, la méthode est banale, très ennuyeuse mais aussi très efficace: reporter minutieusement chacune de vos dépenses dans un carnet de bord (virtuel). Concrètement, assignez une poche de votre pantalon (si vous êtes un garçon, ou une fille très à la mode) ou de votre sac (si vous êtes une fille, ou un garçon très à la mode) au transport de tous les tickets de caisse et billets de métro; et, chaque soir, indépendamment de votre état de fatigue et/ou ébriété, reportez les montants dans une feuille Excel en mentionnant la date et le type de dépense. Je vous conseille de classer ces sommes par catégories, chaque catégorie correspondant à une colonne, afin qu’il soit plus facile de faire de sommes par la suite: par exemple, « Repas dehors », « Achats nourriture », « Bars », « Snacks », « Transports », « Scolaire », « Unique » (pour des dépenses exceptionnelles comme des cadeaux) et ainsi de suite. Faire la chose est relativement pénible, mais très bénéfique à deux égards. D’une part, vous pourrez toujours garder la main sur le pouls et vérifier que vos dépenses restent dans les limites que vous vous êtes fixé; d’autre part, le simple fait de devoir mettre dans la poche encore un ticket de caisse et devoir reporter encore un montant sur la feuille Excel peut vous éviter bien des dépenses inutiles – d’expérience, il m’est arrivé de renoncer à l’achat d’un snack au combini juste pour m’éviter ce travail, chose bénéfique autant pour mon portefeuille que pour mon estomac.

Bien sûr, vous n’aurez pas à faire la chose toute l’année; les deux-trois premiers mois suffiront. Après, en s’adaptant à la monnaie et aux prix du pays vous commencerez à « sentir » vos dépenses et à savoir instinctivement si vous vous situez en-dessous ou au-dessus du point de repère établi tout au début.

Voilà pour la préparation et le suivi de votre budget. La chose peut effectivement paraître un peu fastidieuse – chose sans doute expliquée par le fait qu’elle l’est – mais je vous assure que, en ce qui concerne ce genre de choses, le meilleur moyen de ne pas avoir à y penser est d’y penser dès le départ.

Demain, nous verrons quelques astuces pour économiser à Tokyo pour essayer de comprimer un peu plus notre budget. Stay Tuned!

Les finances au Japon I: le coût de la vie

03/07/2010

L’une des questions les plus épineuses qui puisse se poser devant un étudiant en échange est bien évidemment celle du budget. Avoir le courage de se lancer dans une grande aventure comme celle-ci est bien; encore faut-il en avoir les moyens… notamment dans le sens financier du terme. L’une des premières choses que vous devriez faire est donc d’aller chercher du côté de l’Internet pour trouver quelques estimations sur le coût de la vie d’un étudiant à Tokyo. Je vais vous en proposer une ici; bien évidemment, le mieux est encore de croiser vos sources (ainsi qu’à faire attention au temps écoulé entre la parution de ce billet et le moment où vous lisez ces lignes) mais j’espère vous donner une première idée générale de ce à quoi il faudra vous préparer.

Pour vous offrir directement un executive summary: le Japon est un pays cher (l’un des plus chers au monde, en fait). Si vous venez de Suisse, vous ne vous sentirez pas dépaysé; venant de France ou de Belgique, vous risquez déjà de tirer un peu plus la langue. Et si vous venez d’un pays notoirement bon marché (je pense notamment à des camarades de SILS venus d’Amérique Latine), ce sera carrément le choc. Etudier à l’étranger, ça a un prix.

Cela dit, tout n’est pas aussi simple. Le Japon est un pays généralement cher, mais pas uniformément cher. La restauration, par exemple, est d’excellente qualité pour un prix dérisoire (selon les standards suisses). De même, dans les « 100 yen shops », on peut trouver toutes sortes d’objets (des parapluies aux blocs de papier) importés de la Chine voisine à des prix imbattables. En fait, tant que l’on mène une vie ordinaire, « métro-dodouni-dodo », on arrive à s’en sortir en dépensant relativement peu. C’est surtout lorsqu’on veut faire quelque chose sortant un peu de l’ordinaire – comme un voyage, par exemple – que les prix prennent véritablement l’ascenseur. Main invisible et objective du marché ou stratagème pernicieux pour confiner la population dans les limites rassurantes de la routine quotidienne? Vous aurez tout le loisir de réfléchir à la question une fois sur place; ce qu’il vous faut savoir c’est qu’en tant qu’étudiant en échange vous cumulerez les deux casquettes – celle de l’habitant et celle du touriste – et que votre facture finale dépendra donc largement du poids relatif de chacun de ces deux rôles dans votre mix personnel.

Passons à présent en revue quelques-uns de vos principaux postes de dépenses « obligatoires », celles auxquelles vous serez obligés de faire face. Une fois ceci déterminé, vous pourrez voir vous-même combien d’argent vous restera pour couvrir des coûts discrétionnaires comme les voyages ou l’achat de ce katana dont vous rêviez par exemple.

Comme on pourrait s’y attendre dans un pays aussi exigu et peuplé, le logement sera sans doute la principale hémorragie infligée à votre portefeuille. Vous aurez beaucoup de peine à trouver quelque chose en-dessous de 40’000 yen par mois (et encore, à ce prix-là ce sera soit une chambre à partager avec un colocataire avec les WC à l’étage, soit une chambrette microscopique à deux heures en train du centre-ville). Prévoyez au moins 60’000 pour quelque chose de plus correct; et sachez que dans mon dortoir, par exemple, les derniers étages (avec, il est vrai, une vue splendide sur les tours de Shinjuku la nuit dont je ne peux que rêver) flirtent avec les 100’000 yen/mois. Et là, je parle des dortoirs sous le patronage de l’université. Comptez à peu près la même chose pour louer soi-même un petit appartement (même si c’est assez compliqué, notamment parce qu’il faut un Japonais qui se porte garant et qu’il y a quelques frais cachés). Si vous choisissez de loger chez une famille d’accueil, cela vous reviendra à quelque 83’000 yen/mois; considérez encore que ce montant inclut les repas de matin et du soir (ce qui est cool) mais pas les frais de transport (ce qui l’est moins) – la plupart des familles vivent assez loin de l’université. Cela dit, le choix appartement/dortoir/famille d’accueil ne devrait pas être purement financier – après tout, il conditionnera fortement toute votre année. Je vous conseille de lire cet excellent article sur le sujet – tenez simplement à l’esprit le fait que l’auteur vivait en famille d’accueil au moment de l’écrire, et que pour ce débat comme pour tant d’autres (la meilleure console de salon, les (dés)avantages de la circoncision ou l’équipe de foot la plus forte par exemple) chacun prêche un peu pour sa paroisse.

Le coût des transports sera naturellement très fortement dépendant du fait où vous vivez. Pour planifier votre budget, je vous suggère fortement de séparer les déplacements « obligatoires » (c’est-à-dire le trajet jusqu’à l’université et à l’intérieur de la ville en général) des déplacements « touristiques » et d’inclure directement le prix du train pour ces escapades-ci dans le budget « découverte du Japon ». En ce qui concerne les déplacements de tous les jours, comptez peut-être 5’000 yen par mois si vous habitez dans un dortoir près de l’université (au début de l’année, quand vous bougerez pas mal dans la ville; ce montant aura tendance à décroître) auquel il faudra rajouter le montant de l’abonnement si vous vivez plus loin. L’abonnement vous donnera droit à des voyages illimités entre deux stations (c’est le seul type d’abonnement qui existe); son coût dépendra de la distance correspondante. En fonction du lieu où vous vivrez, il faudra compter 5’000 yen, 10’000, ou peut-être même plus.

La nourriture au Japon est savoureuse et généralement peu chère; des échoppes où l’on peut se sentir repu pour moins de 500 yen abondent, si bien que l’on peut passer une journée en faisant trois repas, dont deux dehors, pour moins de 1’000 yen! Cela dit, le prix élevé des fruits et légumes fait qu’en réalité il faut prévoir au moins 1’500 yen par jour par ne pas se retrouver carencé en toutes sortes de composés chimiques utiles. Et pour 2’000 yen par jour, vous ne vous refuserez rien… enfin, du point de vue d’un étudiant.

La facture de votre keitai (téléphone portable) peut varier du simple au quintuple selon le degré d’autodiscipline que vous vous imposerez. Etant donné que le Japon est le pays où dépenser de l’argent avec son portable est plus facile que n’importe où, grâce à la pléthore de services proposés (horaires des trains, tags spéciaux sur les publicités dans la rue à prendre en photo pour ouvrir une page Web spécifique, voire vidéo à la demande) j’ai déjà vu des gens recevoir des factures de 15’000 yen à la fin du mois. Cela dit, si vous réservez votre téléphone aux appels et aux SMS uniquement (qui seront de surcroît gratuits si vos amis utilisent le même opérateur que vous – une très bonne raison de s’organiser en groupe au moment de l’achat des abonnements) vous pourrez vous en tirer avec le forfait minimal d’un millier de yen par mois. Comptez 1’500-2’000 yen par mois pour une utilisation « raisonnable ».

L’assurance obligatoire japonaise couvrira 70% de vos frais médicaux éventuels pour un coût somme toute correct d’environ 1’200 yen/mois.

Un poste de dépenses auquel on ne pense pas forcément sont les fournitures scolaires: en début d’année, vous aurez à acheter une foule de livres plutôt chers. Bien sûr, tout dépendra de vos cours mais j’ai personnellement dépensé près de 20’000 yen par semestre, donc quelque 4’000 yen par mois si on répartit cette charge.

Enfin, n’oubliez pas d’inscrire les loisirs dans votre budget de base. Pourquoi? Parce que, disons-le honnêtement, personne, aussi décidé à limiter ses dépenses soit-il, ne peut renoncer à aller boire un verre ou regarder un film avec ses amis un samedi soir – ni ne devrait, d’ailleurs. Après tout, un échange universitaire est aussi une aventure humaine et si vous n’intégrez pas cet état de fait dans votre budget, il ne sera tout simple pas tenable, et par conséquent inutile. Dans la mesure où ces petits plaisirs sont donc virtuellement inévitables, autant les inclure directement. Au niveau des prix, c’est assez simple: une visite au cinéma, quelques heures au karaoke ou deux bières dans un bar vous coûteront à chaque fois environ 2’000 yen. Comptez donc 10’000 yen par mois au minimum si vous ne comptez pas vivre en ermite (en sachant que c’est vraiment le minimum absolu et que vous dépenserez en fait probablement plus).

Enfin, vous aurez sans doute à faire face à quelques frais d’installation en arrivant au pays. L’exemple le plus flagrant est le cas de la location d’un appartement: vous devrez payer une somme d’argent non négligeable et non remboursable au propriétaire en guise de « cadeau de bienvenue ». Même si vous logez dans une famille ou un dortoir, vous aurez des petits frais par-ci et par-là comme le transfert Narita-Tokyo, un peu de vaisselle, des éventuels cautions (pour le dortoir par exemple), des frais d’inscription à la salle de fitness (moins de 1’000 yen par an à Waseda, autant dire presque gratuit mais il faut les payer quand même), peut-être un oreiller si les japonais, durs comme du bois, ne vous plaisent guère et ainsi de suite (certaines choses sont vraiment toutes bêtes – quand on achète un portable au Japon, par exemple, le câble d’alimentation pour le recharger est à acheter séparément). Réservez en tout cas 15’000 yen pour ces choses-là, on ne sait jamais.

Si vous faites la somme de tout ceci, vous verrez que la somme minimale nécessaire pour mener une vie au Japon – voyages, achats et petites folies diverses non inclus – tourne autour des 150’000 yen par mois. Cela dit, je connais des gens qui arrivent à rentrer dans 100’000 yen, mais avec un loyer très très avantageux. Et comme vous voudrez sans doute voyager, le coût réel de la vie sera bien supérieur à 150’000 yen par mois (un aller-retour Tokyo-Kyoto, c’est 9’000 yen en bus de nuit « classe bétail », 16’000 yen en train local et 25’000 yen en Shinkansen). En sachant que la plupart des bourses (si vous parvenez à en obtenir une) tournent autour des 80’000 yen par mois, un constat s’impose: il vous faudra un financement supplémentaire, qu’il vienne de vos parents, de vos économies ou d’un petit boulot au Japon. C’est donc une bonne idée de bien réfléchir à ces questions-là histoire de ne pas être pris au dépourvu une fois sur place.

Demain, justement, nous verrons très concrètement comment vous pouvez – grâce au logiciel tableur de style Excel sur votre ordinateur – planifier et surveiller vos dépenses, à la fois avant et durant le voyage. Stay tuned!

Se déplacer au Japon III: en train

21/06/2010

Pour finir notre tour d’horizon consacré aux transports en commun japonais, nous examinerons aujourd’hui le système ferroviaire. Ce qu’il faut savoir, tout d’abord, c’est qu’au Japon vous prendrez le train même si vous ne comptez pas sortir de Tokyo: en effet, l’un des moyens les plus fréquemment utilisés pour se déplacer dans la capitale est la ligne circulaire Yamanote qui, bien qu’elle ait de nombreuses connexions avec le métro, est opérée par Japan Rail (et plus précisément par une branche nommée JR East; si vous allez à Osaka, par exemple, vous serez pris en charge par JR West, mais c’est, pour toutes considérations paratiques, la même chose).

La couleur de JR East est le vert: c’est aux grands panneaux de cette couleur que vous reconnaîtrez les stations JR. Pourquoi faut-il les reconnaître? Tout simplement parce que tous les trains ne sont pas opérés par JR Rail! C’est un peu comme pour le métro, il y a plusieurs compagnies, sauf que là il y en a beaucoup plus que deux. Au Japon, la privatisation du transport ferroviaire a fait que des grandes entreprises ont massivement investi dans le rail, en construisant des lignes… mais aussi ce qu’il y a autour. Par exemple, vous pouvez arriver à Shinjuku, faire vos courses au department store Odakyu, puis prendre la ligne Odakyu jusqu’à la ville de Sagamihara et dormir à l’hôtel Odakyu. Les lignes privées sont souvent plus chères que les JR (même si ce n’est pas nécessairement le cas), mais elles sont bien souvent le seul moyen commode de rallier une destination particulière (comme Hakone, par exemple, ou Nara où la gare privée se trouve bien plus près des attractions principales que la gare JR).

Devant la profusion de lignes et de trains (les Japonais eux-mêmes ont de la peine à s’y retrouver parfois!) une seule solution: un guide de voyage (ou au moins une feuille avec les noms exacts de toutes les lignes et arrêts) à emporter avec vous avant chaque escapade. Pour le moment, concentrons-nous toutefois sur les JR et leurs panneaux verts.

On achète ses billets aux machines quasi identiques à celles du métro. Là encore, vous trouverez juste au-dessus une carte affichant les tarifs. Seul problème…

…là, tout est en japonais! Et il n’y a pas de petit plan en anglais pour se repérer…

Comment faire? Eh bien, c’est en règle générale une bonne idée de noter quelque part les kanji des noms lieux que l’on veut visiter et pas seulement leur prononciation en caractères latins, d’autant plus que les indications en anglais se raréfient dramatiquement lorsqu’on pointe le bout de son nez en dehors de la capitale. Cela dit, rien ne vous interdit de demander de l’aide aux Japonais – même sans parler la langue, quelques gestes suffiront et la plupart des gens vous aideront avec plaisir. Ou alors – excusez-moi, je me répète – vous pouvez aussi vous acheter une Suica et ne plus vous préoccuper de lire les cartes au-dessus des machines. Justement, voyons comment faire. D’abord, il nous faut trouver une machine comme celle-ci:

Seigneur, encore du japonais partout. Heureusement que le bouton « English » en haut à droite est là pour nous sauver.

Voilà qui est mieux.

On appuie sur (surprise!) « Purchase a new Suica ».

Puis sur « Suica » et pas « MySuica ».

Reste à insérer 2000 yen. 500 serviront de garantie, récupérable dans un guichet JR si vous rendez la carte (si vous aurez le coeur de l’abandonner, bien sûr) et 1500 seront crédités sur votre compte.

Voilà, maintenant, tant que vous avez de l’argent sur la Suica, vous n’aurez plus à vous préoccuper d’acheter des billets. Et même si vous oubliez de la réapprovisionner en cash vivifiant à temps, vous pourrez toujours le faire dans des caisses marquées « Fare Adjustment » à la sortie (et par « pourrez » je veux « devrez », sinon on ne vous laissera pas sortir). Pour vous donner une idée des prix, un voyage dans Tokyo coûtera entre 150 et 300 yen, et pour des trajets plus longs, une bonne approximation est « une heure de trajet = 1000 yen ».

Note importante: avec la Suica (ou un billet normal) vous pouvez prendre des trains appelés « Local » ou « Rapid »; pour emprunter un « Limited Express », un « Superexpress » (c’est-à-dire le Shinkansen), ou un train avec un nom propre (comme le « Narita Express ») il vous faudra un ticket spécial.

Bon, rentrons dans la gare et voyons un peu la signalétique. Les lignes JR sont indiquées par des rectangles de couleur accompagnant les numéros des voies.

Et les transferts sont représentés comme ce qui suit sur la photo ci-dessous. Si nous prenons à droite, nous pourrons accéder aux lignes de métro Shinjuku ou Oedo (un cercle de couleur symbolise toujours le métro), aux lignes de train privées Odakyu, Keio et New Keio (notez le pictogramme de train: il symbolise le transfert sur une ligne de train non affiliée) ou alors au quartier d’affaires (comme dans le métro, le jaune indique les sorties).

Une fois sur le quai, cherchez ces affiches verticales. Elles vous permettront de vous assurer que les trains arrivant sur le quai vont bien là où vous le voulez et indiqueront le temps de trajet.

Tirez profit des différents types de train: si vous allez loin, autant ne pas prendre un train local qui s’arrêtera à toutes les stations, quitte à attendre un peu. Par exemple, si vous voulez aller à Odawara et vous voyez qu’un « Rapid » arrive dans 3 minutes et un « Special Rapid » dans 6, prenez la seconde option – les 3 minutes d’attente supplémentaire au départ se mueront en 5 minutes d’avance à l’arrivée. (Je concède que cet exemple-ci n’est pas le plus flagrant, mais sachez que la différence peut aussi être d’une demi-heure selon les cas). Notez que vous pouvez prendre les trains marqués « Special », « Commuter », et ainsi de suite sans payer de supplément: c’est des « Limited » qu’il faut se méfier. Autre petite remarque: les wagons de première classe s’appellent « Green Car » au Japon et sont eux aussi à éviter si vous êtes un étudiant fauché.

Et le Shinkansen dans tout ça? Même s’il y a des automates qui vendent les tickets, le plus simple pour commencer sera de s’adresser à un guichet de la gare (cherchez de grands panneaux verts). Il existe deux types de places pour le Shinkansen: réservées et non réservées. Dans chaque train, un certain nombre de wagons du devant est laissé aux places non réservées et on peut accéder aux autres que si on a réservé une place. Réserver ne coûte pas plus cher, c’est une question de choix. Si vous réservez, vous aurez l’assurance d’être assis (au Japon, ce n’est pas parce que l’on va à 300 km/h que l’on ne peut pas rester debout serré comme une sardine); si vous ne réservez pas, vous aurez la flexibilité de l’horaire.

Dans la plupart des gares, pour accéder aux Shinkansen, il faut passer par deux tourniquets; l’un pour accéder à l’intérieur de l’enceinte (là où tous les quais « normaux » se trouvent) et un autre pour accéder aux quais réservés aux superexpress. Ne soyez donc pas étonné si vous recevez deux tickets pour une seule course; l’un vous donnera le droit de passer le premier tourniquet (et donc de faire le voyage A -> B en descendant sur un quai « normal ») et l’autre de passer le second tourniquet (et donc de faire ce voyage en Shinkansen). Dans le doute, insérez les deux dans la machine, elle fera elle-même le tri. Et si ça marche pas, il y aura toujours un employé pour vous aider. Parfois, il peut aussi arriver que l’on vous donne un seul ticket combinant les deux et la question ne se posera pas.

Enfin, j’aimerais terminer cet article en touchant deux mots de l’aspect financier. Le prix des voyages au Japon est absolument exorbitant: aller à Hiroshima en Shinkansen coûte plus cher que voler jusqu’à Séoul! Il existe deux manières principales d’alléger quelque peu la facture. La première s’appelle le Japan Rail Pass. Disponible aux touristes uniquement (et donc pas à ceux qui restent au Japon un an pour leurs études par exemple) pour une durée d’une, deux ou trois semaines, le Pass doit être précommandé avant le départ dans le pays d’origine. Une fois au Japon, vous pourrez convertir votre preuve d’achat en Pass proprement dit à la date de votre convenance – planifiez donc bien votre séjour pour en tirer au mieux profit. Le Pass vous permettra de voyager gratuitement sur tous les trains JR (« Limited Express », Shinkansen, Narita Express et ligne Yamanote y compris) mais sur les trains JR seulement – donc il ne couvre pas le métro à Tokyo ou les nombreuses lignes privées que compte le pays. Et même pour le Shinkansen, il y a un petit piège. Tout comme il existe des trains express et des trains locaux, il existe aussi des Shinkansen « express » et des Shinkansen « locaux » (enfin, toutes proportions gardées), autrement dit qui s’arrêtent à plus ou moins de stations et sont donc plus ou moins rapides. L’astuce pour embrouiller le gaijin, c’est qu’ils ne s’appellent pas « express » ou « locaux » mais ont des noms poétiques comme « Nozomi » (espoir), « Hikari » (lumière), « Kodama » (écho) et j’en passe. Il se trouve que les détenteurs d’un JR Pass ont le droit d’emprunter tous les Shinkansen à l’exception des Nozomi. Et bien sûr, comme par hasard, ce sont les Nozomi qui sont les plus neufs, les plus directs, les plus fréquents et les plus rapides. Enfin, pas de panique – vous arriverez tout de même à destination, juste une heure plus tard peut-être. Simplement, ne vous jetez pas dans le premier Shinkansen venu – vérifiez qu’il ne s’agit pas d’un Nozomi, les contrôleurs ne rigolent pas, politesse japonaise nonobstant. Le mieux est encore de passer à un guichet JR avant le voyage pour demander quel est le meilleur train à prendre sachant que l’on dispose d’un Pass – ce sera aussi l’occasion de réserver un siège.

Si vous n’êtes pas un touriste mais un résident à long terme, vous avez une autre option financièrement intéressante offerte par les JR: le Seishun Juhachi Kippu. Valable uniquement lors des vacances scolaires, il coûte 11’500 yen et contient 5 « points ». Composter un de ces points donne droit à une journée de voyage sur les lignes JR, mais avec les mêmes restrictions que pour l’achat d’un billet simple ou l’utilisation de la Suica: trains « Local » ou « Rapid » seulement, pas de « Limited Express » ou de Shinkansen, donc. Du coup, les voyages sont longs, très longs (une dizaine d’heures entre Tokyo et Osaka…): prévoyez des cartes et de quoi se sustenter. Le prix, par contre, est imbattable (2300 yen la journée de voyage) d’autant plus que l’on peut composter plusieurs points par jour et donc voyager à plusieurs sur un seul ticket.

Notez enfin que les détenteurs d’un JR Pass ou d’un Seishun Juhachi Kippu ne doivent pas emprunter les tourniquets comme tout le monde mais présenter leur carte à l’employé JR juste à côté de ceux-ci.

Dernière chose: ce site très pratique vous permet de planifier les voyages dans tout le Japon et à l’intérieur de Tokyo, couvrant à peu près tous les modes de transporte ferroviaire, du métro au Shinkansen (et même l’avion!), en vous indiquant les temps de trajet et les prix. Seul bémol, il a tendance a privilégier le Shinkansen sur le train local pour les voyages entre les villes, ce qui est parfaitement logique et pratique si vous avez un JR pass mais qui ne vous arrange pas si vous voyagez avec le Seishun Juhachi Kippu; dans ce cas de figure, adressez-vous à n’importe quel guichet des JR en disant que vous voulez utiliser ce ticket-ci et ils vous imprimeront un itinéraire personnalisé.

Voilà, ceci clôt notre petit aperçu des modes de transport au Japon. Quelle que soit la voie que vous choisirez – métro, train, Shinkansen, voire, pourquoi pas, un bus ou un avion – ne vous privez pas du plaisir d’explorer le pays lors des escapades d’un week-end… ou plus prolongées: c’est un immense bonheur, d’autant plus s’il est partagé.

Se déplacer au Japon II: en métro

21/06/2010

Pour l’étranger, la principale difficulté du système des transports en commun de Tokyo est de comprendre que les différentes lignes de train et de métro qui strient la ville n’appartiennent pas à un organisme unique mais à une multitude d’acteurs (privatisation oblige) et qu’il faut donc toujours savoir « chez qui » on est et surtout quand est-ce qu’on change de compagnie (un trajet typique vous demandera d’en combiner plusieurs). Une fois que vous aurez compris ceci, le reste coulera de source.

A Tokyo, on peut distinguer quatre entreprises de transports en commun:

Deux compagnies de métro (Tokyo Metro et Toei) qui gèrent les lignes souterraines;

– La compagnie nationale de trains, Japan Rail (ou JR) qui gère les RER et notamment la ligne circulaire Yamanote qui constitue la véritable épine dorsale de la ville;

– Des compagnies privées, qui gèrent des lignes spécifiques comme le monorail qui va sur O-Daiba.

Nous étudierons les trains JR demain et nous concentrerons aujourd’hui sur le métro. Je répète: une fois que vous comprendrez qu’il y a deux réseaux parallèles, gérés par deux entreprises séparées, tout deviendra très simple. Bien sûr, « parallèle » ne veut pas dire « isolé »: les stations où il est possible de changer de compagnie (ainsi que les stations qui communiquent avec celles des JR) sont légion, mais il est important de bien savoir quelle ligne on emprunte actuellement – et quand on en change.

En tenant ceci à l’esprit, regardez le plan du métro. Il regroupe les 4 lignes de Toei, les 8 lignes de Tokyo Metro, la ligne de train Yamanote des JR et même quelques lignes privées.

Voilà pour la théorie; maintenant, faisons un exercice pratique et descendons dans le métro à proprement parler.

Voici une entrée de station classique.

Notez que le « M » stylisé au-dessus ne désigne pas le métro en général mais bien la compagnie « Tokyo Metro »; le logo de Toei est une feuille verte (celle qui est juste en-dessous du T sur la carte). Cela dit, vous verrez que, à part ce logo, il n’y a presque rien qui change entre ces deux compagnies au niveau du système des tickets ou de la signalétique dans les stations; par conséquent, vous n’aurez aucun problème à vous adapter aux deux.

Près de la sortie de chaque station, on accroche un plan des environs (pratique) ainsi que les horaires des premiers et des derniers trains. Ce sont des informations très importantes; par exemple, si vous comptez sortir le soir, il peut ne pas être inutile de vérifier, dans la station de destination, quand partira le dernier train susceptible de vous ramener chez vous… ou le premier, le lendemain. Notez qu’à Tokyo, le métro ferme assez tôt, ce qui veut dire que les jeunes qui n’habitent pas dans un quartier de nuit mais qui veulent sortir quand même sont pratiquement condamnés à faire des nuits blanches, ce qui explique la popularité des lieux susceptibles de les accueillir après la sortie de boîte jusqu’au petit matin (comme des karaokes, des manga-cafés ou des love hotels).

Chaque ligne du métro (que ce soit une ligne Toei ou Tokyo Metro) se voit attribuée une couleur et une lettre. Par exemple, sur la photo ci-dessous on voit que nous sommes sur le point d’accéder à la ligne Fukutoshin, dont la couleur est le brun. De plus, chaque station à un numéro: celle-ci, Nishi-Waseda, porte le numéro 11. Ainsi, si vous avez peur d’oublier que vous devez aller à Higashi-Ikebukuro sur la ligne Yurakucho, vous n’avez qu’à retenir qu’il vous faut la station Y10 sur la ligne jaune.

Sur les escalators de Tokyo, la règle est simple: on se tient debout à gauche et on marche à droite. (Notons que ce n’est pas le cas dans tout le Japon; à Osaka, c’est le contraire par exemple) Cette règle est scrupuleusement, presque religieusement suivie par l’ensemble de la population quelle que soit l’heure ou l’encombrement des quais; l’enfreindre (en se mettant à deux de front, par exemple) est la meilleure façon de s’attirer les foudres des locaux (enfin, par foudres j’entends qu’ils seront moins souriants que d’habitude mais c’est déjà beaucoup). Vous aurez peut-être l’occasion de voir quelques personnes boucher le passage dans les escalators de l’aéroport (toujours des gaijin, évidemment) mais ce sera bien la dernière fois.

Un corollaire de cette règle est qu’un escalator japonais sera toujours suffisamment large pour deux personnes; pas d’escalators étroits comme à Séoul! Etant donné qu’une autre règle (de sécurité celle-ci) veut qu’un accès vers la surface doit toujours contenir un escalier (donc impossible de faire une sortie avec juste deux escalators), vous verrez bien souvent une combinaison « un seul escalator (typiquement dirigé vers le haut, même si cela peut varier selon l’heure) + un escalier » dans le métro, et tant pis si vous avez un bagage lourd à porter en bas. Cela dit, s’il n’y a pas d’escalator, c’est qu’il y a forcément un ascenseur quelque part, les Japonais ne rigolent pas avec l’accessibilité.

Après toutes ces péripéties, nous voici arrivés en bas, devant les machines qui vendent les tickets. Il y a des plans incompréhensibles et des kanji partout. Et maintenant, on fait quoi?

On regarde cette carte accrochée juste au-dessus des distributeurs. Notez qu’elle ne montre que le réseau Tokyo Metro puisque nous sommes dans une station Tokyo Metro. Pas d’inquiétude toutefois si votre destination est une station du réseau Toei – le plan de l’autre compagnie, identique, est accroché juste à côté. Dans tous les cas, le fonctionnement est le même: la station où vous êtes actuellement est en jaune, et chacune des autres stations porte un chiffre (160, 190, 230 etc.) qui n’est rien d’autre que le prix à payer pour la course. C’est donc le prix du billet que vous devrez acheter au distributeur ci-dessous.

Petit problème: les noms des stations sur ce plan sont en japonais. Comment faire? Pas de panique: regardez autour de vous et vous verrez, accroché au mur à la hauteur des yeux, un plan en anglais, et en-dessous un plan plus petit avec les prix.

De toute façon, il est très pratique d’avoir un plan sur soi; regardez donc autour de vous pour voir si l’un de ses présentoirs qui contient une foule d’informations utiles (dont les plans du métro anglais/japonais recto-verso) ne s’y trouve pas.

Maintenant que nous savons combien nous devons payer, il n’y a qu’à passer à la machine. L’écran à de quoi faire peur, mais il n’y a même pas besoin de lire: mettez simplement de l’argent dans la machine. Pièces ou billets, tout est accepté. Au fait, ne cherchez pas un prix étudiant: il n’y en a pas.

Au fur et à mesure que vous introduisez l’argent, la machine vous affiche les tickets que vous pouvez vous acheter avec cette somme. Lorsque vous voyez celui qu’il vous faut, touchez simplement le bouton pour récupérer le billet et votre monnaie.

Il se peut que vous rencontriez des modèles plus anciens de ces distributeurs où il n’y a pas d’écrans tactiles mais seulement des touches correspondant à des prix différents qui s’illumineront à fur et à mesure que vous introduise l’argent. Là encore, le principe est le même: mettez l’argent, choisissez un montant, récupérez le ticket et la monnaie, c’est on ne peut plus simple.

Avec le billet tout neuf, dirigez-vous à présent vers ces portiques. Glissez le billet dans la fente jaune et avancez: il ressortira sur le haut de la machine. Achtung! Récupérez le billet, vous en aurez besoin.

(Note amusante: le billet ressortira toujours dans le même sens quelle que soit la façon dont vous l’introduisez; il y a un mécanisme qui peut faire pivoter le ticket sur les trois axes avant de vous le redonner. Au début de mon séjour, je m’amusais donc à le mettre dans la fente à l’envers, retourné, de biais etc., émerveillé à chaque fois de le voir ressortir de la même façon)

A partir de là, plusieurs possibilités se présentent. Si votre voyage est simple, c’est-à-dire que vous restez au sein d’un même réseau de métro, vous n’aurez plus qu’à remettre le billet dans un portique identique à la sortie qui l’avalera car vous n’en aurez plus besoin. Si, au contraire, votre trajet implique un changement de réseau, vous devrez passer par un portique pour sortir du réseau de départ et par un autre pour rentrer dans l’autre réseau; dans tous les cas, il vous faudra insérer, puis récupérer votre ticket.

De manière générale, la machine saura elle-même si votre voyage est fini ou non; regardez donc toujours si elle vous rend le ticket ou pas et n’oubliez pas de le reprendre avec vous si c’est le cas.

Même si ça paraît compliqué à l’écrit, cela est très intuitif dans la pratique; on suit les flèches pour trouver sa ligne, on insère le billet s’il y a un portique, on le reprend si on nous laisse le reprendre. La seule surprise vient du fait que l’on peut trouver des portiques à mi-parcours, mais si on sait qu’il y a deux compagnies de métro on comprend tout de suite que cela veut simplement dire que l’on en change et non pas que l’on doit sortir. Pourtant, devoir acheter à chaque fois un billet en calculant au préalable le prix de la course devient vite ennuyeux. Si vous restez à Tokyo plus de deux jours, il est donc impératif de se munir d’une carte à prépaiement de type Suica. Vous pouvez acheter une Suica en pack avec votre billet du Narita Express ou dans n’importe quelle station Japan Rail (on verra demain comment); vous pouvez aussi acheter une carte PASMO, strictement identique, dans n’importe quelle station de métro mais je vous le déconseille car la mascotte de la Suica est un pingouin absolument adorable et celle de la PASMO est un robot fade et inintéressant. D’ailleurs, sachez que si vous achetez un pack N’EX + Suica, vous aurez une carte édition spéciale avec une jolie estampe mais sans pingouin, ce qui est peut-être financièrement avantageux mais esthétiquement inacceptable.

Dans tous les cas, une fois que vous avez cette carte, voyager devient du gâteau car vous n’avez plus qu’à toucher l’ovale bleu sur les portiques à chaque fois qu’ils se présentent à vous pour que le prix de la course soit automatiquement calculé et déduit. La technologie RFID FeliCa de ces cartes marche à une certaine distance, donc vous pouvez tranquillement la glisser dans votre portefeuille et toucher la borne avec celui-ci, sans même avoir à sortir la carte (si vous avez un portable compatible, vous pouvez aller plus loin encore en intégrant carrément la puce Suica à celui-ci et en le transformant de facto en un portefeuille électronique). De plus, ces cartes sont acceptées comme paiement dans de nombreux distributeurs et combinis. Bref, c’est absolument vital et ça fait gagner un temps fou.

Dernière chose: il se peut que vous vous trompiez en achetant un billet moins cher que le prix de votre course ou en commençant le trajet sans avoir suffisamment de fonds sur votre Suica (le portique ne vous laissera pas rentrer si vous avez moins de 160 yen sur la carte mais rien ne vous interdit, bien sûr, de rentrer avec 200 yen et d’entamer une course valant 230). Dans ces deux cas, le portique de sortie se fermera devant vous. Cherchez dans ce cas une borne « Fare Adjustment », qui ressemble beaucoup aux bornes de vente à l’entrée: en y insérant le ticket ou la Suica, vous pourrez rembourser la différence.

Lorsque vous prendrez l’escalator pour descendre sur les quais, cherchez des yeux un plan comme celui-ci; il vous indiquera s’il vous faut le quai de gauche ou celui de droite. Les correspondances avec toutes les lignes de métro et de train sont également indiquées.

Pour vous assurer d’attendre sur le bon quai, vous pouvez soit vous repérer par rapport aux noms des stations écrites sur les panneaux au-dessus des voies (« je suis à Nishi-Waseda, je vais à Kita-Sando, ce train s’arrête à Shibuya, sur mon plan du métro je vois que Kita-Sando est entre Nishi-Waseda et Shibuya, tout est en ordre »), soit simplement vérifier que le numéro de votre station se trouve dans l’intervalle écrit sur le panneau (« Kita-Sando est la station F14, F14 est entre F12 et F16, tout est en ordre »).

Les wagons marqués avec des rectangles roses sont réservés aux femmes aux heures de pointe le matin.

Consultez les panneaux d’affichage pour connaître l’heure d’arrivée des prochains trains – ils changent d’anglais en japonais. Dans le métro de Tokyo, il y a des rames normales et des rames express mais tant que vous restez au centre-ville, elles s’arrêtent toutes partout donc il n’y a à priori pas de différence.

Ces plans-ci, très pratiques, vous indiquent le temps de voyage estimé jusqu’aux stations. Ils sont faciles à voir.

Ceux-ci, verticaux et accrochés aux colonnes sur les quais, sont un peu plus discrets mais peuvent vous aider à optimiser le trajet. Ils vous permettent de savoir ce qui se trouvera, sur chaque station, devant les portes de votre wagon – ainsi, si vous avez une minute ou deux de libre avant que le train n’arrive, vous pouvez vous prépositionner de façon optimale sur le quai de départ.

Ces panneaux recèlent une foule d’informations pratiques, à commencer par le côté duquel les portes vont s’ouvrir (repérez la bande rouge à gauche ou à droite du nom de la station – ci-dessous, on voit qu’à Higashi-Shinjuku les portes s’ouvrent du côté gauche et à Shinjuku-sanchome et à Kita-Sando du côté droit). A droite de chaque nom de station, vous voyez un schéma de la rame de métro (ou plutôt de deux rames – en configurations 8 et 10 wagons), avec les wagons numérotés. L’avant de la rame est indiqué par un wagon dont un côté est oblique.

Ci-dessous, on voit par exemple que si vous voulez changer pour la ligne Marunouchi (rond rouge avec un « M ») il vous faut mettre dans le dernier wagon du train (portant, ironie du sort, le numéro 1) alors que si vous voulez la ligne Shinjuku (ou aller aux toilettes, ou aller dans le centre commercial « Marui ») vous avez meilleur temps de rester au milieu, vers le wagon 5. Certes, le gain de temps n’est pas immense, mais durant le rush hour, plus les gens sont positionnés de façon optimale par rapport à la suite de leur parcours, mieux c’est pour tout le monde.

Dans le wagon, n’oubliez pas de consulter ces mini-cartes pour savoir où vous en êtes.

Le train arrive à destination. Si vous devez changer de ligne, suivez ces panneaux-ci (qui vous indiquent non seulement la direction mais aussi la distance qui reste à parcourir).

Si vous devez sortir, cherchez un panneau jaune (de manière générale, toute la signalétique se rapportant aux sorties est faite en jaune dans le métro). Chaque sortie est désignée par une lettre et un chiffre. Si vous voulez aller dans un endroit connu, il y a de grandes chances pour qu’il soit indiqué dans ce répertoire. Le plan en coupe transversale peut également aider.

Il y a aussi des plans « vue d’oiseau », mais je les trouve personnellement moins utiles.

De toute façon, une fois que vous avez votre numéro de sortie, le mieux à faire est de simplement suivre les flèches. Notez que, sur les panneaux également, l’information relative à la sortie est en jaune, mais pas celle relative aux transferts.

Les panneaux sur les murs, plus détaillés, suivent aussi cette règle.

Très utile: avant de sortir, n’hésitez pas à consulter une carte détaillée des lieux accrochée typiquement près de l’escalator ou de l’escalier.

Enfin: vous êtes dans un couloir qui vous emmène à la surface. Plus que quelques mètres.

Et voilà, félicitations: vous venez de vous débrouiller comme un grand dans le métro de Tokyo. Demain, nous verrons comment on prend le train.

Se déplacer au Japon I: entre Narita et Tokyo

20/06/2010

Ca y est, c’est décidé: vous allez partir au Japon. Que ce soit pour de simples vacances ou pour une durée plus longue, vous venez de prendre l’une de vos meilleures décisions depuis un bon bout de temps et je vous en félicite. Pourtant, vous vous inquiétez peut-être. Allez-vous vous réussir à retrouver votre chemin dans ce pays qui peut rester – disons-le honnêtement – assez incompréhensible pour le voyageur non averti? Allez-vous arriver à vous frayer dans le labyrinthe des hiragana et des kanji? Ne pas vous perdre dans le dédale interminable des couloirs du métro? Ne pas prendre un train allant à l’opposé exact de là où vous voulez aller?

Franchement, je ne pense pas qu’il y ait trop d’inquiétudes à avoir. En Occident, on se fait volontiers peur avec la prétendue complexité du système des transports en commun japonais avec toutes ces légendes urbaines de pauvres touristes morts de faim sur les quais du métro faute de pouvoir retrouver le chemin. En réalité, bien que le système soit effectivement plutôt complexe, il est aussi très user-friendly et majoritairement accessible aux anglophones (c’est vrai que si vous ne maîtrisez pas la langue de Shakespeare, ça devient tout de suite bien plus compliqué): on s’y habitue après quelques jours et se sent comme un poisson dans l’eau après quelques semaines (et moins encore si on voyage intensivement).

Toutefois, le choc initial peut être assez important, surtout quand on le superpose à toutes les autres découvertes – agréables ou moins – qu’une visite au Japon implique forcément pour un Européen. Du coup, je vais vous aider à y voir un peu plus clair avec une mini-série d’articles consacrée aux déplacements au Japon. Evidemment, elle ne saura ni être complète, ni remplacer votre propre expérience des réseaux japonais; mais tout du moins saurez-vous à quoi vous attendre.

Aujourd’hui, nous allons commencer par le tout début, à savoir votre arrivée au Japon. La première chose à savoir, c’est que l’aéroport Narita, par lequel il y a de grandes chances que vous débarquiez sur l’archipel, se trouve à environ 60 kilomètres de la ville (administrativement, ce n’est même plus la même préfecture); par conséquent, même après la sortie du terminal, n’espérez pas voir votre destination finale avant de deux heures. De plus, il existe de nombreuses possibilités pour se rendre de l’aéroport à la ville (et inversement), et elles vont toutes tomber sur vous d’un coup dès l’arrivée, ce qui a de quoi déconcerter. Essayons donc d’y mettre un peu de l’ordre.

La meilleure option pour une première arrivée du Japon est de se faire accueillir – par des amis, l’entreprise ou l’université, qu’importe. Par exemple, Waseda propose ce service – assuré par des volontaires étudiants – pour les étudiants en échange comme moi, et je peux vous dire que j’ai été bien content d’en bénéficier. En effet, il y a de grandes chances que vous débarquiez au Japon complètement hébété par 12 heures de vol, et pouvoir simplement se laisser guider et ne pas avoir à s’encombrer la tête avec tout ce qui va suivre dans le reste de cet article sera plus que bienvenu.

Cela dit, parfois cette option-là ne se présente pas et on doit alors s’occuper soi-même de ces modalités. Qu’importe: on serre les dents et on y va. La première chose à faire est de comprendre où l’on désire aller au juste; Tokyo est une grande ville. Si, sur un bus ou un train, vous voyez écrit « Tokyo », cela va généralement indiquer la gare centrale de Tokyo – un bon point de départ, mais qui peut être à l’opposé de là où vous voulez réellement aller si votre hôtel se trouve à Shinjuku, par exemple. Commencez donc par repérer votre destination sur une carte en prenant comme point de référence la ligne RER circulaire qui fait le tour de la ville, la ligne Yamanote (cliquez sur la carte pour l’agrandir).

Ca vous fait déjà peur? Je vous l’avais dit, les moyens d’accéder ou de partir de Narita sont légion. Rassurez-vous: je n’aborderai que les principaux (c’est-à-dire la grosse ligne rouge et la grosse ligne bleue sur le plan). Comme je l’ai mentionné, commencez déjà par vous situer par rapport à la ligne Yamanote (le grand cercle à gauche du plan).

Si vous êtes habitué à prendre le taxi lors de vos déplacements à l’étranger, laissez tomber l’idée tout de suite; à Tokyo, ce moyen de transport n’est justifié que dans des cas vraiment exceptionnels. Une course Narita-Shinjuku vous prendra autant de temps que le train si vous avez de la chance et beaucoup plus s’il y a des bouchons (c’est-à-dire à peu près toujours) et vous coûtera des dizaines de millers de yen (c’est-à-dire des centaines de francs). A éviter autant que possible (de manière générale, au Japon, à moins d’être un livreur ou un PDG, on prend le train, un point c’est tout).

Les Airport Limousine Bus font régulièrement la navette entre l’aéroport et les principaux hotels de la ville (vous pouvez consulter les itinéraires ici). Toutefois, ils ne sont pas donnés (3’000 yens pour aller à la gare de Tokyo par exemple) et sont là encore tributaires des aléas de la circulation (près de deux heures pour cette même course). Pour une première approche du Japon, je ne vous le recommande pas.

Ces options-là examinées, tournons-nous à présent vers les trains. Deux compagnies ferroviaires assurent la liaison entre l’aéroport et la ville: une publique (Japan Rail, ou JR – c’est la ligne rouge sur le plan) et une privée (Keisei – la ligne bleue). Vous noterez que les deux compagnies vous emmèneront aux endroits différents de la ville: Keisei part vers le nord et s’arrête à Ueno alors que les JR transitent par la gare centrale de Tokyo. De toute façon, il vous faudra très probablement changer pour un métro ou un autre train une fois à l’intérieur de la ville, mais ça fait tout de même une différence. Comme si cela ne suffisait pas, chacune des deux compagnies propose un éventail de différents types de trains aux différents tarifs pour accéder à la ville; nous en examinerons deux par compagnie.

La solution la plus basique consiste à prendre un train de la ligne Sobu des JR. Il existe des trains locaux (qui s’arrêtent à toutes les stations) et des trains rapides qui en sautent quelques-unes. Il est clair que la deuxième option est préférable; en dépit de cela, cette ligne-là en général n’est pas optimale. Son prix (1280 yen jusqu’à la gare de Tokyo) n’est pas le plus bas, le temps de trajet (1h23) est comparable à un bus ou un taxi et le confort est plutôt sommaire (surtout si vous avez de grandes valises). Pourquoi je vous en parle? Pour vous donner un point de comparaison. Notez que, si vous avez un Japan Rail Pass (et si vous êtes un touriste, il vous faut le Japan Rail Pass – nous en reparlerons après-demain), vous pourrez prendre la ligne gratuitement à condition de faire valider votre Pass directement à l’aéroport. Toutefois, la procédure – même si elle n’a rien de trop horrible – n’est peut-être pas quelque chose que vous aurez envie de vous infliger dans l’état où vous serez après le voyage. Peut-être également que, pour optimiser la durée de votre Pass, vous choisirez de « l’activer » un jour autre que celui de votre arrivée. Enfin – et surtout – il est aussi valable pour le bien meilleur train que je vous décris dans le paragraphe suivant, alors pourquoi se priver?

La version plus luxueuse du train offert par les JR s’appelle le Narita Express, ou N’EX. Vous pouvez acheter les tickets dans un guichet spécial. L’avantage du N’EX, c’est qu’il va à plein de destinations différentes: Shinjuku, Yokohama, Ikebukuro, Omiya, Ofuna et ainsi de suite (regardez encore une fois l’épaisse ligne rouge sur le plan). Tous les N’EX passent par la gare centrale de Tokyo; le train y arrive en 66 minutes et si vous descendez à cet arrêt, vous dépenserez 2740 yen (un peu plus de 3000 pour aller jusqu’à Shinjuku). A l’intérieur, c’est le luxe: WiFi (payant), prévisions météo et dernières informations sur écrans LCD, snacks… Il est vrai que l’on paie le prix fort pour cela. Le vrai avantage du N’EX est sa flexibilité: avec tous ses terminus, vous avez de bonnes chances de trouver un train s’arrêtant pas trop loin de votre destination finale – assurez-vous simplement de bien faire comprendre où vous voulez aller à l’employé du guichet. De plus, il existe une offre spéciale qui combine un ticket du Narita Express avec une carte Suica préchargée avec 2000 yen, ce qui est extrêmement intéressant. L’autre option est, comme je l’ai dit plus haut, de prendre le N’EX gratuitement avec le Japan Rail Pass.

Regardons à présent du côté du concurrent privé des JR, la ligne Keisei. Comme JR, elle offre un service de train local mais il n’est pas intéressant. Par contre, les étudiants fauchés que vous êtes apprécieront son service Keisei Limited Express (à acheter au guichet Keisei, logiquement) qui vous amènera à Nippori ou à Ueno (ces deux stations sont sur la fameuse ligne circulaire Yamanote, cf. ligne bleue sur la carte) pour seulement 1000 yen! Le prix est imbattable et le voyage jusqu’à Nippori ne prend que 74 minutes (un peu plus qu’avec le N’EX jusqu’à Tokyo, donc). Le problème, c’est que Nippori et Ueno sont des stations bien moins pratiques que Tokyo (sauf si vous vous dirigez au nord de la ville, bien sûr) car moins bien connectées. Il vous faudra donc faire plus de changements et passer plus de temps dans le métro ou dans un autre train. De plus, le confort des wagons est là encore basique.

Enfin, à partir de juillet 2010, Keisei lance le service Keisei Sky Access. Les chiffres sont alléchants: du terminal 2 de l’aéroport à Nippori en seulement 36 minutes et pour 2400 yen! Plus rapide et moins cher que le service de JR, voilà qui frappe fort, surtout que le confort intérieur semble (évidemment, je n’ai pas encore pu le tester) au moins égaler celui du Narita Express. Pourtant, le Sky Access a un talon d’Achille qui lui empêche de devenir le « N’EX killer » ultime: c’est encore une fois l’emplacement du terminus sous-optimal. Bien sûr, si vous allez à Ueno même, la question ne se pose même pas; par contre, pour une station comme Shinjuku ou Shinagawa, vous gangerez au final 20 minutes mais aurez à faire un changement dans une gare qui n’est pas franchement un fleuron du génie ferroviaire japonais. Bien sûr, si votre destination finale n’est pas l’un des terminus du N’EX vous changerez de toute façon… donc il faut voir au cas par cas. Cela étant dit, le Sky Access est clairement voué à devenir, sinon la meilleure option disponible, en tout cas une solution de choix pour se rendre à Tokyo ou en repartir.

Alors, pour finir, que choisir? Je pense que, si c’est votre première fois au Japon et que vous n’êtes pas trop sûr de ce qu’il vous faut, la meilleure option est un train spécial, que ce soit le JR Narita Express ou le Keisei Sky Access – votre choix se fera en fonction de l’emplacement de votre destination finale. Pour aborder le Japon, en effet, un train – un train confortable, qui plus est – s’y prête on n’y peut mieux. Lorsque vous serez un peu habitués au pays, vous pourrez commencer à tenter des solutions plus exotiques (et moins chères) comme le Limited Express de Keisei ou un bus par exemple.

Bien, vous voici à Tokyo. Mais maintenant, comment fait-on pour se déplacer dans la ville même? C’est ce que nous verrons demain.

L’arnaque du siècle

18/05/2010

Les lecteur réguliers de mon blog auront pu remarquer que je me plais plutôt bien ici. 😉 Ceci est indéniable. La question que l’on pourrait pourtant se poser – oui, j’aime me poser toutes sortes de questions, parfois un peu trop pour mon propre bien, même – est pourquoi cette année d’échange au Japon me plaît tant. Est-ce parce que c’est:

1. Une année d’échange?

2. Au Japon?

La réponse, est, bien sûr, « un peu des deux ». Je pense que j’apprécierais cette année d’échange dans d’autres pays que le Japon, mais je suis aussi convaincu que le pays en lui-même apporte quelque chose à l’expérience que la plupart des autres destinations – pour ne pas dire aucune autre destination – ne peut. Aujourd’hui, je vais donc élaborer un peu sur le fait d’être un étudiant étranger au Japon et sur ce que cela implique, dans l’espoir de vous faire réfléchir également, voire – pourquoi pas? – vous aider à faire le grand saut.

Qu’est-ce qu’une société? Une réponse exacte et exhaustive est difficile à formuler, mais je pense que nous pouvons tous nous mettre d’accord sur le fait que la société naît des interactions entre les humains qui en sont les membres. C’est un peu comme un bâtiment auquel chacun apporterait une pierre, ou, mieux encore, une toile dont chacun d’entre nous tisserait un fil.

La société et l’individu entretiennent un rapport d’échange: chacun d’entre nous met quelque chose dans ce « pot commun » et en retire quelque chose en retour. « Donner » et « recevoir » sont ici à prendre au sens large: au niveau purement financier, on peut par exemple imaginer un citoyen payer les impôts et recevoir en échange des prestations comme des écoles ou des hôpitaux, mais c’est une image incomplète: la société n’est pas uniquement l’Etat et les rapports entre les hommes ne sont pas uniquement financiers. Tenir la porte à une vieille dame, sourire au boulanger, renoncer à fumer dans un lieu public; par ces actes, la société se trouve – de façon imperceptible mais bien réelle – renforcée. De même, on ne reçoit pas de la société que des choses quantifiables et palpables comme des subventions ou des routes; le calme d’un quartier, l’absence du sentiment d’insécurité dans un train, la beauté de l’architecture d’une ville font aussi partie de ce tout qui fait que l’on se sente bien (ou pas) dans une certaine société.

Ainsi, on donne à la société et on en reçoit; et il est facile de s’apercevoir que ses deux choses s’influencent mutuellement. Dans certains pays, la société impose sur l’individu un grand nombre de contraintes (payer les impôts, respecter les lois… mais aussi quelque chose d’aussi discret mais d’aussi important que de bien se tenir en public), mais lui assure en échange un grand nombre de « prestations » (encore une fois, pas nécessairement matérielles). Dans d’autres, c’est « chacun pour soi »: l’individu ne compte que sur soi-même, sa famille et ses amis, ne demande pas grand-chose aux « autres » – que ce soit l’Etat ou de simples étrangers dans la rue – et compte bien ne rien leur donner non plus.

Dès lors, on voit immédiatement qu’un tel système ne peut être stable que si ce que l’individu donne et ce qu’il reçoit s’équilibre à peu près; en effet, si la société demande trop à chaque membre individuel sans rien lui proposer d’attrayant en retour, elle risque de faire face à de la frustration susceptible de dégénérer en une rébellion et en une explosion; de même, il est impensable d’avoir une société « généreuse » dont chaque membre individuel serait un égoïste. Peu ou prou, chaque société choisit sa voie. Certaines exigent beaucoup et donnent beaucoup en retour; d’autres peuvent offrir peut-être moins à l’individu, mais sont aussi moins contraignantes.

D’une façon hyperréductrice, on peut illustrer cette thèse par un exemple simplifié où la seule chose qu’un individu pourrait apporter à la société serait de ne pas jeter des déchets par terre et la seule chose que la société pourrait offrir à l’individu serait d’avoir des rues propres. Il est évident que les deux vont de pair; soit on choisit de garder ces déchets avec soi jusqu’à trouver une poubelle et on profite des rues propres, soit on ne se donne pas cette peine et on escalade constamment des montagnes de détritus.

Notons, toutefois, que l’on pourrait être tenté d' »arnaquer » le système en étant le seul à jeter les déchets et en profitant ainsi à la fois de ses mains libres et des rues propres. Cette stratégie n’est toutefois possible qu’au niveau individuel et sur le court terme; à long terme, ce n’est pas un équilibre: la société sera vouée soit à s’égaliser par le plus petit dénominateur commun et à devenir une grosse décharge où tout le monde serait libre de faire de ses déchets ce que bon lui semble, soit à trouver un moyen de s’organiser et de décourager les resquilleurs.

Cet équilibre, ce « contrat social », est différent pour chaque société, et donc pour chaque pays. Et c’est après cette longue digression que je vais finalement rentrer dans le vif du sujet: parmi tous les pays qu’il m’ait été donné de visiter, le Japon est celui ou la liste des « droits » et des « obligations » est la plus longue et la plus complète, celui ou la société demande le plus – mais aussi donne le plus – à ses membres.

J’habite pourtant déjà dans un pays – la Suisse – où ces exigences et ces faveurs de la société atteignent un degré extrêmement élevé. La société suisse assure à ses membres l’un des niveaux de vie les plus élevés au monde en échange d’un million de petites et grosses obligations. Mais le Japon va beaucoup, beaucoup plus loin.

Le Japon est un pays qui a réussi à éliminer l’inconfort, en le traquant et en le supprimant dans ses moindres manifestations. Par exemple, c’est un pays où vous n’aurez jamais soif par une après-midi ensoleillée – le distributeur de boissons le plus proche sera toujours a portée de vue, en campagne y compris. (Une après-midi enneigée ne vous sera pas plus nuisible non plus, d’ailleurs: le même distributeur proposera aussi des boissons chaudes.) C’est un pays dans lequel vous ne serez jamais frustrés de ne pas pouvoir acheter du papier A4 pour imprimer un document à 3h30 du matin, grâce au système des magasins ouverts 24h sur 24. Si vous avez un petit creux à ce moment, vous pourrez acheter au même magasin un plat de pâtes préemballé avec un oeuf mollet déjà versé dessus sans vous demander si vous risquez de vous empoisonner. Et pas besoin d’avoir un micro-ondes – le vendeur vous le chauffera et n’oubliera pas de vous donner des baguettes en bois et une serviette avec. Plus besoin de courir, un vendredi soir, un paquet de factures à la main, à la poste avant la fermeture à 4 heures; vous pouvez les payer 24h/24 dans les mêmes magasins. De toute façon, une poste ouvrant le samedi ne sera jamais bien loin. Plus besoin de se demander si vous avez des pièces pour acheter quelque chose au distributeur; toutes les machines acceptent les billets et rendent la monnaie. Plus besoin de vous embêter avec des tickets de métro, il suffit d’effleurer une borne avec votre téléphone portable. Plus besoin d’attendre dans les bouchons parce que les travaux bouchent la rue principale de la ville; ils se feront de nuit sans que vous vous en rendiez compte. Plus besoin d’avoir peur de se faire bousculer dans le métro alors qu’on porte un objet lourd; les gens s’arrangeront de vous éviter même dans la pire cohue. Plus besoin d’être mouillé sous la pluie; tous les magasins proposeront des parapluies à quelques francs dès qu’une averse débutera. Plus besoin de…

Le paradis, non?

Non. Car toute médaille a un revers, et le revers de la société japonaise est que, tout en permettant à ses membres de bénéficier de ce niveau de confort inimaginable, elle leur exigera de fournir, en contrepartie, un travail tout aussi inimaginable (pour les européens). Vous êtes un ouvrier? Ne soyez pas étonné si votre « journée » de travail commencera à huit heures du soir, un dimanche. Un vendeur? Vous devrez souhaiter personnellement la bienvenue à chacun des trois mille clients qui entreront dans le magasin dans la journée. Un employé de bureau? Vous passerez six jours par semaine dans une pièce sans fenêtres, à raison de neuf (dix, douze…) heures par jour – plus deux heures pour le métro, ponctuel et payable par toucher de portable, il est vrai. Vous êtes P-DG? Vous aurez une fenêtre mais travaillerez 14 heures minimum. Vous êtes employé dans un musée? Vous serez de service lors des fêtes nationales, pour que tout le monde puisse profiter pleinement de la culture dont vous êtes le gardien. Vous êtes cheminot? Votre nuit la plus longue sera celle du 31 décembre, celle où les transports publics ne s’arrêtent – comme c’est pratique! – jamais. La famille, elle, attendra.

C’est ça, le paradoxe (qui n’en est pas un) de la société japonaise. D’un côté, elle demande des efforts et un dévouement surhumains à chacun de ses membres. De l’autre, pour leur permettre de fournir ces efforts et de survivre (littéralement, c’est une question de vie et de mort: il n’y a qu’à voir le concept si japonais de karoshi, « la mort par excès de travail » ou les statistiques de taux de suicide qui placent systématiquement les Japonais dans le top 10 de ce triste palmarès), elle leur enlève tous les autres problèmes qui pourraient les distraire de leur tâche, elle soulage leurs peines qui ne sont pas immédiatement liées au travail, elle leur permet de se ressourcer au maximum durant les instants de détente. La formidable industrie de divertissement japonaise et ses mondes oniriques par milliers, le sens du design humain et chaleureux, l’ambiance indescriptible des izakayas et des karaokes, l’omniprésence de personnages kawaii, même la disponibilité permanente de la nourriture bonne et pas chère servent à ce but-ci: à permettre aux membres de la société de ne pas « craquer », à résister au burn-out et à faire face à leurs lourdes responsabilités.

Que l’on adhère à un tel mode de vie ou pas est une question de goût et de décisions que l’on prend. Mon ton a pu vous paraître critique mais il n’en est rien; je comprends, j’admire et je respecte ce choix – qui a permis à ce petit pays de devenir la deuxième économie mondiale (oh, pardon, troisième, dépassée péniblement par le voisin ayant un avantage incalculable de forces et de ressources après une course longue de décennies), sans être sûr d’avoir la force de faire le même. Ce qui est certain, c’est que l’on peut pas tricher. On peut accepter ce mode de vie « à 400% », dans le travail et dans la détente, ou quitter la société – en déménageant, en devenant un otaku, en se suicidant en fin de compte. Mais si on reste, on reste pour le meilleur et pour le pire, comme dans un mariage.

Ou alors?..

Tout système, aussi abouti soit-il, a des failles; ainsi, il existe un moyen de profiter de tous les avantages – immenses – que la société japonaise peut vous offrir sans en subir le contrecoup, du moins temporairement. Ce moyen, vous l’aurez deviné: c’est de résider au Japon en ayant un statut spécial, celui d' »étranger », celui de passant temporaire, celui… d’étudiant, par exemple.

En tant qu’étudiant étranger, vous profiterez de chacun des perfectionnements de la société japonaise sans que l’on s’attende à ce que vous soyez parfait. Vous oublierez les mots « inconfort », « peur » et « inquiétude » sans avoir à apprendre « acharnement », « dévouement » et « sacrifice de soi ». Vous serez un peu comme un simulateur chanceux qui, alors que son mal ne mériterait que tout au plus un sparadrap, parviendrait à obtenir une dose de morphine suffisante pour soulager un brûlé vif.

Bien sûr, vous ne le ferez pas par malice. Vous ne viendrez pas dans le pays (ni n’en repartirez, d’ailleurs) en vous disant « je vais profiter de tous les avantages sans rien donner en retour »; au contraire, vous essayerez de jouer le jeu, de vous hisser au niveau de cette société. Vous deviendrez extra poli, extra prévenant, extra courtois – mais vous ne le serez jamais au niveau des Japonais, pas en juste un an, et c’est peut-être mieux ainsi. Ces choses ne s’imitent pas, elles rentrent dans la moelle – ou pas. Si vous déciderez d’embrasser pleinement ce mode d’existence, vous pourrez toujours vous y installer et y (re)faire votre vie..

Mais en attendant, en choisissant de venir au Japon, vous aurez l’occasion unique: celle d’avoir le beurre, l’argent du beurre, le sourire de la crémière et plus si affinités, et ce alors que tout le monde affirmait que c’était impossible. Prendre une année de vacances tout en étudiant dans l’une des universités les plus prestigieuses du pays. Revenir avec un bagage touristique, culturel et intellectuel inestimable tout en ayant l’impression de s’être reposé. Enfin, vivre dans la plus sûre, propre, confortable, travailleuse et polie des sociétés – sans devoir être le plus obéissant, dévoué, serviable, travailleur et poli des citoyens.

L’arnaque du siècle, en fait.

Premiers pas au Japon

22/01/2010

Vos premières semaines au Japon seront extrêmement remplies: vous ferez d’innombrables rencontres, verrez plein de nouvelles choses… et aurez à vous taper une montagne de formalités administratives. Cela peut être un peu déconcertant au premier abord; ainsi ai-je vous préparé un petit pense-bête pour vous aider à vous y orienter.

Achtung! Ces informations ne concernent que ce que j’ai vécu en 2009 en tant qu’élève SILS résidant à Shinjuku; les détails des démarchent varient bien évidemment en fonction des circonstances. Toutefois, ce qui suit va pouvoir vous donner des repères et vous permettre de mieux comprendre à quoi se préparer.

Pour réussir votre séjour, il vous faut tout d’abord assurer quelques bases, comme un compte en banque pour verser et retirer de l’argent, un téléphone portable (le votre ne fonctionnera pas ici à moins d’être pleinement compatible 3G et de toute façon il vous faudra une carte SIM locale), une inscription à l’assurance-maladie obligatoire, et ainsi de suite. Le tout en japonais. Heureusement pour vous, les responsables à Waseda mesurent votre futur degré de désorientation bien mieux que vous ne le faites actuellement; par conséquent, vous serez pris par la main et guidés pas à pas lors des journées d’orientation qui ont lieu durant la semaine précédant le début des cours.

Dois-je préciser qu’il est indispensable que vous assistiez à toutes les séances d’information et d’orientation dans leur intégralité et en restant extrêmement attentif? C’est bien ce que je pensais.

Voici un petit résumé des choses que vous aurez à faire pour vous sentir à l’aise au Japon:

Vu comme ça, ça a l’air compliqué, mais ne vous inquiétez pas, on vous aidera pour tout et vous aurez des guides très détaillés en anglais pour accomplir chaque étape. Les deux bureaux auxquels vous pouvez vous adresser sont ceux de SILS (School of International Liberal Studies, votre faculté – mais ils ne traiteront que des questions qui touchent immédiatement à vos études) et du CIE (Center for International Education – c’est le bureau de Waseda qui s’occupe des étrangers et c’est lui qui vous aidera pour tout le reste, c’est-à-dire la grande majorité du tableau ci-dessus). Ici, je vais simplement passer rapidement sur ces différentes aspects, histoire de vous donner une première idée.

Achtung! La majorité au Japon est fixée à 20 ans. Si vous êtes plus jeune, c’est jouable mais vous allez souffrir car chaque éternuement nécessitera le consentement de vos parents – qu’il faudra donc parfois appeler à six heures du matin (pour eux).

Le sceau n’est pas une étape vraiment obligatoire mais c’est juste cool d’en avoir un. Le sceau est un petit bâtonnet en bois avec votre nom gravé dessus que les Japonais trempent dans de l’encre et appliquent sur des documents à la place de la signature. Il vous faut en faire fabriquer un (dans une petite échoppe; il y en a plein autour du campus – comptez une semaine d’attente) si vous voulez ouvrir un compte dans la plupart de banques japonaises. Toutefois, si vous optez pour une filiale de l’américaine Citibank, ce n’est pas indispensable, vous pouvez aussi signer. Achtung! Une fois que vous aurez choisi votre moyen d’authentification pour la banque (sceau ou signature), il vous faudra l’utiliser dans toutes les démarches qui impliqueront votre compte en banque.

Le permis d’établissement pour étrangers au format de carte de crédit (Alien Registration Card) est indispensable pour toutes les démarches administratives et ils vous faut en principe toujours le porter sur vous en cas de contrôle par un policier. Les formulaires à remplir sont effrayants, mais on vous aidera à le faire lors des séances d’orientation et, si vous habitez à Shinjuku, on vous fera aller à la mairie pour les déposer en groupe (à nouveau, dois-je préciser que c’est une très mauvaise idée d’oublier de mettre son réveil ce jour-là?) Seul petit problème, la carte met plusieurs semaines à être faite; pour que vous puissiez faire d’autres démarches en attendant, on vous remettra un ou plusieurs certificats bleus qui tiendront lieu de l’Alien Registration Card durant ce temps. Vous pourrez choisir la quantité de ces certificats – prenez-en en tout cas deux car il vous faudra peut-être vous séparer d’un lors d’une démarche ultérieure.

L’assurance obligatoire au Japon couvrira 70% de vos frais médicaux pour une centaine de francs par an. Pour les 30% qui restent, vous pouvez voir avec votre assurance actuelle ou en souscrire une auprès de la coopérative de l’université. On vous aidera à remplir les papiers pour l’assurance obligatoire, et l’inscription se fera en principe en même temps que l’établissement de l’Alien Registration Card.

(Vous pouvez optionnellement vous inscrire à la coopérative de l’uni pour quelques milliers de yen et profiter d’un pourcentage sur les livres de cours. En fonction du nombre de livres que vous aurez à acheter, cela peut être intéressant.)

Une ou deux semaines plus tard, vous recevrez par la poste une carte à remplir qui vous permettra de faire en sorte que les mensualités de l’assurance soient prélevées directement sur votre compte en banque japonais.

La carte d’étudiant vous sera remise lors des journées d’orientation. Au moins, ça c’est simple. Portez-la toujours sur vous. Important: vous pouvez l’utiliser pour obtenir des bons de réduction pour les transports (comme le Shinkansen) auprès de l’uni, renseignez-vous.

Le check-up médical sera organisé pour ceux qui veulent s’inscrire au fitness. Si vous voulez avoir l’accès à la piscine également, il vous faudra passer un électrocardiogramme. Le tout est organisé à la perfection, military-style.

Vous recevrez des instructions pour activer votre email Waseda lors des journées d’orientation. Il est vital de relever régulièrement les messages car votre boîte mail Waseda ne fait que 5 megas (oui, en 2010. Ca m’étonne qu’il ne faille pas utiliser des cartes perforées pour s’authentifier). Le mieux à faire est encore de rajouter immédiatement ce compte à votre gestionnaire d’emails favori et de cocher l’option « effacer les messages du serveur après téléchargement ». Comme dans toute autre uni, vous recevrez principalement du spam académique sur cette adresse – mais, comme dans toute autre uni, de temps en temps une info absolument cruciale s’y cachera.

Des banques vont venir sur le campus et organiser des sessions d’ouverture de compte massives. Vous pouvez aussi tenter votre chance par vous-même dans une succursale… si vous parlez japonais. Seule subtilité: assurez-vous de faire une copie de votre formulaire d’ouverture de compte, ça pourrait vous servir plus tard. Une fois que vous aurez votre compte, vérifiez tout d’abord que vous pouvez bel et bien transférer de l’argent depuis chez vous (via l’e-banking idéalement), ainsi qu’en retirer (utilisez des distributeurs des convenience stores pour un accès au cash rapide mais taxé).

Vous n’aurez pas besoin d’un compte en banque pour vous procurer votre téléphone portable japonais (une carte de crédit suffira) mais l’y rattacher (à l’ouverture ou un mois après) vous évitera des frais inutiles. Des loueurs de téléphones portables viendront sur le campus, mais leurs tarifs étant élevés, il est souvent plus intéressant d’aller chez un « vrai » opérateur. DoCoMo et Softbank sont les principaux acteurs sur le marché japonais. Leurs offres sont assez semblables, mais sachez que les appels et les messages entre les abonnés du même opérateur sont presque toujours gratuits, par conséquent faire le mouton devient financièrement intéressant. Essayez de prendre le même opérateur que tout le monde, ou en tout cas que les gens avec qui vous aurez sympathisé. Trouver du staff anglophone peut par contre être un challenge – essayez les quartiers jeunes et branchés comme Shinjuku, Shibuya, ou Harajuku.

Votre compte en banque vous servira également pour payer le loyer – en fonction de votre mode de logement, les modalités varieront, donc renseignez-vous. Assurez-vous juste d’avoir assez d’argent sur le compte à la fin de chaque mois.

Si vous avez la chance de recevoir une bourse, vous devrez indiquer à l’organisme qui la verse votre numéro de compte en banque japonais. Parfois, il y a d’autres conditions; pour une bourse Waseda, vous devrez signer un formulaire spécial au début de chaque mois.

Si vous avez l’intention d’avoir un petit boulot au Japon (14 heures par semaine au maximum), il vous faudra un permis de travail. Il vous faudra pour cela un papier à retirer auprès de votre faculté (normalement SILS), un autre auprès du centre des études internationales (CIE), et un formulaire à retirer et à remplir au CIE également. Le CIE vous proposera de faire les démarches à votre place, mais cela peut prendre des mois; pourquoi donc ne pas prendre votre courage (et un ami japanophone) à deux mains et à ne pas aller à Shinagawa (normalement…), où se trouvent les bureaux compétents? Faites juste attention à l’heure, ce n’est pas la porte à côté et vous ne serez plus admis après 16 heures.

Tant que vous êtes à Shinagawa, vous pourrez aussi vous occuper d’un permis d’entrées répétées au Japon, autrement dit une extension de visa. En effet, votre visa d’étudiant ne vous permet de rentrer au Japon qu’une fois; si vous le quittez pour visiter l’Asie ou rentrer chez vous pour les vacances, vous ne pourrez plus revenir (enfin, vous pourrez, mais seulement en tant que touriste pour 90 jours, il vous faudra re-rentrer chez vous pour faire un nouveau visa… bref, faites l’extension). Cela vous coûtera 3000 yen pour une seule ré-entrée ou 6000 yen pour entrer et sortir comme vous voulez – prenez la seconde option.

Enfin, avec tout ça, on aurait presque oublié qu’il y avait aussi des cours à suivre au Japon. En venant, vous devriez normalement déjà avoir une idée de votre futur cursus: vous pouvez consulter la liste des cours et leurs syllabi ici. Si vous êtes un étudiant SILS, vous remarquerez que 99% des cours ont lieu l’après-midi; ceci est dû au fait que, trois fois par semaine, vous aurez trois heures de japonais entre 9:00 et 12:10 (malheureusement, vous ne pourrez pas choisir ces trois jours). Pour déterminer votre niveau de japonais, on vous fera passer un test préliminaire. Les niveaux vont de 1 à 8, 6 étant déjà un niveau où vous êtes censés pouvoir parler couramment (au niveau 7 vous composez des haikus en japonais médiéval et au niveau 8 vous évoluez en conscience pure et sortez du cycle des réincarnations).  Attendez-vous à être désagréablement surpris par les résultats de l’évaluation; je connais des gens qui se sont retrouvés au niveau 1 après quatre ans de japonais. Toutefois, vous verrez bien assez vite que les résultats sont peut-être durs à digérer, mais qu’ils collent bien à la réalité.

On vous fera ensuite remplir un formulaire pour vous inscrire aux cours. Les résultats seront annoncés par Internet un peu plus tard. Il y a une période ou vous pourrez changer un cours qui ne vous plaît pas, mais elle ne dure que quelques jours (« add-drop period »), donc il vaut mieux choisir vite et bien tout de suite. Comme je l’ai déjà dit, on trouve vraiment de tout et le merveilleux côtoie l’horrible; se renseigner à l’avance auprès des « anciens » est donc absolument crucial.

Voilà, c’est tout pour commencer. Ouf. Le processus que je viens de décrire m’a pris exactement un mois (de la première séance d’orientation à la réception du permis de travail). Il vaut mieux donc s’organiser pour ne pas laisser passer une date ou une activité importante. Toutefois, ce premier mois, même s’il sera chaotique, vous laissera un souvenir inoubliable: celui de découverte permanente et de vie qui bat son plein 24h/24h. Malgré toutes ces démarches parfois un peu pénibles, profitez-en donc bien!