Archive for the ‘Y en a point comme eux’ Category

Un tour en métro

26/07/2010

L’autre jour, je suis entré dans le wagon de tête d’une rame de la ligne Yamanote (la ligne circulaire des JR qui fait le tour de la ville) et ai réalisé que je pouvais voir, grâce à une vitre, l’intérieur de la cabine des conducteurs et surtout la vue qu’ils avaient, eux, sur les voies de train.

Par chance, j’avais mon appareil photo sur moi et, bien sûr, je me suis jeté sur l’occasion pour faire quelques clichés. Pour le citoyen ordinaire, une voie ferrée est toujours quelque chose de perpendiculaire: que l’on attende un métro sur un quai ou traverse un passage à niveau en voiture, nous voyons toujours les rails s’étendant sur un axe gauche-droite; les voir se dérouler devant et disparaître derrière est quelque chose de bien plus rare – et donc précieux.

Ma station, Takadanobaba, que j’ai traversé une bonne centaine de fois sans jamais la voir ainsi.

Les gratte-ciel de Shinjuku au loin.

Voir autant d’espace, sans voitures ni gens, en plein cœur de Tokyo est assez étrange.

Les plus fidèles lecteurs de ce blog trouveront peut-être que ce tour en métro n’est pas sans rappeler le tour en monorail (qui, pour tout vous dire, n’en est pas un) d’il y a 10 mois.

Vous savez tous à quoi ressemble un train lorsqu’il entre en gare; mais savez-vous comment le conducteur vous voit, vous?

Certaines stations sont moins bondées que d’autres.

A l’origine, je suis parti d’Ikebukuro en voulant descendre à Takadanobaba, deux arrêts plus loin; j’en ai finalement fait cinq de plus avant de débarquer. Il y a des occasions à ne pas manquer.

Vous avez noté les renforcements métalliques sur les voies, deux photos plus haut? Vous pouvez voir les mêmes sur la photo du bas. Ils indiquent qu’il y a un tunnel pour les voitures juste en dessous – et que le train passe donc sur un « pont ».

Et voilà, nous arrivons à Shibuya.

Je vous laisse sur un peu de musique: les noms des vingt-neuf stations de la ligne Yamanote répétées deux fois en chantant – un must, à mémoriser.

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Totoro dans le métro

23/07/2010

Pour la sortie du nouveau film du studio Ghibli (au fait, saviez-vous que, dans l’esprit des Japonais, il faut prononcer ce nom « Djibli? »), une exposition des affiches des anciennes productions de Miyazaki a été organisée… dans une station de métro.

Une initiative plutôt sympathique qui permet à la fois de promouvoir le film et d’embellir une station (en l’occurrence Kiyosumi-Shirakawa).

L’exposition est composée de posters de films…

…ainsi que de posters d’autres expositions (qui sont souvent de très beaux artworks originaux).

Ici, par exemple, nous avons une esquisse pour Mononoke.

Et là, pour Totoro.

Les affiches sont classées chronologiquement: Le tombeau des lucioles est sorti en 88 et Kiki la petite sorcière en 89 (on se souvient qu’au Japon, il est commun de lire de droite à gauche).

En quelques minutes, on parcourt ainsi plus de 20 ans de films d’animation, notant au passage les modifications des styles de dessin au gré des réalisateurs changeants et du temps qui passe.

De quoi s’attarder quelques instants sur le chemin du travail ou de la maison.

Taxi!

18/07/2010

Cinq choses que vous vouliez toujours savoir sur les taxis japonais sans jamais oser le demander:

1. Ils ont un aspect très « eighties », mais cela ne veut pas dire qu’ils sont vieux pour autant; le look rétro est voulu et les modèles de taxis produits par les grands groupes automobiles ont volontairement quelques années de retard au niveau du design.

2. Une inscription rouge veut dire – contrairement à ce que l’on pourrait penser – que le taxi est libre; s’il est occupé ou pas en service, cette inscription s’éteint.

3. Bien sûr, un client japonais ne saurait ouvrir ou fermer lui-même la portière du taxi; d’un autre côté, dans les conditions de circulation ardues de Tokyo, le conducteur a rarement le temps de sortir de la voiture pour le faire. La solution, comme souvent au Japon, est technologique: les portières arrière s’ouvrent et se ferment automatiquement.

4. Les rétroviseurs des taxis sont très avancés vers l’avant par rapport à une voiture normale.

5. L’intérieur des taxis est recouvert par des nappes en broderie blanche (et les conducteurs portent toujours des gants). C’est joli, mais le corollaire négatif est que parfois les conducteurs rechigneront à accepter une course s’ils viennent à penser que vous pourriez salir l’intérieur du salon.

Usavich

12/07/2010

Dans le genre « folie furieuse » je voudrais aujourd’hui vous parler d’une mini-série TV qui jouit d’une certaine popularité au Japon, Usavich. La télé japonaise, bien sûr, est un univers à part entière qu’un livre de deux mille pages peinerait à saisir dans toute sa diversité; aujourd’hui j’aimerais vous en présenter un tout petit exemple.

Usavich, donc, est une série qui a commencé à être diffusée en 2006 sur la MTV japonaise et qui compte actuellement trois saisons. C’est une série très courte: chaque épisode ne dure que 90 secondes durant les quelles, pourtant, il se passe presque trop de choses. Les protagonistes de l’histoire sont deux lapins, Putin et Kirenenko, purgeant leur peine dans une prison russe (d’où le nom de la série: usagi veut dire « lapin » en japonais et « -vich » est un suffixe à consonance russe*) en compagnie d’un crapaud flegmatique et d’un poulet travesti. Vous l’aurez compris, la série se focalise clairement sur l’humour absurde; toutefois, je n’ai probablement pas le talent littéraire pour vous décrire à quel point c’est absurde. Le mieux est donc de vous laisser juger par vous-même avec ces quelques extraits:

Bien sûr, comme toute série populaire au Japon, Usavich s’est rapidement décliné en une multitude de produits dérivés, comme ces peluches à « gagner » dans des automates…

…des T-Shirts…

…ou encore des casquettes.

* Une petite note culturelle, histoire que la valeur intellectuelle de cet article ne tombe pas complètement en-dessous de zéro: contrairement à ce que les scénaristes des James Bond et des Usavich – ainsi qu’une bonne partie du public – semblent penser, les noms de famille traditionnels russes ne se terminent pas en « -vich ». Si quelqu’un a un nom de famille dont la fin sonne comme « -ich », il y a de bien plus grandes chances pour qu’il s’agisse d’un serbe, même si l’usage français est de transcrire ce son par un « -ic » ou à la rigueur un « ić ». Un nom de famille russe stéréotypique se terminera, quand à lui, plutôt en « -ov », en « -ev » ou en « -ine ». La confusion vient du fait qu’en russe on utilise largement la notion du nom patronymique, ou simplement patronyme – un troisième nom qui vient compléter le prénom et le nom de famille et qui est obtenu en prenant le prénom du père et en y rajoutant, pour les hommes, le suffixe « -vitch » et pour les femmes le suffixe « -vna ». Ainsi, par exemple, le père du poète Alexandre Sergueïevitch Pouchkine s’appelait Sergueï. Etant donné qu’en russe la forme usuelle pour s’adresser poliment à une personne est d’employer non pas son nom de famille (« cher Monsieur Durand… ») mais son prénom et son patronyme (« cher Alexandre Sergueïevitch… »), il peut y avoir matière à confusion, ce qui explique qu’une grande partie de personnages russes dans la culture populaire occidentale se retrouvent affublés de noms stylistiquement très improbables.

Tâches sur le soleil

22/06/2010

Il y a quelques semaines, j’avais écrit un article dans lequel j’avançais la thèse que le Japon était un pays dans lequel l’acharnement au travail de chacun de ses citoyens était compensé par une élimination totale de l’inconfort au quotidien sur le territoire du pays. Certains d’entre vous n’ont pas manqué de trouver ça étonnant: est-il possible que dans un pays donné une chose aussi éternelle et indécrottable que les petits enquiquinements de tous les jours puisse être vaincue? Ne serais-je pas en train d’enjoliver un peu la réalité?

Eh bien, je me suis sérieusement creusé la tête et je suis arrivé à la conclusion que, oui, tout n’était pas parfait même au Japon et qu’au pays du soleil levant, il reste encore des réalités inexplicablement embêtantes. Ces réalités sont au nombre trois: je vous laisserai juger vous-même de leur gravité.

Voici, donc, la liste exhaustive des choses que je n’aime pas au Japon:

1. L’impossibilité de s’essuyer les mains dans les toilettes après les avoir lavées: aussi incroyable que cela puisse paraître, il est d’usage au Japon de laisser ses mains simplement sécher à l’air. De rares toilettes sont équipées de séchoirs électriques; on ne rencontre guère des serviettes en papiers ailleurs que dans des hôtels de luxe ou des restaurants fréquentés par des occidentaux. Même si les mains sèchent très vite à l’air (en moins de 120 secondes, elles sont normalement sèches si on secoue les plus grosses gouttes au-dessus du lavabo), ça reste très inconfortable si on doit retourner immédiatement dans une salle de classe ou si on est en hiver. La version officielle pour expliquer ce manque est « pour économiser du papier », ce qui sonne comme un gros gag dans un pays où on ne peut pas acheter une tomate sans qu’elle ne soit emballée dans trois couches de plastique.

2. La rareté des poubelles: le Japon souffre de sérieuses carences en matière de bacs à déchets publics. On trouve des poubelles devant des combinis, dans des institutions publiques… et c’est à peu près tout. Il n’y en a pas dans le métro, presque pas dans les parcs et jamais dans les rues; du coup, on doit transporter tous ses déchets avec soi avant de rentrer dans un magasin ou à la maison. Peu de choses dans la vie sont aussi énervantes qu’un minuscule emballage plastique dans la poche que l’on est obligé de se trimbaler toute la journée sans pouvoir s’en débarrasser. Là encore, plusieurs hypothèses existent pour expliquer cet état de fait navrant: pour certains, il s’agit d’une peur des attentats après les attaques au gaz dans le métro de Tokyo en 1995; pour d’autres un moyen de forcer les gens à recycler (en remplaçant beaucoup de poubelles « fourre-tout » par des clusters plus espacés de bacs à usage différencié). Bien sûr, ce ne sont que de pathétiques excuses, il n’y a qu’à voir comment la chose est faite en Allemagne.

3. La musique dans les supermarchés: le Santoku, notamment, se distingue par un air particulièrement niais joué toutes les 5 minutes environ. Ce n’est pas le pire: à Hakodate, j’avais visité un supermarché dont la musique durait 25 secondes seulement avant de recommencer – ce qui veut dire qu’un employé qui travaillerait 8 heures (et au Japon, travailler 8 heures c’est pratiquement être en vacances) l’aurait entendue plus de 1150 fois en une journée! Voilà de quoi mieux comprendre le concept de karoshi.

Voilà, maintenant vous savez tout ce qui ne va pas dans la routine quotidienne de l’archipel. Remarquez, c’est dans des cas comme celui-là que l’expression « j’aimerais bien avoir tes problèmes » prend tout son sens.

Timbres

17/06/2010

L’autre jour, je suis rentré dans une poste et j’ai immédiatement regretté de ne pas être philatéliste.

Dilemme cruel: d’un côté, envoyer du courrier depuis le Japon avec des timbres comme ça est énorme; d’un autre, les arracher et les coller sur une enveloppe qui sera finalement jetée semble être du beau gâchis.

Enfin, la possibilité de recevoir du courrier avec Shinji ou Conan dessus reste tout de même absolument géniale.

Sanja-matsuri

15/06/2010

Dans le quartier populaire d’Asakusa, le troisième week-end de mai est spécial car un grand festival – Sanja-matsuri, littéralement « le festival des trois autels » s’y tient.

Une foule énorme se presse dans les ruelles du quartier. Notez la tour Tokyo Sky Tree en pleine construction en arrière-plan (lorsqu’elle sera complétée, sa hauteur sera presque le double de celle de la Tour de Tokyo).

L’attraction principale du festival est la parade des mikoshi – des autels mobiles richement décorés portés par une trentaine de personnes à travers les ruelles du quartier dans un semi-chaos total et la bonne humeur générale.

Les mikoshi ne sortent pas tous les jours; c’est donc l’occasion d’admirer de près leurs décorations délicates et complexes.

Le festival d’Asakusa est également célèbre car on peut y voir des yakuzas exhibant fièrement leurs tatouages – recouvrant parfois tout leur corps – à la vue de tous. Ce n’est étonnant qu’au premier abord; le crime organisé a toujours cherché à se légitimer en se positionnant comme proche du « petit peuple », et donc notamment en participant à des fêtes populaires.

Un groupe de joueurs de taiko fascine la foule.

Cet orchestre-là, installé dans un wagon muni de roues, est quand à lui mobile.

Notez que les grandes roues en bois sont des faux; le poids du véhicule repose en fait sur de petites roues bien plus modernes.

Les sponsors du festival s’affichent sur les murs.

Des boissons fraîches sont prêtes à être vendues pour calmer les gorges assoiffées.

Un festival comme celui-ci est l’occasion parfaite d’observer les Japonais dans leur rapport à la tradition… ou de simplement les observer.

Celui-là attend quelqu’un.

Peut-être elle? Mais se croiseront-ils un jour?

« Seigneur, je vous adresse une humble requête… »

Trois anciens.

Les plus jeunes s’y mettent aussi.

Certains prennent leur tâche très au sérieux.

Un assemblage inattendu.

« Ils arrivent! »

Porter un mikoshi est pénible, mais gratifiant.

La nuit tombe peu à peu sur le festival.

Une scène brillant de mille feux.

Cette nuit-ci, il y aura autant de lumières dans les rues d’Asakusa que dans le ciel.

Forteresse de solitude III

07/06/2010

Le mont Fuji en hiver.

La famille impériale.

Ces deux photos ornent fièrement le mur de l’habitation d’un couple typique de retraités japonais. Et maintenant, question: dans quelle pièce de la maison cette image a-t-elle été prise?

La réponse est, bien évidemment, les toilettes. Dis-moi ce que tu accroches sur le mur du petit coin et je te dirai qui tu es – dans cette maison-là, clairement, on joue sur la fibre patriotique. Pourquoi je vous en parle? Parce qu’il est très drôle de constater que l’on retrouve exactement la même chose chez nous, sauf que les images seraient plutôt celles du Cervin et du pape. Comme quoi, certaines choses transcendent les cultures.

Kanamara

17/05/2010

A première vue, le sanctuaire de Kanayama (depuis Kawasaki – à une vingtaine de minutes de Shinagawa – changer pour la gare voisine de Keikyu-Kawasaki puis prendre la ligne Keikyu jusqu’à Kawasaki-Daishi) n’a rien de spécial.

Il y a un dragon, comme nous en avons déjà vu tant.

Il y a un festival annuel qui s’y tient chaque année, le premier dimanche de printemps.

Et il y a, comme dans tout sanctuaire, il y a des mikoshi – des autels mobiles en bois. Ceux de Kanayama sont chaque année triomphalement portés dans les rues de Kawasaki durant le festival en question.

La seule chose qui différencie ce sanctuaire de tous les autres, c’est peut-être la forme des mikoshi qui s’y trouvent.

Eh oui, le festival – appelé Kanamara, « pénis de fer » – est une fête un peu spéciale, qui célèbre la fertilité en général et le pénis comme son symbole en particulier sous toutes ses formes: en bois…

…en légume…

…en fer…

…ou en sucette.

A l’origine, des prostituées priaient ici pour se protéger des maladies vénériennes, mais on aujourd’hui vient aussi pour renforcer sa vie de couple, donner un coup de pouce à ses performances sexuelles ou demander aux kami de veiller sur un accouchement facile. Et, chaque premier dimanche d’avril, c’est bien sûr une énorme foule de touristes qui s’y presse – après tout, une fête du pénis, ce n’est pas quelque chose que l’on rencontre facilement dans toutes les contrées.

Notons, d’ailleurs, que les Japonais eux-mêmes en font beaucoup moins un plat que les étrangers. Ainsi, lorsque nous avons essayé de trouver notre chemin dans la ville, personne ne semblait savoir qu’il y avait cette fête! Jusqu’ici, j’étais convaincu que s’il y avait un truc à savoir sur la ville dans laquelle on habite, c’était bien la date d’un festival où l’on peut acheter des pénis en sucre d’orge, mais apparemment non. (Notez que cela peut être aussi le reflet d’une tendance plus générale – les Japonais sont toujours ravis d’aider un touriste mais sont bien trop souvent de peu de secours dès que l’endroit à trouver n’est pas extrêmement connu – la faute à la surenchère du foisonnement des commerces et enseignes dans une ville nippone typique ou au rythme métro-boulot-dodo du Japonais moyen qui fait qu’il ne sait pas grand-chose sur tout ce qui sort de son rythme quotidien, je l’ignore.) Et, parmi les visiteurs du festival, les Japonais et les gaijin étaient presque à parité – chose inimaginable pour un pays où le tourisme interne est si développé que même dans les lieux les plus internationalement réputés le taux d’étrangers dépasse rarement 5%. Le festival de Kanamara, c’est donc un peu un gimmick pour épater les TV étrangères qui ne manquent pas de faire des reportages ici chaque année, mais qu’importe.

C’est aussi pour des choses comme ça que l’on vient au Japon.

Harlequin

10/04/2010

Les romans à l’eau de rose – vous savez, ceux avec les couvertures distinctement reconnaissables car peuplés de pirates bodybuildés et de princesses corsetées (ou parfois de médecins bodybuildés et d’infirmières, euh, stéthoscopées) – ne sont pas populaires qu’en France; les Japonaises en lisent aussi. Mais elles, elles les lisent sur leurs Nintendo DS.

Sur la cartouche, 33 romans à feuilleter avec le stylet.

Le plus? Une fonction « arbre généalogique » qui permet de ne pas se perdre dans les enchevêtrements de mariages, liaisons, filiations illégitimes, frères cachés et autres dodécaèdres amoureux.

A quand une version DS de DallaS?